TEST – AER Memories of Old : Envolez-vous aux pays des Dieux

Tout le monde se souvient de Journey pour son voyage initiatique et onirique. Un voyage qui plongeait le joueur seul, ou en duo, dans l’immensité du désert. AER: Memories of Old reprend le même principe, assimilé au gameplay de The Legend of Zelda : Skyward Sword. Un mélange qui paraît étrange sur le papier, mais qui se révèle réussi et enivrant. Et si le monde dans lequel vous évoluez était voué à disparaître et que vous êtes le seul à pouvoir le sauver, que feriez-vous ? C’est ce qu’évoque ce titre indépendant réalisé par Daedalic Entertainment.

AER : Memories of OldAER toi l’esprit !

AER : Memories of OldL’histoire d’AER: Memories of Old est banale pour tous ceux ayant déjà touché un jeu d’aventure. Vous êtes un être avec la capacité de s’envoler. Votre quête est de parcourir une succession de tombeaux pour récupérer les fragments des Dieux. Des fragments qui arriveront à maintenir captif un mal ancien ayant provoqué la disparition du monde. Vous n’êtes pas seul dans votre quête puisque les descendants des Dieux vous guideront à travers les différents temples.

AER part d’un principe très simple : la sensation de liberté. Après une introduction linéaire qui introduira au gameplay, le jeu va vous pousser à explorer toutes les îles en apesanteur autour de votre personnage. Sans nom ni visage, puisqu’il faut que vous créiez votre légende, l’aventure se présente comme un rite initiatique qui vous emmène aux confins de votre univers. La narration se retrouve bloquée par ce large univers. Si l’on décide de ne pas explorer ces petits archipels, on rate quelques légendes de nos ancêtres provoquant des trous dans le background du jeu. Des légendes qui ont leur importance pour la fin de l’aventure. Le joueur possède aussi la capacité de voir les souvenirs du siècle précédent via des personnages fantomatiques. Ces présences racontent aussi leur peur, leur appréhension de nouvelles terres et détaillent l’événement qui va les faire disparaître. L’exploration est une justification narrative pour faire progresser le joueur et c’est une bonne raison aussi pour comprendre les lois qui régissent l’univers du jeu. Difficile de parler de caractérisation des personnages puisque la narration est loin d’être classique. Vous êtes libre de faire ce qui vous enchante tant que votre objectif final est d’atteindre et de réunir les trois fragments.

La narration fait aussi partie du gameplay. Grâce à elle, vous êtes amené à explorer votre univers à la manière d’un Journey. À la fin de votre récit, vous avez cette impression d’avoir grandi, d’avoir accompli un acte important. À la fois pour le personnage, mais aussi pour le joueur, cette quête n’est pas vaine. Le joueur s’immerge facilement grâce à la modélisation du personnage principal qui n’a aucun visage descriptible. On s’identifie rapidement simplement par le prisme de l’image.

Une grande zone d’air !

AER : Memories of OldCette identification passe aussi par une direction artistique intéressante, presque abstraite loin d’être dénuée de défauts. En effet, AER: Memories of Old vous fera voyager aux quatre coins de la rose des vents. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, on est amené à prendre part à un voyage à chaque coin de la carte. Chaque coin possède ses caractéristiques, le Nord trouve de nombreuses plaines enneigées, le Sud, a contrario, a de nombreux lacs, l’Est est destiné à la technologie et a une grande capitale et l’Ouest a des zones montagneuses avec du relief. D’ailleurs, la rose des vents n’a jamais aussi bien été utilisée que dans ce titre puisque vous devrez utiliser les différents vents pour progresser plus rapidement dans cet immense espace.

Chaque parcelle de la carte bénéficie d’île diverses et variées qui ont toutes des tons de couleurs différentes, ce qui permet de s’orienter dans cet immense espace. Lorsqu’on se dirige vers le nord, au cœur d’une tempête enneigée, il faut s’orienter grâce au son. Les tons se veulent aussi plus sombres, optant pour du bleu contrasté avec le blanc de la neige. Ce n’est qu’un exemple de ce que peut proposer AER. C’est par des mélanges intelligents de couleurs que le jeu s’avère très intéressant à explorer, mais aussi très reposant. La carte se révèle immense. Bien qu’elle soit délimitée par une frontière, on ne ressent pas cette sensation d’enfermement. On peut facilement comprendre pourquoi la frontière est présente, sûrement pour des raisons techniques, mais elle ne gâche en rien le potentiel de ce Nouveau Monde. L’animation des personnages est aussi de très bonne facture. Rappelant le chara-design d’un Wind Waker, grâce à des traits enfantins et à une histoire mature, AER trouve une animation dans le cel-shading très agréable à l’œil. En termes de technique pure, le titre évite facilement l’aliasing, mais pose quelques contreparties auxquelles on doit adhérer. Le jeu utilise la même notion d’abstraction que le personnage principal pour définir les îles ou les archipels de cet univers. Cette abstraction donne un cachet particulier à l’univers, renforçant l’ambiance reposante dont on parlait ci-dessus. Néanmoins, elle induit quelques défauts.

D’abord, l’impression de voir le même ensemble d’îles dans chaque région. Une répétitivité qui n’est pas dérangeante, mais qui laisse planer le doute du joueur. Puis l’art abstrait et minimaliste doit aussi être accepté par le joueur pour continuer à progresser dans son récit. D’autant que l’histoire concerne aussi l’histoire personnelle du joueur, il faut pouvoir s’investir et s’immerger dans cet univers. Ce sont les seuls défauts que l’on pourra reprocher à l’aventure avec sa narration déconstruite. En cela, AER n’est pas destiné à tous, puisqu’il vise avant tout un public qui aime explorer le background d’un jeu plutôt que de se concentrer sur une hypothétique histoire bien construite.

Un gameplay simple…

AER : Memories of OldMalgré le sentiment de liberté qui domine cette aventure, le gameplay d’AER: Memories of Old se retrouve sur des sentiers déjà foulés. Un comble pour un jeu qui se passe dans les airs, mais c’est surtout un moyen de rendre le jeu accessible et peu complexe. En effet, le titre utilise un gameplay simple à aborder : progresser d’île en île en utilisant ses capacités de vol pour découvrir des temples. La sensation de vol est très agréable, d’autant que le gameplay arrive à la transcrire parfaitement avec les touches du clavier. Si l’on se souvient de Skyward Sword dans ses phases de vol, c’est parce que le jeu utilisait correctement la manette de la Wii, dans AER, on retrouve un principe similaire avec ses spécificités. Le joueur pourra planer, accélérer, faire des piqués et ralentir dans les airs. Cet ensemble simple rend ludique l’exploration, qui devient proportionnellement plus distrayante. On pourrait avoir peur de rester statique en suivant une unique direction, mais quelques obstacles viendront enrichir les expériences de vol. Au sol, le personnage se veut plus lent. Là encore, le titre se veut plus limité dans ses possibilités pour renforcer la sensation de découverte et d’immersion. On aura tendance à privilégier le vol que de fouler des kilomètres au sol.

Cela dit, l’architecture de chaque île fait en sorte que l’on doive utiliser les deux méthodes. Spécialement lorsque vous devrez trouver les temples et les clés pour les ouvrir. Chaque étape se divise en deux sous-étapes : la première est de chercher auprès des anciens Dieux des clés pour accéder au temple ; la seconde de franchir les différents temples pour récupérer les fragments. Ces deux phases donnent lieu à différents types de mini-jeux basés sur les capacités de notre personnage. À l’intérieur des temples, dont la direction artistique s’avère tout aussi marquante que l’univers dans lequel on évolue, le joueur doit résoudre une succession d’énigmes. Ces lieux s’avèrent beaucoup plus linéaires. Cette linéarité impacte la résolution des énigmes qui se fait de manière logique. Elles ne proposent aucun challenge particulier.

C’est le principal reproche de cette aventure : son manque de difficulté croissante. Le jeu est prisonnier de son gameplay. Sa simplicité rend l’aventure agréable, mais aussi légèrement frustrante. On aurait aimé trouver davantage de recherches dans les énigmes, quitte à en proposer de plus complexes pour augmenter la durée de vie. De fait, l’immensité du monde fait en sorte que l’on suive un parcours linéaire venant ruiner cette grande liberté proposée par les développeurs. Cela dit, l’expérience s’avère tout de même réussie puisque le joueur a l’impression de progresser puis d’être touché par l’univers visuel. Malgré les limites de son gameplay, AER: Memories of Old propose une aventure unique qui cherchera à bouleverser chaque joueur.

Un sifflement musical

L’immensité du monde est aussi assumée par la bande originale qui accompagne parfaitement la progression du joueur. Selon les régions, on a droit à un thème qui évoluera, qui donne du crédit à l’ambiance générale de l’univers. L’OST d’AER opte pour des moments de flottement caractérisés par le vol de notre personnage, puis par des pistes plus dynamiques et envoutantes. À l’image du jeu, le son est tout aussi une expérimentation sur les sensations du joueur. Une démarche honnête qui appuie les choix tranchés des développeurs du titre.

Le trailer de gameplay de AER : Memories of Old

Conclusion

AER: Memories of Old est un OVNI vidéoludique par sa dimension minimaliste. Le jeu dispose d’un gameplay simple, d’une direction artistique intrigante et d’un scénario décousu qui renforce l’exploration. Il faut adhérer à ces ensembles de partis pris pour pouvoir progresser dans l’aventure. Il ne fait aucun doute que ceux qui ont apprécié Journey arriveront au bout d’AER: Memories of Old avec le sourire aux lèvres. À la fin, le joueur en ressort plus grand, comme le personnage principal, touché par l’aventure qu’il vient de vivre. Daedalic nous avait habitués à des projets originaux, AER est sûrement la quintessence de cette originalité, un jeu atypique, visuellement intéressant, qui ne laisse pas indifférent. On regrette que l’expérience ne dure que cinq heures. Mais le titre vaut son prix et vous laissera quelques surprises.

Jeu testé avec un Nvidia GT 740M

Points positifs

  • Le monde ouvert est envoutant
  • Une palette de couleurs visuellement impressionnantes
  • Une bande originale expérimentale, en phase avec le jeu
  • Un jeu d’aventure simple
  • L’immersion

Points négatifs

  • La direction artistique ne plaira pas à tous
  • Le monde ouvert s’avère finalement vide
  • Un jeu simpliste globalement
  • La durée de vie : 5 heures pour parcourir l’ensemble du jeu
8

Super