TEST – Berserk and the band of the Hawk : Une adaptation fidèle et frustrante

Après l’Attaque des Titans, One Piece ou encore Aslan, voilà qu’Omega Force s’attaque une nouvelle fois à l’adaptation d’un manga culte dans ce qu’il sait faire de mieux, à savoir du Muso. Si leurs anciens essais sont franchement réussis, Berserk est autrement plus délicat à adapter. Thématiques matures, violences exacerbées et personnages forts résument bien ce qu’est l’oeuvre du généralissime Kentaro Miura. Omega Force s’est donc efforcé de respecter le manga tout en l’adaptant à la sauce Muso, ce qui sur le papier est une bonne idée, mais qu’en est-il manette en main ?

Test Berserk and the Band of the Hawk

Berserk de Kentaro Miura

Test Berserk and the Band of the HawkAvant de vous donner notre avis concernant Berserk and the Band of the Hawk, il est de bon ton de vous parler un peu du manga. Publié pour la première fois dans la revue japonaise Young Animal en 1989, il n’existe que 38 tomes de Berserk en librairie. Pourquoi si peu alors que la série est toujours en cours me demanderez-vous ? Tout simplement parce que Kentaro Miura, l’auteur, est un perfectionniste et sort chaque tome à un rythme très haché pour travailler au maximum son histoire comme il l’entend. Cela est sans aucun doute la plus grande force et la plus grande faiblesse de l’oeuvre, puisqu’un tel éparpillement dans la parution ne permet pas à Berserk de figurer parmi les best-sellers japonais, tout en étant très apprécié. Néanmoins, le manga jouit d’une très grande popularité auprès du public occidental et est aujourd’hui reconnu pour sa qualité d’écriture, son histoire sombre et mature et ses séquences d’action rageuses et sanglantes. L’univers médiéval dark fantasy créé par Miura est solide, profond et cohérent, ne vire que très rarement dans le cliché, même si certains gimmicks propres au manga sont bien présents. L’auteur y aborde différentes thématiques de manière à la fois juste et crue. On parle ici de viol, d’amitié, de vengeance, d’amour, d’infanticide, de noblesse, de la mort et du destin entre autres choses. C’est là la grande force de Berserk, savoir être un Seinen profond, mais aussi très divertissant.

Un jeu fidèle au manga

Test Berserk and the Band of the Hawk

Voilà la plus grande satisfaction qu’offre ce Berserk and the Band of the Hawk, à savoir sa fidélité à l’oeuvre de Kintaro Miura. L’histoire du jeu débute donc là où le manga commence, à savoir lors de l’intégration de Guts, le héros, dans la compagnie de mercenaires du faucon. Dirigée par Griffith, un charmant et charismatique leader, notre petite bande va mener une guerre qui va la rendre célèbre et lui apporter la gloire. Néanmoins, un événement va tout changer et autrefois amis, Guts et Griffith deviennent alors ennemis, le premier voulant se venger du second peu importe le prix à payer. Inutile d’en dire plus, ce serait vous gâcher le bonheur de découvrir tous les tenants et aboutissants par vous même. Néanmoins, sachez tout de même qu’il est aussi question de démons à trucider par paquet de mille, mais aussi d’une histoire d’amour des plus touchantes.

Tout ceci est suivi à la lettre par le jeu via de somptueuses cinématiques tirées des films de 2012 et des cut-scènes de grande qualité. La mise en scène est énergique et le jeu équilibre bien ses temps morts et ses séquences plus dynamiques. Bien entendu, tout n’y est pas, mais c’est suffisamment étoffé pour que n’importe quel néophyte au manga puisse cerner l’intrigue, découvrir les personnages, comprendre leurs motivations et s’attacher à l’univers. Les dialogues sont aussi conformes aux écrits de Miura, et c’est un réel plaisir de suivre en jeu les aventures de Guts. Un tour de force narratif opéré d’une main de maître par les équipes d’Omega Force qui se sont penchés avec passion sur ce qu’est Berserk et l’on admirablement bien retranscrit à l’écran, beaucoup mieux par exemple que le dernier animé en date… On regrette juste certaines petites choses assez évitables, comme les fameux events qui nous offrent des petits plus narratifs, mais bénéficient d’une mise en scène assez pauvre. Notez aussi que le jeu n’est pas traduit en français et cela peut-être un frein pour beaucoup, surtout que le niveau d’anglais est tout de même balaise, curieux quant on voit à quel point le scénario est mis en avant en jeu. On reste aussi sur notre faim concernant le final qui, bien entendu, ne présente aucune conclusion. Cependant ce ne sont là que d’infimes détails qui ne gâchent en rien le reste tant c’est abouti et encore une fois d’une fidélité des plus bluffantes.

Un Gameplay rageur et rageant 

Test Berserk and the Band of the HawkEt ce Berserk aurait été parfait si seulement le gameplay suivait. Comprenez bien qu’il n’est pas mauvais, loin de là, mais n’offre presque aucune variété et est finalement assez pauvre. La rage du manga est très bien retranscrite, on tranche dans le vif avec la grosse épée de Guts et on abat, découpe, des milliers de soldats, voleurs ou autres abominations infernales en tout genre. C’est l’un des Muso les plus nerveux qu’il nous ait été donné de jouer et en cela on prend un panard énorme. On ressent toute la puissance des coups portés, le sound design aidant bien aussi et chaque coup d’épée est un délice en termes de sensations. Reste qu’après Dynasty Warriors 5, il est très dur de se voir offrir un retour en arrière pareil avec Berserk d’un point de vue possibilité de gameplay. Il n’y a que deux touches de frappes, une pour les coups faibles et l’autre pour les forts, ainsi qu’un mode furie qui montre vite ses limites, car ne connaissant véritablement qu’un stade dévolution, et encore pas pour tous les personnages jouables. Le jeu propose aussi de pouvoir monter à cheval, mais hormis s’en servir pour se déplacer, il ne sert pas à grand-chose notre canasson. On peut utiliser des items nous conférant divers bonus ou encore se servir d’armes secondaires qui sont soumises à un système de cooldown, mais c’est trop peu. La liste des combos est ridiculement petite et cela devient vite répétitif, voire ennuyeux par moment. Certes, un Muso est par définition soumis au syndrome de la répétition, mais certains autres jeux du même genre, la plupart développé par Omega Force d’ailleurs, évitent que cela ne le deviennent trop en approfondissant toujours plus le gameplay et en proposant de nombreuses et différentes situations de jeu. Et là, même cela n’est pas présent, les objectifs secondaires sont banals et redondants, alors que les principaux sont plus intéressants, mais ont tendance à manquer de variété aussi.

Et c’est tout un paradoxe qui s’installe alors. On a aimé tout défourailler sur les champs de bataille à coup d’épée dévastateurs. C’est violent, la mise en scène est sanglante et on démembre sans scrupule et avec un plaisir de psychopathe tout ce qui se met en travers de notre chemin. Le mode furie, pour revenir un instant dessus, est utilisable une fois une jauge remplie et possédant cinq niveaux distincts. Pour ce faire, il faut tout simplement empiler les cadavres. Une fois activé, il nous rend surpuissant et nous permet de récolter des âmes à chaque ennemi vaincu, ces derniers permettant de lancer un super coup totalement abusé ou de se transformer avec certains personnages une fois le nombre maximal de jauges atteint. Les combats de boss sont une franche réussite et on retrouve encore des figures emblématiques du manga à affronter, mais hélas, le reste ne suit pas. L’IA est parfois très statique et se laisse faire sans broncher, augmenter le niveau de difficulté est obligatoire pour un peu de challenge, parce qu’en mode normal, c’est juste bien trop facile. Le principal souci vient du fait que le manque de variété finit par ennuyer après seulement quelques heures de jeu, alors qu’il en faut bien une quinzaine pour voir le bout du mode histoire. On avance alors plus par envie de voir le bout du scénario et apprécier la mise en scène que par amour des situations de jeu. De même qu’il est incompréhensible qu’il ne soit pas jouable en coopération, pourtant il y avait matière à faire quelque chose de ce côté-là.

Fort heureusement que plusieurs personnages cultes du manga sont jouables. Serpico, Judeau, Griffith, Zodd ou encore Casca en font partie et c’est via leur gameplay, unique pour tous, que la touche de diversité pointe le bout de sa truffe. Autant dire que les fans seront aux anges, même si on pouvait espérer un peu plus de monde dans le roster, mais cela reste très correct. On peut d’ailleurs rejouer les missions du mode histoire avec n’importe lequel d’entre eux et surtout se lancer dans le mode Endless Eclipse avec. Ce dernier est une sorte de tour infernale divisé en étages dans laquelle on enchaîne les batailles jusqu’à atteindre le dernier palier, le centième. Bien sûr, plus on avance, plus cela devient difficile et préparer son personnage comme il le faut devient un impératif. Il est en effet possible de monter de niveau en jeu, jusqu’à 99, et de s’équiper d’accessoires permettant de booster nos stats. Certains se trouvent, d’autres s’achètent via un shop, alors qu’il est possible de les améliorer via la fusion d’objet ou l’utilisation de pierres. Le mode Endless Eclipse est donc le seul véritable à côté, hormis toutes les choses à débloquer et à trouver, que propose ce Berserk et là encore ce n’est pas assez pour faire passer la pilule. On s’attendait à un gameplay complet, à des quêtes intéressantes distillées sur des champs de bataille variés, mais hormis rares exceptions, on est plutôt déçu du résultat, même si, on le répète, la mise en scène, la violence et la brutalité des combats nous ont envoyé au septième ciel. Paradoxale donc.

Test Berserk and the Band of the HawkLa fluidité d’un coup d’épée

Test Berserk and the Band of the HawkTechniquement Berserk and the Band of the Hawk s’en sort excellemment bien pour un Muso. Il n’y a rien à redire sur la fluidité, le jeu tient ses 60 FPS en toute circonstance. Peu importe le nombre de victimes en puissance à l’écran ou encore les effets en tout genre, cela reste aussi fluide que le périphérique parisien à trois heures du matin. Il est par ailleurs plutôt beau ce Berserk, affichant différents effets très soignés à l’écran et des cut-scènes très jolies. Le character design tiré du manga est retranscrit à merveille et tous les personnages sont reconnaissables et très bien modélisés. On évite pas par contre les clones au niveau des ennemis, mais c’est une norme dans le Muso, une chose difficile à éviter vu le nombre de troufions présent en même temps devant nos mirettes. La caméra part aussi parfois en vrille, très proche du personnage, elle a du mal dans les endroits assez exigus, si bien qu’il arrive qu’on ne comprenne plus rien à ce qui se passe. Les différents champs de bataille s’en sortent correctement, même si un peu vides et manquant parfois d’âme. Le point noir les concernant est le peu de diversité qu’il propose, et quand on voit le manga, c’est à se demander ce qui est passé par la tête d’Omega Force. Visiter différentes villes c’est bien, mais lorsqu’elles ont toutes la même tronche alors qu’elles se trouvent à des centaines de kilomètres les une des autres, cela devient tout de suite plus gênant. Beaucoup d’intérieurs sont aussi recyclés et que dire des forêts qui se ressemblent toutes. Alors oui, le level design change, mais rien de bien innovant au final. On remercie alors la longévité du jeu qui couvre les 30 premiers tomes de l’aventure, ce qui permet de voir tout de même du pays au bout d’un moment. D’autant plus qu’artistiquement du bon boulot a été fait, Omega Force ayant sans doute aucun réussi a capté l’essence du manga, en présentant un univers sombre, mature et gore, mais sans jamais virer dans la surenchère.

Test Berserk and the Band of the Hawk

Conclusion

Berserk and the Band of the Hawk aurait pu être une très grande réussite, mais il n’en est rien. Attention, ce n’est pas un mauvais jeu et on prend tout de même du plaisir à trucider nos ennemis comme un chien enragé, mais on finit inexorablement par s’ennuyer. Les situations de jeu ne sont pas assez variées, le gameplay aurait mérité d’être étoffé et malgré une narration solide, des cinématiques et cut-scènes de fou furieux, ainsi qu’une réalisation technique plutôt réussie, on en ressort un peu frustré. Car on voit le potentiel qui se dégage du jeu, on atteint même parfois des moments d’excellences qui disparaissent malheureusement trop vite comme neige au soleil. Omega Force a su saisir l’essence de l’oeuvre de Miura, mais n’a pas su par la même occasion peaufiné suffisamment son jeu pour le faire sortir du lot des Muso. Finalement, il parlera aux fans et aux néophytes désireux de découvrir l’histoire de Berserk, les autres seront durs à convaincre. On espère une suite plus abouti, car il y a de bonnes choses et on en redemande tout de même. 

Test réalisé sur une version PlayStation 4 fournie par l'éditeur.

Points positifs

  • Berserk, what else ?
  • Extrêmment fidèle au manga
  • Cinématiques et cut-scènes magnifiques
  • Un gameplay enragé et dynamique
  • La réalisation technique tient plus que la route
  • Le japonais en choix de langue

Points négatifs

  • Pas assez varié et trop répétitif
  • Gameplay qui aurait mérité d'être étoffé
  • Ennuyeux à force
  • Le recyclage des environnements
  • Un seul mode de jeu autre que l'histoire et pas de coop
  • La caméra part en vrille parfois
  • Pas de traduction française
6

Acceptable