Avis Overlord – Comme un air de Wolfenstein

Overlord
Overlord est sorti chez nous le 21 novembre 2018. Pour l’occasion, nous nous sommes rendus dans les salles obscures afin de nous faire une opinion sur le film. Cet avis est l’occasion pour nous de vous livrer ce qu’on a pensé du film mais égalment de tirer un parallèle avec une autre franchise bien connu : Wolfenstein.

Nous sommes en 1981 et le monde du jeu vidéo n’est clairement pas à son apogée. Connaisseurs et personnes attentives à l’histoire de l’industrie vidéoludique, voire culturelle, connaissent notamment l’histoire qui aura fait de 1983 une des années les plus cultes dans le monde du jeu vidéo. La fameuse année de sortie du jeu vidéo E.T. the Extra-Terrestrial basé sur le film éponyme. Édité et développé par la société Atari pour une sortie calée à la fin de l’année 1982, ce jeu a signé l’arrêt de mort de la société Atari beaucoup trop gourmande et positive quant à la sortie du jeu. Société divisée puis vendue quelques mois plus tard après avoir cumulé plus de 536 millions de dollars de pertes avec tout de même 1.5 million de cartouches vendues pour 4 millions de cartouches produites. C’est dire la gourmandise irréfléchie du studio. Néanmoins, l’année 1981 nous intéresse ici pour une raison : la sortie d’un certain Castle Wolfenstein édité et développé par Muse Software. Jeu de survie dans lequel le joueur doit s’échapper d’un château gardé par des nazis en pleine seconde guerre mondiale, Castle Wolfenstein signa la lancée d’une licence dont on parle encore aujourd’hui. Car si vous ne connaissez pas cet opus, vous connaissez ou avec peut-être même joué au jeu Wolfestein 3D développé par le grand studio id Software, à l’une de ses nombreuses suites dont Return to Castle Wolfenstein, à son remake sobrement intitulé Wolfenstein : The New Order ou encore à la suite de ce dernier paru en 2017.

Wolfenstein est une série connue de tous, une série qui à l’image de la licence Doom aura développé le genre du jeu de tir à la première personne aujourd’hui démocratisé et joué dans le monde entier par la grande majorité des joueurs. Une prise en main immédiate et une accessibilité à toutes épreuves permettant à n’importe quel joueur ou joueuse de prendre du plaisir pendant quelques minutes ou quelques heures, le gameplay à la id Software a permis à ces deux licences de marquer le monde du jeu vidéo. Une vivacité dans les déplacements cumulée à une brutalité radicale tout en offrant de beaux moments d’humour et de dérisions, qui ont fait la notoriété des deux licences et notamment de Wolfenstein. Licence qui contrairement à la première qui misait tout sur le fun, se permettait de jouer avec l’histoire afin de faire rire et de divertir. Le joueur incarne à partir du jeu Wolfenstein 3D un soldat de l’armée américaine qui répond au nom de B.J. Blazkowicz. Mâchoire carrée, une force de frappe incroyable, une stature digne d’un bodybuilder, punchlines badass à souhait et machisme de rigueur pour un personnage qui n’est autre qu’une caricature volontaire du fameux Action Man. Une représentation du soldat américain qui ne craint rien ni personne. Au cours de son périple afin de sortir de ce château gardé par une armée de nazis, le sergent Blazkowicz va rencontrer tout un tas de personnages non jouables qu’il va se faire un plaisir de découper au couteau ou à la sulfateuse. Personnages qui auront une forme humaine… mais pas que.

S’inspirant encore et toujours de véritables faits réels, les développeurs de chez id Software ont décidé de pimenter l’expérience de jeu en incluant les recherches et expérimentations réalisées par des médecins SS sur des personnes déportées dans les différents camps de concentration durant la guerre. Il n’est que de simple secret de polichinelle que de savoir que l’idéologie nazi avait pour ambition de mettre en avant un peuple, une race supérieur à tous niveaux. Une race faite de sang pur et par déduction logique constituée d’hommes ayant des facultés supérieures à la normale. Des expériences innommables, de véritables atrocités qui ont inspiré avec la dérision nécessaire les scénaristes de chez id Software en incluant dans le jeu des créatures à la l’ornière entre le zombi et le super soldat. Un jeu vidéo qui prône le fun et divertissant avant tout, mais qui s’inspire bel et bien de notre histoire quand à elle bien moins fun. Tout comme un certain film intitulé Overlord.

Second long-métrage réalisé par Julius Avery (après Son of a Gun), ici produit par J.J. Abrams par le prisme de la société Bad Robot, Overlord raconte l’histoire d’une troupe de soldats américains qui durant la Seconde Guerre Mondiale vont se retrouver confronté à une large escouade de nazis menés par un caporal et un docteur fou qui mènent des expériences sordides sur la population d’un petit village de la campagne française. La corrélation est évidente, il est impossible de ne pas penser à la licence Wolfenstein lors du visionnage du film en question. Du physique de l’un des acteurs principaux (on parle ici de l’acteur Wyatt Russell), en passant par la caractérisation de ce dernier, des
punchlines lancées par l’escouade ou encore à cette histoire qui ressemble à s’y méprendre à celle du jeu, tout est là pour nous faire croire que. Et si vous souhaitez pousser la recherche par la supposition, si l’appellation “nazi” est employée dans le film, ce n’est pas le cas de la croix gammée qui a été transformée. Un “nouveau symbole” qui ressemble à s’y méprendre à celui utilisé par les développeurs de chez id Software dans la version allemande du jeu Wolfenstein II : The New Colossus, censuré à sa sortie dans le pays en question. Néanmoins, si la facilité nous pousserait directement à dire que le film Overlord est une adaptation cachée du jeu Wolfenstein 3D, ce serait davantage un prequel pouvant annoncer la mise en chantier d’une suite dans laquelle il serait véritablement question du château, ainsi que de l’assassinat d’Hitler dont il est question dans le jeu. Supposition qui se tient parfaitement vis-à-vis de l’expérience que propose le film.

Overlord est un film de guerre à tendance horrifique qui a tendance, notamment dans sa première heure, à avoir le cul entre deux genres. D’un côté le film de guerre qui mise sur la survie par le prisme de personnages qui se retrouvent en territoire hostiles et donc psychologiquement craintifs. De l’autre le pur film de genre qui ose trancher salement et qui n’a pas peur de mettre vos tripes à rudes épreuves. Doit-on rire, doit-on avoir peur ? Difficile de se faire un avis sur cette longue exposition, également extrêmement lente et contemplative dont la volonté première est d’instaurer une ambiance à tendance horrifique, tout en caractérisant les membres de l’escouade. Des personnages stéréotypés, mais qui suffiront à vous décrocher quelques sourires par moment. Un humour savamment dosé afin que le film ne sombre jamais dans le pathos empathique du film de guerre, mais qui va surtout permettre de démontrer que le film est avant tout un film de divertissement qui ne va pas chercher à vous traumatiser. Ce que la seconde partie va parfaitement démontrer à l’aide de séquences toutes plus gores et décomplexées les unes que les autres. Du pur film de guerre au cinéma de genre qui fait tache avec des personnages qui se prennent au jeu, se lâchent de plus en plus usant d’armes toutes plus folles les unes que les autres. Une gradation jubilatoire (après une si longue exposition le spectateur n’attendait que ça) qui tend parfaitement à croire qu’une suite directe portée par un personnage qui a littéralement pris goût à la chasse aux nazis et ne demande qu’à tuer le leader à l’aide des armes les plus dévastatrices et dont pourquoi pas une combinaison robotisée. Toutes les folies sont maintenant possibles, et vu ce dont la société de production Bad Robot a été capable avec la licence Cloverfield, on se met évidemment à rêver.

Parce que oui, au-delà de ces suppositions qui nous donnent envie de retourner dans une salle obscure voir un soldat américain découper du zombi nazi à tour de bras dans un château que les joueurs connaissent déjà, Overlord n’est cinématographiquement pas une purge immonde. S’il repose sur un scénario de film de genre réalisé par trois cinéphiles avec un mois de salaire, son budget s’approche plus facilement des 40 millions de dollars. Beau budget qui se fait remarquer notamment au travers d’un éclairage exagéré lors des nombreuses séquences nocturnes. Des séquences extrêmement lumineuses avec des spots extradiégétiques placés hors champ et à la cime des arbres afin de justifier ces mêmes sources de lumière par une belle pleine lune. Une pleine lune qui aurait de quoi provoquer ouragans et tsunamis, mais qui dans le cas du film permet d’avoir un joli travaille sur le contraste de la part du duo Laurie Rose/Fabian Wagner qui signe ici la direction de la photographie. Une belle direction artistique qui joue sur les teintes bleutées et d’orange afin de créer une opposition justifiée par les lumières intérieures et cette fameuse nuit. C’est visuellement joli et la palette colorimétrique utilisée sublime les beaux décors, tout en amplifiant l’ambiance horrifique que cherche à dégager le film. Dommage cependant de ne pas avoir osé la pellicule, ce qui aurait dupliqué l’aspect “crasseux” et “old school” que revendique le film dans son propos et atmosphère. Même si la pellicule n’aurait pas permis d’employer certaines technologies de cadrage tel que le crane qui permet d’avoir quelques beaux plans-séquences d’une fluidité et d’une lisibilité impeccable. On pointera néanmoins du doigt toute cette introduction aérienne numérique qui fait tache (ainsi que ce saut sur font vert cadré à l’arrache), là où les effets spéciaux physiques utilisés dans la seconde partie du film produisent un effet bien plus intéressant.

Loin de réinventer quoique ce soi, Overlord s’impose avec décontraction comme un divertissement qui réjouira les amateurs de films de guerre et de gore. Humour, horreur et viande cuite à point, tous les éléments sont réunis dans une seconde partie de film aussi brutale que jubilatoire. S’il accuse une histoire sans grandes surprises, le scénario recèle néanmoins quelques bons points qui prouvent une certaine modernité dans l’écriture. On pense notamment au traitement du personnage féminin principal qui n’est pas qu’une simple villageoise en détresse, ainsi qu’au fait que le film utilise trois langues différentes (anglais, français et allemand) et n’a pas été tourné uniquement en Anglais. Un
simple détail, mais un détail qui renforce l’immersion et par conséquent le plaisir du spectateur. Plaisir décuplé grâce à un casting efficace et badass à souhait, ainsi qu’à une direction artistique de qualité. On regrettera malheureusement l’inutilité de la bande originale signée Jed Kurzel. Quelques nappes d’ambiance intéressante, mais ça ne marque jamais ni ne décuple le plaisir ici uniquement visuel. Quelque chose de plus rock, brutal et entraînant aurait davantage été intéressant pour le climax qui musicalement ne décolle jamais. Le film se cherche, le film accuse de quelques défauts (mise en place longuette, réalisation qui manque de punch et de folie, bande originale inerte et histoire… on s’en moque), mais à partir du moment où il ouvre les vannes du gore le plaisir est immédiat. En espérant maintenant que ce plaisir perdure avec une suite plus folle et décomplexée qui nous entraînera, on l’espère, dans les couloirs labyrinthiques d’un château !

Avis réalisé par Kev.

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