CRITIQUE – Spider-Man : New Generation – Un renouveau efficace

Spider-Man

Quand trois animateurs décident de s’unir afin de donner vie à, ce qui sera fondamentalement une œuvre commune. Trois réalisateurs (Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman) et deux scénaristes (Phil Lord et Rodney Rothman que l’on retrouve également à ce poste) à la tête du premier film d’animation Spider-Man destiné au grand écran. Si le genre super héroïque a connu un essor incroyable ces dernières années grâce au Marvel Cinematic Univers, Spider-Man est de ceux que les spectateurs connaissaient plus longtemps encore. Un scénario de David Koepp, une production Columbia Pictures et une réalisation signée Sam Raimi sur une bande originale composée par Danny Elfman. Spider-Man a lancé en 2002 la vague des adaptations en prises de vues réelles de super héros estampillés Marvel, puis DC Comics. Un film véritablement incroyable, tant à sa sortie qu’aujourd’hui encore (même si on lui préfèrera sa suite supérieure à tous les niveaux). 16 ans, 5 films et quelques nouvelles itérations de Spidey après, l’araignée est de retour dans une aventure non pas en prises de vues réelles, mais bel et bien au format animé. Et quelle aventure !

Spider-Man : New Generation

Nouvelle génération

Tel que son titre le fait aisément supposer, Spider-Man : New Generation met en avant cette nouvelle génération de Spidey. Plusieurs itérations, plusieurs versions qui ont fleuri au fil des années dans le monde du comic book. Ce monde où tout est possible et où des super héros que vous connaissez bien sont morts depuis plusieurs années. Si son postulat de base est réjouissant, car permet aux scénaristes et animateurs des folies toutes plus improbables et jubilatoires les unes que les autres, sa trame n’est néanmoins pas aussi fantastique. Spider-Man : New Generation raconte l’histoire de plusieurs générations de Spidey, mais avant tout et surtout celle de Miles Morales. Une « origin story » tout ce qu’il y a de plus classique dans le déroulé et les différents rebondissements, mais qui a la force d’être dissimulée derrière la collision entre les différentes time-lines. Ce qui intéresse les scénaristes et réalisateurs, c’est cette réunion des différentes itérations de Spidey afin de créer une œuvre totale, aussi jubilatoire et décomplexée, qu’ultime pour les fans de la première heure et ceux qui ont connus Spider-Man sur le tard. L’histoire est téléphonée, les rebondissements prévisibles (mais qui font plaisir à voir malgré tout, car ils vont au bout de leurs initiatives) et le déroulé est d’un classicisme sans nom. De plus, nombreux sont les personnages secondaires simplement utilisés afin de créer quelques scénettes comiques. Une trame narrative fonctionnelle au possible à laquelle vont se greffer des éléments qui vont donner du corps et un véritable intérêt au film.

S’ils ne sont ici pas réalisateurs, l’ombre du duo Phil Lord et Chris Miller plane sur l’entièreté de ce Spider-Man : New Generation. Les auteurs qui ont commis le jubilatoire et décomplexé 22 JumpStreet réitèrent et inculquent de par leur sens de la punch-line, une énergie incroyable au film. Une vivacité, une répartie incroyable pour un film qui ne compte absolument aucun temps mort. Les répliques fusent, mais ne sonnent jamais fausses, ni n’agacent de par leur omniprésence. Un sens du rythme incroyable et une richesse d’écriture qui décroche sans crier gare et à de multiples reprises un rire ou un sourire au spectateur. Comique de geste, de situation ou encore de répétition pour ne citer qu’eux, c’est du pur 22 Jump Street dans l’âme. Un comic book animé qui se sait comic book et se permet donc toutes les folies imaginables. L’aspect méta est donc bel et bien de nouveau présent. Les fans de la licence seront aux anges, cumulant les références directes et sous-entendus, tant à des comic books, qu’à des séries animées et films Spider-Man. Tout y passe, le terme œuvre ultime n’est bel et bien ici pas de trop. Un aspect patchwork extrêmement fort et qui pourrait en faire déchanter plus d’un, l’aspect nostalgique étant très important au vu des très nombreuses références.

Le renouveau

Production Sony Pictures Animation, Spider-Man : New Generation ne ressemble à rien de ce que vous avez pu voir jusqu’ici. Virevoltant, électrique et coloré, même un trip sous acides ne vous fera pas ressentir et vivre ça. Des onomatopées aux cases qui vont s’afficher de temps à autres, les réalisateurs se sont accaparé l’essence visuelle du comic book afin d’offrir une adaptation fidèle, mais animée. S’il repose sur des fondamentaux qui nous font remonter jusqu’à la création du cinéma d’animation, Spider-Man : New Generation n’est ni plus ni moins que le film d’animation le plus moderne qui soit. Une superposition de layout, aujourd’hui (partiellement ou totalement) réalisés par ordinateur, qui vont faire bien plus qu’inculquer une richesse au sein même des décors et frames dessinés. À l’image d’un film réalisé en prises de vues réelles, il va être question de profondeur de champ et de jouer avec la focale sur un même plan afin de créer du relief (par le flou) et mettre en avant un élément ou personnage. Un jeu avec le foyer inédit dans le monde de l’animation et ici mis en place de manière colorée. Si les premières minutes nous donnent l’impression de voir un film où l’arrière-plan est floue à la manière d’un film en 3D visionné sans lunettes, au fil des minutes cette impression s’estompe. S’estompe, parce que nos yeux s’y habituent, mais surtout grâce à une folie visuelle qui ne cesse de grandir jusqu’à un climax aussi étourdissant que brillant. Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman se servent de l’animation pour aller là où la prise de vues réelles ne leur permettrait pas d’aller. Et ce, même en utilisant l’incrustation sur fond vert et la motion capture. Ce qui serait d’une laideur incroyable est ici superbe. Une mise en scène virevoltante et une réalisation étourdissante qui se permettent l’incroyable. C’est surréaliste, littéralement over the top, mais assumé et d’une audace sans limites avec des idées de mise en scène qui ont de quoi faire rougir celles et ceux qui se sont, et s’attaquent encore aujourd’hui aux adaptations pour le cinéma de l’homme-araignée.

Présent également depuis des décennies maintenant dans le monde vidéoludique, Spider-Man a dernièrement connu une renaissance incroyable via le studio Insomniac Games. Un jeu vidéo à la réalisation et à la mise en scène absolument incroyable, dévoilant un Spider-Man drôle, attachant, touchant, mais surtout d’une réactivité et d’un dynamisme incroyable. La technologie évoluant, jamais Spider-Man n’aura été aussi réactif et doté d’animations aussi riches et bien découpées. Un Spidey que l’on retrouve avec plaisir ici-même, mais au travers d’un monde bien plus pétillant, tant de vie que de couleurs. Et pour ceux qui ont fait ou suivis l’histoire du jeu, souvenez-vous en bien. Vous comprendrez en voyant ce Spider-Man : New Generation quel est l’élément scénaristique qui permet à l’histoire de ce film d’être plus audacieuse que celle du jeu qui malheureusement n’allait pas au bout de ses initiatives. Une histoire somme toute assez simple comme on le répète, mais qui possède un choix audacieux, un élément déclencheur qui fait finalement toute la différence.

Conclusion 

Alors non, Spider-Man : New Generation n’est pas le meilleur film Spider-Man réalisé à cause des défauts scénaristiques déjà évoqués (trame simpliste et histoire prétexte à la création du SpiderVerse), mais il en demeure pas moins l’adaptation la plus généreuse, audacieuse, inspirée et jubilatoire du personnage pour le grand écran. Une mise en scène virevoltante, une bande originale à vous réveiller les morts et une richesse visuelle absolument incroyable. Du trait du dessin, jusqu’à la direction artistique dans sa globalité en passant par des animations aussi belles que bien découpées, c’est un absolu sans fautes. Un rythme sans failles et une idée visuelle à la seconde qui nous permettront de découvrir au fil des visionnages de nouvelles choses et de toujours prendre notre pied. Une nouvelle fois, il faut quelques minutes pour se faire à l’utilisation du focus pour détacher certains objets ou personnages et donner du relief aux plans, mais une fois cette adaptation faite, c’est un plaisir incroyable. La nouvelle génération prend le pouvoir. Accrochez-vous à votre fauteuil, elle a de l’énergie à revendre !

*PS : Parce que vous vous le demandez certainement, le caméo de Stan Lee est certainement le plus beau et émouvant jamais écrit et la scène post-générique (il n’y en a qu’une) est absolument hilarante.

*Article écrit par notre correspondant KEV

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