Avis BumbleBee – Le retour des Transformers

BumbleBee
Sorti sur les écrans de cinéma français comme américain au mois de juin 2007 après 7 mois de tournage entre les mois d’avril et d’octobre 2006, Transformers fût à son époque une surprise aussi étonnante que plaisante. Adapter au cinéma une série d’animation qui a fait les beaux jours de jeunes américains et européens dans les années 80/90 est une chose, mais faire un film avec comme protagonistes des robots qui n’ont absolument aucun véritable lore en est une autre. Deux clans de robots (Autobots vs Decepticons) qui s’affrontent depuis des décennies se retrouvent sur la planète Terre afin de s’emparer du Allspark, une source d’énergie ultime. Fait moi un film avec ça. Aventurier couvert du succès chacune de ses précédentes productions, exceptée la dernière en date The Island (162 millions de dollars de recettes dont seulement 35 millions sur le territoire américain pour un budget estimé à 125 millions de dollars), Michael Bay n’a pas eu peur de livrer un film de plus de 2h20 avec un synopsis aussi… Difficile de trouver comment catégoriser une oeuvre telle que Transformers. On aime ou on déteste, il est également difficile de reprocher au cinéaste Michael Bay de ne pas avoir un réel talent de metteur en scène. Un rythme de croisière impeccable soutenu par des combats d’une lisibilité irréprochable alors qu’on parle tout de même de robots de la taille de buildings (voire plus) qui s’affrontent et font exploser des bâtiments entiers, le tout épaulé par des militaires et deux simples citoyens qui jouent les gros bras.

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Zoom in, panoramiques, caméra épaule, grue, slow motion, jump cut, sur-découpage pour inculquer une frénésie volontaire… Michael Bay n’est pas qu’un simple faiseur, il est un véritable auteur de l’action. Il a une réelle pâte artistique, que l’on aime ou que l’on n’aime pas. Malheureusement au fil des années, le cinéaste c’est enfermé dans un carcan dont il n’arrivait à se libérer, devenant la caricature qu’il essayait de ne pas devenir. Transformers était encore et toujours une saga de gros bras. Un film où la femme était hyper-sexualisé et toujours en retrait, alors que l’homme était le sauveur de l’humanité, toujours porté en exergue tel le bon patriote américain. A l’image de la société patriarcale qui veut que la couleur bleu symbolise le sexe masculin et la couleur rose le féminin, les films avec des gros robots étaient conçu par des hommes et destinés à un public avant tout masculin. Il va être difficile de faire oublier le passé de cette saga. Il va être difficile de faire comprendre à ce même public pour lequel les films Transformers étaient des films “d’action débiles” que Bumblebee, son spin-off, est l’exact anti-thèse de la saga produite et réalisée par Michael Bay.

Véritable spin off et non simple prequel réalisé par un faiseur dont l’envie première serait d’être le nouveau Michael Bay, Bumblebee conte l’histoire de ce robot à la couleur jaune dont la célébrité n’a jamais fait de doute auprès des fans. Caractérisé comme le protecteur et meilleur ami du protagoniste humain des trois premiers films, le spectateur va ici découvrir son passé. Pourquoi est-il arrivé sur Terre avant les autres ? Pourquoi ne parle-t-il pas ? Pourquoi est-il si affectueux envers les êtres humains ? Toutes les réponses seront apportées à nos questions. Nous sommes en 1987 dans une petite ville côtière de la Californie proche de San Francisco. Il fait beau, il y a extrêmement peu de personnages à l’écran, le nombre de décors se compte sur les doigts de deux mains et le nombre de personnages sur les doigts d’une main. Si on vous dit maintenant que l’action ne représente que 20 minutes du film sur une durée de près de deux heures vous allez arrêter la lecture de cet article. Ce qui serait dommage, car effectivement Bumblebee n’est pas un film d’action, mais un teen movie des années 80 fortement influencé par les productions Amblin Entertainement, ainsi que la filmographie d’un certain John Hughes. L’on ne s’attendait à rien, surtout pas à ça, mais avec un tel nom derrière la caméra on s’attendait néanmoins à découvrir une oeuvre intéressante.

Travis Knight, 45 ans, originaire de la ville de Hillsboro dans l’Oregon. Si son nom ne vous dit rien, sa filmographie a de quoi impressionner. Lead Animator sur les films Coraline, ParaNorman, The Boxtrolls ou encore Kubo and the Two Strings dont il était par ailleurs le réalisateur, Travis Knight est aujourd’hui Président et CEO de l’exceptionnel Laika Studios spécialisé dans le cinéma d’animation en stop-motion. Il troque ses modèles et maquettes pour le live-action, sans pour autant complètement quitter son monde. Avec Bumblebee, Travis Knight retrouve un personnage inanimé auquel il va lui falloir donner la vie. Inculquer une humanité, une vie et un lore à ce personnage qui jusqu’ici avait une caractérisation assez sommaire. Épaulé par la scénariste Christina Hodson, ils vont tous deux donner un nouveau sens à la saga grâce à la caractérisation de ce personnage. Suite à un évènement qui va gravement le blesser, Bumblebee va perdre la faculté de parler. Cet évènement qui va lui ôter la possibilité de parler semble aussi anodin qu’il n’est fondamental pour la transformation du film et de l’image que portait Bumblebee à cause des films déjà existants. Passer du film d’action spectaculaire et explosif au teen movie extrêmement mignon et bienveillant. Un changement de personnalité qui va affecter le changement d’identité affublée à la saga et par déduction au personnage.

Tel un soldat perdu, détruit par la guerre et aussi faible sur le plan physique que psychologique, Bumblebee va devoir se reconstruire. Apprendre de nouveau à faire confiance et à avoir confiance en lui. Ce qui va être rendu possible grâce à Charlie (interprétée par l’actrice Hailee Steinfeld), une jeune américaine qui elle-même a besoin de retrouver quelqu’un a qui se confier. Une complicité qui va naître puis se développer avec une facilité et un naturel déconcertant grâce à une mise en scène vraiment superbe. Travis Knightet Christina Hodson jouent avec les codes de la comédie afin de faire rire et d’attendrir le spectateur, tout en inculquant une véritable humanité dans ce personnage qui fondamentalement ne l’est pas. Celui qui était un soldat va avoir peur de cette petite jeune femme. Il va se cacher, puis prendre confiance, avant que ne s’éveille sa curiosité. Bumblebee est caractérisé comme un jeune enfant qui va s’éveiller et (re)découvrir la vie. Une caractérisation extrêmement maline qui va permettre au metteur en scène et à la scénariste de créer des moments aussi beaux que drôles. Des moments où Bumblebee réagit de manière infantile et qui vont attendrir le spectateur, mais également Charlie avec laquelle ils vont créer un lien indéfectible. Si certains diront que c’est niais et simple, on préfèrera en dire que c’est d’une bienveillance et d’une “cuteness” extrêmement rare dans le cinéma populaire à gros budget américain. Une cuteness qui passera également par le nouveau design du personnage. Une carcasse plus sobre et plus ronde (donc qui paraît plus douce et moins dangereuse) grâce au choix de la New Beetle comme voiture de transformation. Un choix artistique de qualité, qui démontre la volonté de se rapprocher encore plus des jouets (on devine quel morceau de la carcasse de la voiture est à quel endroit du corps de Bumblebee) et cette adéquation parfaite à tous les niveaux de réaliser un teen movie familial, pour ne pas dire : surtout pour les plus jeunes.

S’il est différent dans le ton de ses prédécesseurs, il l’est également sur le plan technique. Un format d’image plus ample, un usage majoritaire de la courte et moyenne focale, ainsi qu’une postproduction (étalonnage et colorimétrie) au traitement extrêmement sommaire. Rapprocher physiquement les personnages entre eux, tout en rapprochant les spectateurs des personnages afin de créer une véritable intimité et proximité. Le 1.85 : 1 va volontairement amputer le film de son aspect hollywoodien par l’absence quasi totale des bandes noires horizontales qui symbolisent dans l’esprit collectif le : “film de cinéma”. Au-delà du fait qu’il va permettre au metteur en scène de montrer la proximité entre les personnages, tout en jouant de manière comique (ou non) sur la grandeur de Bumblebee, c’est une manière extrêmement simple de rapprocher ce film d’un film de famille tout simplement. Créer une intimité par une sobriété dans la réalisation (peut-être trop sobre même en répétant à de nombreuses reprises ces mêmes cadrages) et un naturalisme par cette image très simple et peu contrastée. Ce qui passe également, et comme il a déjà été dit, par un nombre extrêmement réduit de décors, de personnages ou encore de grands mouvements de caméra. C’est un film fait à hauteur d’homme où tout est mis en oeuvre afin que le spectateur puisse y croire et puisse avant tout ressentir de belles émotions. L’émotion au détriment de l’action.

Bumblebee est une surprise aussi belle qu’inattendue. Travis Knight, Christina Hodson et Enrique Chediak s’émancipent de la saga initiale afin de donner à la licence une véritable renaissance. Plus qu’une simple fraîcheur. Bumblebee est un teen movie touchant, bienveillant et qui déroule le tapis rouge à un personnage principal qui va vous faire rire, vous émouvoir et vous surprendre. Travis Knight et son équipe inculquent dans cette carcasse de New Beetle une humanité qui déborde de bons sentiments. Un film d’une sobriété et d’un naturalisme déconcertant qui vont créer une intimité et une proximité aussi forte entre Bumblebee et le spectateur, qu’entre Bumblebee et Charlie (excellente Hailee Steinfeld qui livre une belle partition). C’est fondamentalement dans les moments les plus simples (une main qui touche sa carcasse, un regard), les purs moments de complicités que le film trouve sa grâce, là où l’action n’est finalement qu’une partie infime et peu importante. Ce n’est pas un grand film, ce n’est pas LE film de l’année, mais c’est un divertissement familial qui fait du bien et qui tombe à point nommé pour les fêtes de fin d’année 2018. Dépassez vos préjugez sur la franchise et foncez le voir !

Avis réalisé par Kev.

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