Baby Driver, la playlist de l’été par Edgar Wright

Baby Driver, la playlist de l’été par Edgar Wright

Edgar Wright et le Box Office n’ont jamais été les plus grands amis du monde. Même si rentable à l’international sur trois des quatre films qui forgent sa filmographie (pré-Baby Driver), les succès ne sont jamais incroyables. Un peu plus de 200 millions de dollars de recettes avec quatre films parus en l’espace de 9 ans. Ni un réalisateur bankable, ni un réalisateur indépendant qui enchaîne les films aux recettes inférieures aux budgets. Edgar Wright est dans un entre-deux. Néanmoins, depuis 2004 et la sortie de son premier film Shaun of the Dead, le cinéaste américain a réussi à se faire un nom et à le faire résonner dans la tête de toute une génération de cinéphiles. Il ne peut plaire à tous, mais il a quelque chose. Une patte artistique pleinement assumée et dont aujourd’hui beaucoup de jeunes cinéastes s’imprègnent, mais en vain. Edgar Wright un cinéphile passionné, un cinéaste décomplexé. De Shaun of the Dead au film Le Dernier Pub avant la Fin du Monde, Edgar Wright n’a jamais eu d’autre optique que de divertir le spectateur tout en se faisant plaisir lui-même. Il prône un cinéma généreux. Un cinéma suffisamment grand spectacle pour plaire au plus grand nombre, mais dont la façon de narrer ses histoires rapproche ce même cinéma d’un cinéma purement d’auteur. Edgar Wright est un auteur. Un auteur qui à défaut de raconter des histoires originales, raconte des histoires de manière originale.

Il faut se mettre en tête qu’en 2017 toutes les histoires ont déjà, plus ou moins, été racontées. Au cinéma, comme à la télévision (séries télévisées, téléfilms…). Chaque mercredi sortent dans les salles françaises des films qui, même s’ils ne racontent pas la même chose sur la globalité de leurs arcs narratifs, possèdent des œuvres de références auxquelles on peut les rattacher. Il y a toujours possibilité de comparer, possibilité d’en venir à se dire : « c’est du déjà vu ». Pour paraître original aujourd’hui, il faut aux cinéastes trouver des concepts forts et aux scénaristes trouver de nouvelles façons pour raconter des histoires. Ce que fait Edgar Wright, réalisateur et scénariste (ou au moins co-scénariste) de chacun de ses films. Même si tous ses films accusent une histoire assez simple (excepté Le Dernier Pub avant la Fin du Monde et ses nombreux sous textes allant de la modernisation à la crise de la quarantaine) sur le papier, ils n’en demeurent pas moins des films aux scénarios rondement bien écrits. L’amitié, l’amour, la solitude, mais avant tout la musique. Que ce soit, un élément inscrit ou non dans la diégèse, la musique est l’élément caractéristique du cinéma d’Edgar Wright. Chacun de ses films est musical, et en ce sens, Baby Driver s’inscrit comme la finalisation d’un chantier de plus de treize ans. Il accuse encore et toujours des mêmes problèmes d’écriture, mais se démarque par sa musicalité et son utilisation de la musique comme d’un élément à part entière du scénario. La musique n’est pas un complément à l’histoire, mais un élément sur lequel va se greffer une histoire. Edgar Wright réinvente le film de braquage à sa sauce, avec les effets de style qu’on lui connaît bien et qui font qu’on aime son cinéma.

Film de braquage sous speed, de sa séquence d’introduction à son plan final, Baby Driver ne rétrograde à aucun moment. Aucune pause, aucun temps mort dans un film où le rythme est dicté par une musique intra ou extradiégétique. Hautement conceptuel, Baby Driver va jusqu’au bout de son concept qui est de jouer musicalement avec les codes propres au cinéma de divertissement hautement inspiré par des Bonnie & Clyde ou encore The Driver. Du jazz au rock, en passant par de la pop, ce ne sont pas moins de 35 musiques qui viennent rythmer et inculquer au film les émotions recherchées. Les morceaux utilisés sont représentatifs des émotions que ressent Baby, ce personnage solitaire, peu bavard, mais extrêmement touchant et attachant. Les morceaux sont forcément connotées, de par leurs rythmes, mais également de par ce qu’ils peuvent représentés dans l’imagerie du cinéphile (exemple au hasard pas tiré du film : Hot Stuff de Donna Summer est un morceau fortement connoté dans l’imagerie collective). Un bon moyen pour faire transparaître une émotion, créer un contrepoint hilarant permettant au film de faire passer plus aisément les moments clichés, mais nécessaires au bon déroulé de son histoire, mais également d’inculquer un rythme à la séquence. Ou plus globalement : au film.

Ces petites fulgurances de montage que l’on retrouvait dans chacune des réalisations d’Edgar Wright deviennent ici un concept de film à part entière. Edgar Wright est un puriste, use et abuse du raccord son pour lier les plans entre eux et donner à la scène un rythme calqué sur la musique écoutée par Baby. Un procédé inculquant au film une nervosité qui peut en dérouter plus d’un, mais qui prouvant de par ailleurs une certaine virtuosité. Contrairement à la majorité des productions hollywoodiennes, le monteur du film Baby Driver (troisième collaboration entre Edgar Wright et Paul Machliss) ne tombe en aucun cas dans le piège du surdécoupage malgré un nombre affolant de plans à la minute. Aussi rapide soit-il, chaque plan illustre une action et ce ne sont pas un lot de plans qui vont venir illustrer une action sous différents angles. À la place du mal de crâne produit par le surdécoupage, cet effet vient fluidifier la scène tout lui offrant une nervosité, un dynamisme qui ne va pas occulter sa lisibilité.

Sans être le film parfait ou « probablement le film le plus cool jamais tourné », Baby Driver est un divertissement généreux, nerveux et hautement maîtrisé. Edgar Wright assume conter une histoire peu exceptionnelle, et c’est en ça que pêche le film, mais l’utilisation même de la musique vient mettre au second plan ce problème lié à l’histoire. Baby Driver est un film musical, une comédie musicale qui va jouer du supercut pour dynamiter chacune de ses séquences et donner au film cet aspect dit « cool ». La musique est le moteur de l’action, mais également du film dans sa globalité. Riche et variée, le spectateur attend chaque nouveau morceau dans l’attente de savoir comment Edgar Wright va réussir à surprendre une nouvelle fois. Les acteurs ne sont pas en reste, notamment le trio Jon Hamm, Jamie Foxx et Kevin Spacey qui fait des étincelles. Le metteur en scène sublime ses acteurs au travers de dialogues étincelants et personnages hauts en couleurs.

Baby Driver- Bande Annonce VOST

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