TEST – Assassin’s Creed Origins : L’épisode que l’on attendait

C’est peu dire qu’Assassin’s Creed a déchaîné les passions. De sa création au dernier opus, le sentiment des joueurs semble différent sur cette licence. Si le deuxième épisode fait l’unanimité, le reste est plus partagé, notamment les deux derniers venus : Syndicate et Unity. Souvent attaqué sur son gameplay bien trop unique et de plus en plus anachronique, Assassin’s Creed a fait sa mue. Pour se transformer en bel oiseau, ou en vil serpent ?

assassins creed origins TestÉgyptologie

Assassin's Creed OriginsCela fait depuis quelques années déjà que les rumeurs persistaient sur un épisode d’Assassin’s Creed qui prendrait place en Égypte. En effet, la licence nous déclarait plusieurs fois que les premiers Assassins viendraient de l’Égypte Ancienne. Sachant qu’Assassin’s Creed était de plus en plus moderne, une impasse se créait, et l’alternative d’un retour aux sources était la bienvenue. Ce Origins prend donc place sous le soleil harassant de ce pays. Qu’on se le dise, si la saga Assassin’s Creed a bien une qualité, c’est celle de capter un contexte historique particulier, et le retranscrire parfaitement, sur le plan historique et fantasmée. Ainsi, c’est un véritable plaisir que d’arpenter l’univers de l’Égypte Ancienne. Que ce soit en se déplaçant à dos de dromadaire dans les dunes, ou en découvrant les différents prêtres embaumant les défunts. Le jeu est d’ailleurs fait de telle manière que l’on apprend ou réapprend différentes choses sur l’Égypte Ancienne. Au final, on se surprend presque à s’intéresser au background historique plus qu’à l’intrigue principale.

N’y allons pas par quatre chemins, cette fameuse intrigue principale n’est clairement pas intéressante. On y incarne Bayek, un medjaÿ, soit une sorte de police de l’Égypte ancienne (on vous avait dit que l’on apprenait des choses dans cet épisode !). Ce dernier tente de faire d’une pierre deux coups en se vengeant et aidant ainsi la reine Cléopâtre. Comme souvent, cette Assassin’s Creed Origins ne lésinera pas sur le complot politique. Cependant, ce qui fait plaisir ici, c’est que ce scénario vu mille-fois est presque mis en retrait. Les quêtes annexes semblent plus importantes et plus intéressantes, nous montrant ainsi la vie quotidienne d’un Medjaÿ. On préfère clairement le Bayek près du peuple que celui-ci près de la vie politique.

Vous l’aurez compris, cet épisode propose une mise en scène plus léchée qu’à l’accoutumée. On pense notamment aux scènes post-assassinat, bien plus théâtrales qu’auparavant. Celles-ci sont captivantes et vraiment travaillées. À l’inverse, les scènes du présent tardent à se mettre en place et sont extrêmement courtes. Et quelque part, cela fait du bien qu’Ubisoft abandonne son méta-univers raté dont on n’en voit pas le bout. Cela permet de se focaliser sur le plus important : le gameplay.

The Witcher : Origins

Assassin's Creed OriginsDans sa mue, Assassin’s Creed Origins a presque tout balayé de son gameplay. Adieu donc ce genre de jeu presque unique et vieillot. Cet épisode ne se cache pas d’être un Action-RPG moderne, emportant avec lui tout le nécessaire du genre. Commençons tout d’abord par la gestion de Bayek en lui même. Depuis Assassin’s Creed 2, la licence a toujours flirté avec la modification d’équipement, apportant de meilleures statistiques. Cette fois-ci, Origins embrasse complètement cette configuration, et propose même du loot. En effet, le jeu propose une large palette d’arme (épée, lance, sceptre, doubles lames, massue…) et celle-ci dispose d’une jauge de qualité. Une arme de qualité supérieure à une autre ne veut pas forcément dire qu’elle est cependant meilleure. Certaines armes sont rapides, mais font peu de dégâts et vice-versa. C’est plus ou moins la même chose pour les arcs. On mesure le tout en dégât, mais les arcs de prédateurs (très puissants) n’ont que 5 flèches, là où les arcs légers font peu de dégâts, mais possèdent 18 flèches. Pour le bouclier, c’est plus simple : il n’y a que la défense qui compte… ou presque ! En effet, chaque arme dispose parfois de compétences passives (poison, meilleure défense…). Toutes ces armes peuvent être lootés via des quêtes, sur des cadavres ou dans des coffres. L’équipement, lui, s’améliore via du crafting. C’est classique : on chasse pour avoir les bons items, et on se fait un meilleur brassard. Pour les cueilleurs, mais pas chasseurs, sachez que dégommer des animaux est finalement dispensable, si l’on fouille bien les différents contenants.

La boussole du haut façon Skyrim trahit clairement le système de quêtes du jeu. Origins vous proposera cette fois-ci d’aller chercher vous-même vos quêtes, qu’elles soient annexes ou principales. Le petit problème, c’est que le joueur ne pourra pas foncer dans le tas et plier la quête principale en dix heures ! En effet, chaque quête correspond à un niveau conseillé (que l’on conseille vraiment pour le coup). Autrement dit, il faudra vous farcir les quêtes annexes et autres défis (on y reviendra plus tard) pour gagner en niveau. Si celles-ci sont mieux amenées scénaristiquement, elles ne sont cependant pas forcément intéressantes au point de vue gameplay. Quoi qu’il en soit, on a surtout l’impression d’être sur un RPG qui nous force à finir les quêtes annexes. Soyez prévenus, Origins est bougrement chronophage !

Qui dit level-up dit forcément compétences ! Le jeu possède donc un arbre de compétence divisé en trois parties : le combat, la furtivité et… le reste (marchandage, accessoire…). Au final, cet arbre de compétence semble assez mal fichu. Certaines compétences semblent complètement inutiles, comme la sarbacane, la flèche guidée ou le marchandage. Heureusement, les meilleures compétences arrivent vite.

C’est l’heure du D-D-D-D-Duel !

Assassin's Creed OriginsEnfin Assassin’s Creed Origins a changé son système de combat ! Cette fois-ci, on va enfin pouvoir attaquer ! Là où les précédents opus nous demandaient surtout de parer pour tuer. Le système de combat a totalement été revu pour le meilleur… et pour le pire ! Sur le papier, ce dernier se veut plus stratégique, plus tendu. Cela reste bien sur classique, avec des esquives, parades, attaques légères, lourdes. Ces dernières permettent de détruire la défense adverse, et lorsqu’elles sont chargées, elles peuvent détruire les meilleurs défenseurs. Cependant, les ennemis aussi peuvent charger les coups, vous mettre à terre ou détruire votre parade. Un système plus complet ? Pour sûr, mais non sans problèmes. En effet, il faut locker l’ennemi que l’on veut attaquer, ce qui rend parfois les combats confus dans les lieux clos. Il arrive également que Bayek attaque le mauvais ennemi, voire les objets environnants. Mais le problème, c’est surtout que ce système de combat est trop souple, trop rapide. Il aurait fallu quelque chose de plus fixe, pour rendre les combats vraiment tendus. Cependant, les combats sont plus difficiles qu’auparavant, et attaquer un ennemi supérieur à votre niveau est à éviter. On meurt ainsi bien plus souvent, et c’est tant mieux ! Pour se défendre, Bayek peut également s’appuyer sur la barre d’adrénaline. En enchaînant les attaques, une jauge se remplit et peut soit libérer un coup dévastateur, ou une avalanche de coup rapide. Et ceci en fonction de l’arme utilisée.

Le combat c’est bien beau, mais il existe toujours la possibilité de s’infiltrer ! De ce côté les choses ont assez peu changé sur le papier. En somme, on peut toujours assassiner un tas de gardes en restant planqué dans le buisson du coin, pourvu que personne ne chope le joueur sur le moment. D’ailleurs, l’IA est certes toujours aussi stupide (les gardes surveillent parfois des murs), mais elle a le mérite d’être imprévisible ! Enfin les gardes n’ont plus de routines à mémoriser ! Il faut donc savoir improviser parfois. À noter également que cette Origins gagne un accessoire hérité… de Ghost Recon Wildlands ! Bayek dispose en effet d’un drone ! Enfin, d’un aigle capable de faire du surplace. Évacuons le fait que cette compétence est totalement risible et jamais vraiment expliquée. Et si vous pensiez ne pas vous en servir, c’est raté. Senu (le nom de l’aigle donc) s’avère indispensable pour repérer précisément l’objectif. Une obligation qui force le joueur à s’en servir pour marquer les différents ennemis, mais aussi les coffres. Au final, malgré le fait d’être une aberration scénaristique, Senu est un allié indispensable pour l’infiltration. Signalons également que les plus sadiques pourront libérer les animaux en cages, voir même des prisonniers, histoire de faire diversion. Au passage, il est possible d’enflammer ses flèches en les approchant d’un feu. Pratique pour embraser les chars, bateaux ou ennemis, tout simplement !

Monde ouvert à ne plus savoir quoi en faire

Assassin's Creed OriginsLes Assassin’s Creed ont toujours regorgé de choses à faire, mais honnêtement, qui peut se targuer d’avoir récupéré tous les drapeaux du premier opus, ou d’avoir tout acheté dans le second ? Peu de monde puisque c’est finalement assez inintéressant. Origins multiplie par cent le compteur de choses annexes à réaliser. Et le pire, c’est que c’est assez prenant ! On prend finalement plaisir à résoudre les énigmes ou à explorer les tombeaux. Notons d’ailleurs que ces derniers nous donnent l’impression de jouer à un meilleur Tomb Raider que Tomb Raider lui-même ! Même les points d’observations donnent l’impression d’être vraiment utiles. Ces derniers ne dévoilent plus la carte, mais permettent à Senu de détecter plus facilement les choses. On pourrait également parler de la silice à récupérer, des pierres, des mécanismes anciens, des soldats d’élite à éliminer, des trésors à récupérer (renfermant de vrais équipements intéressants), etc. Il y a vraiment beaucoup de choses à faire, et finir la quête principale prendra une quarantaine d’heures. Autant dire que lorsque le joueur aura lâché Assassin’s Creed Origins, il sera au moins dans la cinquantaine d’heures facile. On avait dit que c’était chronophage !

Notons également quelques points sur le monde ouvert en lui même. Celui-ci s’avérant plus vaste que jamais, les déplacements rapides ne sont pas de trop. Cependant, les plus roleplay d’entre nous pourront choisir de siffler leur monture afin de gambader dans les plaines ensablées. Chevaux comme dromadaires sont même capables de passer en mode pilote automatique (oui oui vraiment !). Cependant, on vous le déconseille, tant ces animaux prennent des chemins déconcertants (fonçant dans les murs ou dans les camps ennemis, dans le plus grand des calmes). De même, la conduite des chars et charrettes est toujours une calamité qui n’a pas été réglée depuis Syndicate.

Techniquement Assassin’s Creed

La technique n’a jamais été le fort des Assassin’s Creed, et Origins le confirme. Qu’on se le dise, le jeu n’est pas laid non plus. Disons que comme Destiny 2 il y a peu, Origins fait illusion. C’est-à-dire qu’il offre de magnifiques panoramas, mais de près, ce n’est pas la même chose. Comme toujours, les textures sont approximatives, et il arrive même qu’elles disparaissent selon l’angle de caméra. Même topo pour les animations qui sont assez imprécises, notamment lors des cutscenes des quêtes annexes. Enfin, les petits bugs de collisions sont aussi de la partie, et comme on le disait plus haut, il arrive que les animaux rentrent leur tête dans les murs, au point de disparaître. Enfin, finissons cet aspect graphique sur le fait qu’Assassin’s Creed Origins possède pas mal de longs chargements. Le plus rageant est sans doute lorsque l’on quitte la vue de Senu. Le jeu peut prendre une vingtaine de secondes à charger le retour à Bayek.

L’autre point négatif qui rappelle Destiny 2, c’est l’interface. On retrouve en effet, un système de pointeur façon souris, mais au stick analogique. C’est bien plus long et donc beaucoup moins logique qu’une navigation avec les touches fléchées. En parlant de détail qui fâche, signalons également le ATH. Alors oui, celui-ci est enfin bien plus épuré, plus léger. Cependant, certains éléments comme l’objectif ont tendance à se fondre dans le décor, et le joueur doit alors balayer la caméra pour trouver l’objectif. C’est un peu rageant.

Conclusion :

Si l’on devait qualifier Assassin’s Creed Origins en un mot, ce serait : logique. Logique, car Assassin’s Creed a toujours flirté avec l’action/RPG sans vraiment l’avouer. Enfin la licence s’affirme réellement et devient un véritable titre moderne, en piochant toujours dans ce qui se fait ailleurs chez Ubisoft (For Honor et Ghost Recon Wildlands). Un temps d’adaptation sera peut-être nécessaire chez certains joueurs qui devront se battre contre une difficulté rehaussée. Une fois que le joueur aura compris le jeu, il entrera pleinement dans un titre on ne peut plus généreux, proposant plus d’une cinquantaine d’heures de jeu. Ce que l’on retient également c’est la mise en scène bien plus poussée qu’auparavant et surtout plus intéressante. Hélas, Origins reste un Assassin’s Creed et garde avec lui un flot de bugs graphiques, mais se rajoute en plus un système de quête à levels qui pourrait ne pas plaire aux plus pressés. Pas de quoi bouder son plaisir pour ce jeu qui a clairement le mérite de se transformer totalement.

Test réalisé sur une version envoyée par l’éditeur, sur PlayStation 4 normale

Points positifs

  • Contexte historique parfait
  • Un héros presque ordinaire
  • Moins de phases dans le présent
  • Le nouveau système d’équipement
  • Durée de vie énorme
  • Des quêtes annexes intéressantes
  • Plus difficile/tendue
  • IA imprévisible
  • Beaux panoramas

Points négatifs

  • Scénario classique
  • Système de combat intéressant, mais brouillon
  • Quêtes annexes obligatoires
  • Arbre de compétences limité
  • IA qui surveillent les murs
  • L’aigle-drone absurde et pourtant indispensable
  • La conduite médiocre des charrettes
  • Bugs graphiques
  • Chargements longs
  • Menus au stick
7

Bon

« Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière. »
August Strindberg