TEST – Detention : Une perle de l’horreur venue d’Asie

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PC
Il y a parfois des jeux qui ne paient pas de mine, qui ne font pas parler d’eux, ne sont pas promus par des campagnes marketing monstres et qui pourtant s’avèrent être de véritables pépites. Detention est de cela. Sous ses airs de jeu d’aventure point’n click classique, se cache un périple d’horreur artistiquement léchée et au scénario des plus intelligents. Detention c’est aussi un gameplay simple, des énigmes à l’ancienne et une bande-son digne de celle de la belle époque de Silent Hill, vous savez quand Akira Yamaoka était compositeur. Aussi effrayant que réussi, voici le test d’une perle PC qui risque malheureusement de passer inaperçue, malgré son petit prix.

Detention Test

Made in Taïwan

Detention TestDéveloppé par le studio taïwanais Red Candle Games, Detention nous invite dans le Taïwan des années 60 alors plongé en pleine loi martiale. Et croyez-le ou non, ceci revêt une importance capitale dans la compréhension du scénario et de ses personnages. Cette loi martiale commença en 1949 pour finir en 1987, période durant laquelle les Taïwanais furent privés de leur liberté de penser et d’agir comme ils l’entendaient. Comme tout régime totalitaire, le mot d’ordre était la soumission intellectuelle et physique au régime en place, on imposait donc au peuple une identité commune dans le but de supprimer l’individualité et donc toute idée révolutionnaire. Detention réussi habilement à jouer avec l’histoire, se servant de cette situation politique pour dépeindre la psychologie et l’état d’esprit des protagonistes du récit. À aucun moment il ne tient un discours politique fort et ne balance à la face du joueur des vérités établies, mais distille une réflexion discrète, mais présente, sur les conditions de vies des jeunes et moins jeunes de cette époque.
Detention Test

Comme vous l’aurez compris, Detention possède donc un background réaliste et place habilement son propos dans une période historique très délicate encore aujourd’hui à aborder. Le jeu nous fait incarner deux personnages dans un lycée perché au sommet d’une montagne et dans lequel les étudiants sont conditionnés à œuvrer pour lé régime en place. On commence donc par incarner Wei, un étudiant lambda qui après s’être endormi en classe se réveil seul et abandonné de tous assis devant son pupitre. Très vite l’urgence se fait sentir, car un Typhon se dirige droit vers les lieux et Wei se doit de rejoindre le village le plus proche afin de se mettre à l’abri au plus vite. Sur sa route, il fait la rencontre de Rei, tout comme lui élève du lycée et laissée pour compte sur place. Voyant ensuite que le pont menant au village est détruit, ils décident tous deux de se retourner à leur école pour y passer la nuit en sécurité et appeler de l’aide dès le lendemain. Rei s’endort alors à son tour et à son réveil Wei a disparu, commence alors un périple qui nous mène aux confins de l’horreur.

Rei se rend très vite compte que quelque chose cloche dans le lycée, que des ombres rodent et que des menaces guettent. Les lieux ont changé, des portes sont fermées par d’étranges symboles et Wei est toujours porté disparu. Rei décide alors de partir à sa recherche et ce qu’elle trouvera lui glacera le sang.

Un conte macabre

Detention TestDetention s’articule donc en quatre chapitres, sans compter le prologue introduisant le scénario et les protagonistes du jeu. Refusant les schémas narratifs classiques, on est constamment poussé à aller de l’avant pour trouver des réponses aux questions toujours plus nombreuses qui se posent. Plongé dans un Alice aux Pays des Merveilles lugubre et macabre porté par une direction artistique à la fois magnifique et dérangeante, on se doit alors de visiter le lycée tout en résolvant des énigmes et en évitant les spectres qui se trouvent sur notre chemin. La narration se fait aussi bien par des flashbacks du passé de Rei que par des mémos disséminés ici et là dans l’école. On se rend compte très vite que le cauchemar dans lequel on évolue est éthiquement lié au passé de Rei et c’est donc à nous de recoller les pièces du puzzle pour comprendre ce qui se passe et comment nous en sortir. Detention Test

Detention prend le temps donc, entre phases d’explorations et résolutions d’énigmes, de développer le background à la fois de Rei, mais aussi de ses parents, du climats politique ambiant et de ses retombés sur la vie scolaire des élèves, ainsi que celui de quelques autres personnages très importants à l’intrigue. Dans un premier temps assez complexe, le scénario se dévoile petit à petit et impose une richesse thématique aussi forte que celles vues dans les meilleurs épisodes de Silent Hill. C’est intelligent, puissant et ne laisse surement pas indifférent grâce aux dilemmes moraux qui s’imposent à nous. Il n’y a pas de choix à faire, mais c’est à nous qu’il revient finalement de juger les actes et les conséquences des actions passées de Rei, et cela nous renvois à notre propre moral, notre propre âme. Finalement il est question des sentiments et aspirations d’hommes et de femmes nous embarquant dans un voyage glauque, morbide, beau et intense qui se veut être sans jugement.

L’horreur asiatique

Inspiré par la religion, la littérature et le cinéma asiatique, Detention est un pur produit venu d’orient. On y retrouve donc l’horreur sous sa forme la plus convaincante à notre sens, à savoir celle qui s’accompagne d’un gros travail sur l’atmosphère et sur les peurs viscérales des gens. Chaque entité horrifique est ici présente pour une raison, symbolise une certaine chose, peut-être pas évidente au début, mais qui le devient toujours plus au fur et à mesure de notre avancée. Les spectres, on va les appeler comme cela, sont terrifiants certes, mais ne sont pas agressifs de nature, ne nous attaquant que lorsque l’on croise leur route et qu’on ne suit pas les directives indiquées dans les mémos trouvés. Par exemple, la grande figure à la lanterne ne nous attaque pas si on se met dos à elle et qu’on retient notre souffle durant son passage devant notre personne. Et même s’il nous glace le sang, semble aussi malsain que dangereux, il n’est finalement qu’une âme en peine qui erre sans but et n’est en rien présent pour nous nuire de prime abord. Ce qui n’est pas le cas d’une certaine entité bien plus agressive…

L’atmosphère, pour revenir dessus, est instillée de manière très graphique, chaque chapitre possédant sa propre identité visuelle, et cela même si les lieux visités sont déjà connus. Présentant des graphismes dessinés en 2D et inspiré par des illustrations taïwanaises, le jeu est une merveille artistique. C’est franchement beau et les différents tableaux traversés sont d’une qualité visuelle à en faire pâlir bien des jeux à plus gros budget. Traverser cette école transformée en véritable purgatoire d’âmes en peine est une véritable épreuve psychologique. L’image est souvent crade, très bruyante, malmenée, et déchirée, comme si elle souffrait avec nous. Des jumpscares il y en a quelques-uns, mais ils ne sont pas de traditions occidentales, rien à voir avec le chien qui démoli une fenêtre, non, ici il y a toujours une montée en puissance à la fois appuyée par l’habillage graphique que par le sound design. On retrouve là tout ce qui fait le sel des films d’horreur asiatiques, des bruits stridents et aigus pour maintenir nos sens en éveil et une ost glauque, sachant aussi se montrer plus douce et reposante par moment. Il est de plus en plus rare aujourd’hui dans un jeu d’avoir aussi peur d’avancer que de rester sur place, car aucune image, ou à de très rares moments, ne rassure dans Detention, la tension est constante et le sentiment d’insécurité l’est tout autant.

Un gameplay simple et efficace

Detention TestIl ne suffit de pas grand-chose parfois pour faire un gameplay efficace et Detention le prouve sans sourciller. Il ne se joue qu’à la souris à la manière d’un Point’n Click et ne demande pas de skill particulier pour être maîtrisé. On dispose d’un inventaire qui pop chaque fois que l’on pointe notre pointeur vers le bas et c’est tout ce qu’il y a de plus intuitif. L’avancée en jeu se fait à coup d’énigmes très bien pensées, d’une difficulté convenable et surtout logique. Les quelques gros casses têtes du jeu n’ont rien d’insurmontable et sont dispersés de manière à ne pas casser le rythme du jeu. Néanmoins, tout n’est pas parfait et la lourdeur du personnage peut parfois gêner quelque peu, surtout qu’il y a pas mal de backtraking et que lorsqu’il décide on ne sait trop pour quel raison de s’arrêter de courir à des moments donnés, cela peut devenir un peu agaçant.

De même que la dernière partie du jeu se montre assez spéciale. Allant même jusqu’à des extravagances graphiques, certes toujours impeccables visuellement, mais moins marquées par l’horreur. Essentiellement narratif, cette dernière heure de jeu – sur cinq environ – est plus calme et centrée sur la résolution d’énigmes, délaissant même les spectres contre lesquels il nous faut fuir en accomplissant diverses techniques. Cependant, la richesse scénaristique de ce passage fait oublier l’horreur et procure un sentiment d’accomplissement chez le joueur, car après les frayeurs à la chaîne des chapitres précédents, on a comme l’impression que l’on a surpassé tout cela, comme si Rei tout comme nous avons réussis à surmonter nos peurs pour enfin assumer nos actes et ne refaire qu’un avec nous même.

Conclusion

Detention est intelligent, beau, effrayant et surprenant. Sous ses airs de jeux d’aventure/horreur classique il offre une profondeur de propos très inspiré et ne virant jamais dans la surenchère. Cette application sérieuse et réfléchie du scénario passe par une narration fine qui pousse le joueur à une véritable introspection. Visuellement magnifique, le jeu est une pure oeuvre d’art dérangée, à la fois saisissante d’originalité et de créativité. Le tout étant accentué par un sound design digne d’Akira Yamaoka, créant une atmosphère glaciale à l’identité forte. On est happé dans un univers macabre et glauque, poussé à sauver cette jeune fille qui semble pourtant toujours plus être la cause de sa propre descente aux enfers jusqu’à l’arrivée d’une résolution finale des plus cinglantes. Probablement un des jeux d’horreurs les plus marquants qu’il nous ait été donné de jouer depuis longtemps et l’un de nos gros coups de cœur de ce début d’année. 

Points positifs

  • Scénario intelligent, offrant diverses thématiques abordées avec brio
  • Rei, personnage marquant
  • Une direction artistique paradoxale, à la fois magnifique et malsaine
  • L'ambiance et le sound design au top
  • L'horreur viscérale et psychologique
  • La durée de vie parfaite de cinq heures pour un tel récit
  • Gameplay simple et efficace...

Points négatifs

  • ... mais des déplacements un brin lourd parfois
  • Pas de traduction française
  • Et le niveau d'anglais demandé n'est pas des plus faciles d'accès
9

Exceptionnel

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