Seuls, la renaissance du film fantastique français ?

Seuls, la renaissance du film fantastique français ?

Éditée depuis 2006 aux éditions Dupuis, Seuls est une bande dessinée qui a su faire parlée d’elle. Récompensée à deux reprises au festival de la bande dessinée d’Angoulême dans la catégorie Prix Jeunesse 9-12 ans, ce n’est pas une surprise que de voir cette saga franco-belge adaptée sur grand écran. Aujourd’hui composée de dix volumes, cette adaptation cinématographique s’appuie sur le premier cycle qui comprend les cinq premiers ouvrages. Cinq ouvrages pour faire un seul et même scénario, et donc dans la finalité, un film dont la durée avoisine l’heure et demi. C’est ambitieux, très ambitieux, peut-être trop ambitieux. Si l’on juge en amont cette adaptation simplement avec ses affiches et sa bande-annonce, l’on voit déjà que le réalisateur David Moreau et son équipe ont décidés de ne pas faire un vulgaire copier/coller de l’œuvre écrite par Fabien Vehlmann et dessinée par Bruno Gazzotti.

L’ambiance semble plus sombre, le ton plus adulte tout en conservant le point de vue de l’enfant qui doit faire face à un danger auquel il n’aurait jamais pu songé. En somme, ce que tentent de faire différentes franchises Hollywoodiennes depuis plusieurs dizaines d’années, mais en vain. Légèrement comparable à un certain Hunger Games sur quelques points et notamment par le biais du point de vue adopté par l’histoire, Seuls s’avère être finalement suffisamment inspiré et maîtrisé pour ne pas souffrir de comparaisons qui n’auraient pas lieux d’être. Une œuvre suffisamment inspiré et maîtrisé, réussissant même à surpasser des franchises hollywoodiennes dont les budgets sont considérablement plus élevé. Une prouesse qui ne laisse pas de marbre, notamment lorsqu’elle met en exergue les talents artistiques et techniques dont peuvent faire preuves des productions françaises. Parce que oui, Seuls est une production française qui, malgré des défauts certains et importants, démontre que le cinéma français n’est pas seulement représenté par des comédies de bas étages codifiées et abrutissantes à force de voir encore et toujours les mêmes refaire la même chose.

Seuls conte l’histoire de jeunes adolescents qui vont un jour se réveiller, se rendre compte qu’ils sont seuls et vont devoir compter uniquement sur eux-mêmes pour survivre et découvrir ce qui leur arrive. Une base scénaristique assez simple, mais suffisamment pertinente pour permettre au réalisateur David Moreau de donner un ton et une ligne directive à son œuvre. Une œuvre qui aurait pu être destinée avant tout aux plus jeunes, avec une direction artistique sommaire et très colorée dans la veine de ce qu’offre la bande dessinée, mais il n’en est rien. Seuls est un véritable film de genre, un film à ambiance qui embrasse pleinement cette envie de ne pas se laisser enfermer par des préjugés. Amateur de cinéma fantastique, David Moreau (déjà réalisateur de Ils et du remake américain de The Eye) réussit à instaurer une ambiance des plus oppressante dès les premiers plans du film. Un montage stroboscopique qui sera utilisé à une autre reprise durant le film, permettant une construction en miroir sensé et non juste utilisée pour faire bonne impression.

Faite en corrélation avec le mixage sonore et les compositions musicales signées Rob, le chef opérateur use de sources de lumière artificielles flashantes pour instaurer une ambiance radicale qui va être contrastée par un étalonnage terne et très sombre. Voire trop sombre lors de certains plans dont on ne dissémine absolument rien. Mettre en condition le spectateur, démontrer que les personnages sont seuls et évoluent dans un univers dystopique, loin d’un naturalisme idyllique. Ce qui va permettre au scénario de réussir à surprendre avec un retournement de situation inattendu et surprenant pour une production de ce calibre. Si le scénario s’offre d’immenses libertés vis-à-vis des bandes dessinées, il se contente d’un minimum syndical satisfaisant et suffisant pour un film d’une heure trente. Cependant, il reste sommaire et généralise, là où les œuvres littéraires pouvaient donner davantage de consistances aux personnages, tout en leur offrant des péripéties bien plus riches et intenses. Si le méchant principal (le maître des couteaux, ndlr) réussit à en imposer, sans pour autant effrayer, c’est avant tout grâce à l’ambiance instaurée. À cette direction artistique et aux compositions musicales électriques qui savent se faire entendre et faire émerger une tension de plus en plus prenante. On regrettera la présence de dialogues, même si infime, lors de séquences qui auraient méritées d’être muettes, uniquement travaillées par les bruitages et compositions de belles qualités.

Seuls, un film de genre qui lorgne vers le teen movie, mais qui s’émancipe de ce genre qui s’auto-caricature au fur et à mesure des années grâce à une direction artistique sombre et oppressante. Un scénario léger, des dialogues risibles et des acteurs en dent de scie pour certains, mais une œuvre sauvée dans sa globalité grâce à cette audace et prise de risque artistique que l’on apprécie grandement !

Seuls - Bande Annonce

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