Mother Russia Bleeds – Test

Photo du profil de Nico Mkoss
PC PS4
Le beat’em all est un genre se faisant plutôt discret sur ces dernières années, en dehors des Dynasty Warriors, et son âge d’or ne nous rajeunira point avec des licences comme Double Dragon, Final Fight et Street of Rage. Mother Russia Bleeds était d’ailleurs considéré comme un hommage à cette époque dorée, mais gavé généreusement de psychotropes hallucinogènes. Les 4 Français du studio Le Cartel vont essayer de remettre la lumière sur le scrolling fighter, et ont la chance d’être accompagné par Devolver Digital, qui est sûrement le meilleur éditeur/distributeur pour indépendant du moment.
test-mother-russia-bleeds
Nous avons pu rencontrer les développeurs durant la Gamescom 2015, lorsqu’ils présentaient encore une pré-alpha qui nous avait permis alors de vous écrire une preview l’année dernière. On nous annonçait alors un beat’em all à l’ancienne à la sauce Hotline Miami, la folie et la fureur associées à une grosse pointe de nostalgie 2D pixel pour les anciens joueurs que nous sommes (certains d’entre-nous en tout cas), et nous avions été servi tant sur la forme que dans le fond. Une année après et une version finale disponible, nous pouvons enfin vous livrer notre critique finale du soft.
Phase d’échauffement

Lorsque nous avons lancé le jeu pour la première fois, nous ne nous attendions pas un seul instant à la présence d’une véritable trame scénaristique, ou du moins à une tentative de. Ce n’est absolument pas ce qu’on attend d’un beat’em all de toute façon. Et même si les thèmes abordés sont plutôt intéressants et correspondent à des sujets de sociétés qui ne sont pas totalement éloignés de notre propre réalité (la pauvreté, la dépendance, le soulèvement populaire, l’oligarchie mafieuse) et permettent de poser rapidement le background de cette grande fête où ce n’est pas vraiment la vodka qui coulera à flots, il faut avouer que la mise en scène n’est pas des plus réussis. Les conversations paraissent molles du genou et un peu longuet par moment, elles n’apportent pas grand-chose en fait, et se prennent peut-être trop au sérieux. Mais cela ne nous importe que peu, car la matière grise du soft est ailleurs.

C’est la lutte finale!

Rentrons un peu plus dans le vif du sujet: Nous voilà donc aux commandes d’un groupe de 4 camarades, combattants de rue à leurs heures perdues aux styles hétérogènes, qui auront servi de cobayes après avoir été enlevé, et dont l’unique désir se résume en la vengeance envers le ou les commanditaires des horreurs subies. Des expériences scientifiques moins éthiques que des valises libyennes auront rendu nos protagonistes accroc à la « Nekro », une drogue qui leur permettra de se dépasser physiquement. Particularité de cette petite douceur qui s’enfile en intraveineuse, on la récupère uniquement sur des ennemis en pleine agonie. Autant vous prévenir de suite, le jeu ne fera à aucun moment dans la convenance ou la bienséance. Vous pouvez de suite oublier la classe à Sean Connery dans « Bons baisers de Russie », nous débarquons dans une Russie gangrénée par la violence et le vice, qui pisse des rivières de sang à n’en plus finir.

Cyka Blyat Song

L’Histoire nous fera voyager vers différents lieux de cette URSS dystopique, montrant explicitement les entrailles les plus crades de la bête. Du ghetto qui ne ferait point décor de sitcom au club privé SM, la direction artistique nous montre là tout son caractère dans un style « Pixel Deviant Art » qui excelle par sa brutalité. Chaque scène est minutieusement détaillée pour notre plus grand dégoût. Oh tiens! La crampe fait son apparition en plein milieu d’une rixe! Il faut dire que le personnage colle très bien à cette ambiance cuir-latex-martifouet que dégagent certains chapitres. Bien heureusement, le jeu est pixelisé et donc bien loin de pouvoir être considéré comme une représentation concrète et sérieuse de toute cette immondice, car il aurait pu faire frémir « Famille de France » et « La Manif pour tous » d’un seul coup de latrine. La bande-son accompagne vraiment bien le tout, avec en prime un thème principal remarquablement bien adapté à l’univers.

Zangief’ spirit

La prise en main de nos combattants se fait très rapidement grâce à une grande fluidité des animations, et on se dit que les quelques coups présents suffiront à remplir la tâche, mais la palette gestuelle nous surprend petit à petit. Entre coups basiques, sautés, chargés, grabés, dashés, l’utilisation des nombreuses armes et les quelques combos, nous avons clairement de quoi varier nos plaisirs pas du tout orthodoxes. Sans oublier le mode Berserk qui mettra nos antihéros dans un état de transe totale, leur permettant d’affliger une fatalité pas du tout téléhygiénique juste en agrippant un adversaire. Il sera donc nécessaire de bien gérer sa seringue de « Nekro » qui contient 3 doses pour celle de bases, et d’autres seront déblocables (avec différents effets) via l’autre mode, l’Arène. Et même si ça n’est pas très Coubertin dans l’esprit, nous avons la possibilité de finir nos adversaires au sol, mais être trop bestiale empêchera toute souffrance (et donc récupération de « Nekro »).

1473253411-1473241246-ecrancontrols-ps4-us
We never kickass alone

Le beat’em all old school amène rapidement à une forme de répétitivité de l’action: on avance, on démonte tout ce qui bouge, on ravance, on redégomme, un Boss etc… Mais les développeurs ont réussi à casser cette redondance grâce à une diversité des situations proposées, soit au niveau du level design, soit au niveau du déroulement de ladite action. Cette variété est aussi bien réalisée car le jeu se veut plutôt court, malheureusement, et nous laissera un goût de trop peu de bortsch. De plus, l’IA de nos compères n’est pas toujours bien adaptée à ces fameuses phases, même si les différents patchs déployés auront légèrement amélioré cela. Le jeu n’étant jouable qu’en local, il fallait bien nous donner la possibilité de jouer avec quelques bots. Mother Russia Bleeds étant jouable jusqu’à 4, on aurait vraiment souhaité que le jeu puisse être jouer en ligne, et on espère qu’un patch viendra prochainement exaucé notre souhait.

Block Party

On prend donc plaisir à parcourir les 8 chapitres du jeu et à exploser la face à tous nos antagonistes, dont l’absence de barre de vie est remplacée par l’état de leurs pixels (très bonne idée!), de la manière la plus cruelle ou radicale qui soit au rythme d’un complot parsemé de New World Order. Le bestiaire est d’ailleurs bien fourni, mais finit par montrer quelques limites, avec un effet « sac à PV en famille nombreuse », sans la réduction pour les transports. Ces situations de foule rendront l’action complètement brouillonne, et on commencera à apercevoir les différentes imprécisions du gameplay. Ces approximations alliées à la difficulté élevée, mais totalement préméditée, pourront agacer les joueurs les moins patients et indulgents, qui n’y verront qu’injustice. Comme en Arène, il deviendra coutume d’exploiter jusqu’à la moelle les attaques dashés, tels que le tacle glissé, qui nous permettra de renverser tout un peloton d’une seule traite.

Tout n’est qu’une question de volonté

La lutte des classes c’est bien, mais avec mon genou dans ta gueule c’est mieux. Pas l’temps pour sustenter allègrement la petite bourgeoisie, ça tacle à la jugulaire! Sur fond de « sexe, pouvoir & biftons » à la sauce soviétique, Mother Russia Bleeds vient raviver une flamme qui jadis brûlait de mille feux, avec ses qualités et ses défauts certes, mais surtout en amenant sa propre patte aux griffes bien affutées, chose qu’on ne peut constater quasiment que dans le jeu vidéo indépendant. Du crasseux et des rivières d’hémoglobine, ok, mais la morale de l’histoire dans tout ça? Et bien, pour cela, il faudra trouver tout seul comment débloquer la vraie fin du jeu.

Points positifs

  • Moulte mouvements pour moulte plaisirs
  • Du challenge
  • La variété des situations
  • "Pixel Deviant Art" fluide
  • Une Bande Son qui nous met en condition
  • Des ennemis sans barre de vie
  • Le background et sa fin cachée

Points négatifs

  • La narration nonchalante
  • Des imprécisions amenant à de l'injustice
  • Trop adapté pour le multi, mais pas de online
  • The IA is drunk!
  • On en voudrait un peu plus
8

Super

Photo du profil de Nico Mkoss
"Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin"

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
wpDiscuz