Analyse d’oeuvre – Grand Theft Auto 3 : Pivot de la saga

Qui ne connaît pas Grand Theft Auto ? Il s’agit d’une des licences les plus connues, et des plus lucratives, en seulement 12 épisodes et quelques extensions. Si les jeux sont ce qu’ils sont aujourd’hui, les premiers jeux sortis avant 1999 sont très différents. Déjà parce qu’ils proposent une vue de haut, mais également et surtout parce que ce sont des jeux arcades. La preuve avec le compteur de points, qui est le seul véritable but des premiers GTA. Ce n’est qu’en 2001 que la licence posera les véritables bases des jeux à venir. Véritable pivot de Grand Theft Auto, GTA 3 éclate le concept, pour créer quelque chose de bien plus cinématographique.

GTA 3Même s’il est un épisode pivot, GTA 3 se sert tout de même de quelques éléments des premiers Grand Theft Auto. Ainsi, le joueur est plongé dans une ville où il peut faire ce qu’il veut, et généralement des actions peu licites. Les missions sont données par téléphone un peu partout dans la ville. Ce n’est qu’avec GTA 2 que l’on pourra sauvegarder, la partie et un véhicule grâce au garage. GTA 3 garde donc cette faible ossature de gameplay, mais va grandement l’améliorer.

Tout d’abord, ce troisième opus est une petite révolution graphique. Le jeu utilise le RenderWare (un moteur graphique hétéroclite puisqu’il a servi aux GTA, mais aussi à Burnout, à certains Mortal Kombat) et propose cette fois un univers en 3D. Un concept qui change toute la donne puisqu’il va falloir créer toute une impression de vie détaillée. Ce qui était beaucoup plus facile en 2D, surtout en vue de dessus. Le challenge est de taille, mais DMA Design peut compter sur la puissance des DVD, mais aussi sur le streaming. Celui-ci ne devait que charger la musique et les décors, mais finira par être également utilisé pour d’autres éléments. On note d’ailleurs que la map a été grandement travaillée. Les développeurs ont en effet divisé la zone jouable en trois, se débloquant petit à petit. Un concept largement repris par les prochains épisodes. D’autant qu’il y a également la volonté des développeurs de donner accès à des îles de plus en plus riches.Grand Theft Auto 3Ce qui change grandement également, c’est l’aspect arcade. GTA va abandonner progressivement cet aspect. C’est GTA 3 qui va supprimer principalement tout lien avec l’arcade, même si des traces existent encore. Par exemple, lorsque le joueur percute violemment ou explose une voiture, il est récompensé avec de l’argent, sans aucune explication. Une feature qui fait tache dans un jeu qui se veut plus réaliste. D’ailleurs, l’argent dans GTA 3 est relativement peu utile : elle ne sert qu’à acheter des armes. Il faudra attendre Vice City pour que ces deux aspects soient gommés, puisque cet opus proposera d’acheter diverses propriétés. Cependant, la licence ne parvient pas à gommer entièrement cette inspiration arcade. La preuve en est avec les cascades à réaliser, présentes depuis le troisième opus.

Par ailleurs, les gangs sont quelque chose d’essentielle et ont été presque toujours présents dans les GTA. Il s’agit d’un héritage du premier opus, nous permettant de choisir notre gang et de faire des missions pour ceux-ci, mais également pour d’autres, ce qui peut faire baisser les jauges de confiance, car certains gangs n’aiment pas que l’on travaille pour d’autres. Dans GTA 3, les gangs sont également très présents puisqu’on retrouve les Yakuzas, les Colombiens, la Mafia, la Triade… Mais cette fois-ci le joueur ne choisit pas. Il est amené à travailler avec quelques gangs seulement, via le scénario.Grand Theft Auto 3Il est clair que Grand Theft Auto a toujours lorgné sur le cinéma. Dans le premier opus, une petite intro (assez kitch) avait été réalisée en live-action, rappelant un peu Snatch. Dès les premières images de GTA 3, on constate que les développeurs ont élevé ça à un autre niveau. La première cinématique du jeu est en effet très cinématographique. Les angles de caméra sont choisis avec soin, jouant sur la plongée et la contre-plongée. D’ailleurs, le tout premier plan est une plongée totale, rappelant la vue du dessus des premiers GTA. On y voit ensuite un zoom permettant de situer l’action. Des raccords mouvements sont également faits (une voiture passe dans le champ, et c’est cette voiture que l’on suit ensuite). La caméra semble virevolter pour mieux dynamiser l’action. Une des brillantes idées cinématographiques est également une voix off de journaliste qui porte sur une évasion ayant détruit un pont. Cependant ces faits ne se sont pas encore déroulés, mais vont le faire d’ici quelques minutes ! GTA 3 est clairement l’épisode qui ira dans le sens du cinéma, et c’est peut-être le plus cinématographique même. Car si les épisodes suivants ont singé le cinéma (Vice City et Scarface ou l’Impasse, GTA V et Heat…), ayant cette capacité à reproduire les scènes mythiques de films, GTA 3 créé sa propre grammaire, et est son propre film. Bien sûr, les développeurs ont avoué s’être inspiré de Sopranos ou Les Affranchis (on voit d’ailleurs dans le jeu une affiche « Badfellas », le titre anglais des Affranchis étant Goodfellas).

La présence d’un scénario est en soi également une nouveauté. Les précédents Grand Theft Auto n’avaient que des missions sans réels liens entre elles, et les personnages n’avaient aucune profondeur. GTA 3 est le scénario typique des prochains opus. Le personnage arrive dans une ville, sans un sou, et va petit à petit monter les échelles du crime. Fréquenter les petites frappes jusqu’aux Yakuzas. Le jeu propose même quelques retournements de situation, permettant d’en finir avec un de nos anciens lieutenants.

Grand Theft Auto 3, à l’image de son moteur, marque donc un tournant décisif dans l’histoire de la saga, mais aussi du jeu vidéo. C’est avec ce jeu qu’une sous-catégorie fera son apparition : le GTA-Like. Des open-worlds contemporains où la liberté d’action est très grande, à l’inverse (souvent) de la moralité. Le jeu aura certes créé le véritable esprit Grand Theft Auto, mais il a également, dans son sillage, fortement inspiré des jeux comme Mafia, True Crime ou encore Saint Row.

"Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière." August Strindberg

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