Deus Ex GO – Test

Depuis 2014, Square Enix a trouvé une idée plutôt remarquable et courageuse. L’éditeur prend certaines de ses grosses licences pour les porter en puzzle au tour par tour. Si déjà l’appellation « puzzle au tour par tour » est intrigante, il faut voir quelles licences ont été prises. Certes, Hitman est déjà en soit un puzzle game, mais porter Lara Croft en puzzle game était inconsciemment courageux, et marchait pourtant très bien. Fort de ses expériences, Square Enix continua sur sa lancée avec Deus Ex GO.

Dieu issu de la machine

Replaçons tout d’abord Deus Ex. Il s’agit d’un FPS/jeu de rôle sorti en 2000. L’histoire rappelle fortement Blade Runner et les romans de Philipp K. Dick en général. Nous sommes dans le futur, et les améliorations du corps sont monnaie courante. Cependant, Deus Ex GO s’inspire des épisodes d’Eidos Montréal. On y incarne Adam Jensen, un amélioré à son insu. Laissé pour mort, ce dernier a été récupéré par la boîte où il travaillait comme agent de sécurité. Sauf qu’il est maintenant un véritable agent du gouvernement. L’histoire de Deux Ex GO commence un peu avant celle de Deux Ex Mankind Divided, sorti en 2016.

Go, go, go !

Avec Hitman, Deux Ex est sans l’une des licences les logiques et facile à s’adapter au concept GO. Les jeux Deus Ex proposent plusieurs solutions pour arriver à ses fins, mais la voie de la discrétion est toujours la meilleure. C’est exactement le cas dans cet épisode. Le concept consiste sur chaque tableau d’aller d’un point A à un point B sans encombre. Une balle, un ennemi qui vous touche, une plate-forme électrique et c’est la fin pour le joueur. Il faut donc se secouer les méninges pour arriver à ce fameux B.

Au début, cela semble relativement simple : lorsqu’un garde vous voit, il s’élance en ligne droite en activant une invulnérabilité. Ce n’est que lorsqu’il revient sur sa position initiale qu’il désactive sa protection. Il s’agit alors d’éviter ce véritable taureau, et de passer derrière lui ou sur ses côtés. Car ce dernier n’a qu’un périmètre de vision très aigu, et ne voit pas sur ses côtés. On profitera ainsi de sa faiblesse pour le mettre à terre. Évidemment, cela paraît simple dit comme cela. Sauf que la difficulté monte très vite. Il n’est pas rare alors de multiplier les tours à faire des allers-retours, pour avoir pile le bon timing pour passer. Là où la plupart des puzzle games du genre demandent que chaque action compte, il faudra cette fois-ci apprendre à faire des déplacements qui paraissent inutiles. Car chaque tour qui passe passe également pour l’ennemi. Bougez, et votre ennemi bougera aussi (pour peu qu’il vous ait vu).

Le fantôme de deux tours

Peu à peu, les gardes se multiplient, pire encore, les tourelles font leurs apparitions. Passez devant et c’est la mort instantanée. Le joueur a le choix (mais pas trop) pour les désactiver : soit il fait passer un garde pile au moment où il passe devant. La caméra ne voit ainsi pas le joueur. Soit il utilise un bonus d’invisibilité. Certains tableaux proposent en effet un bonus d’invisibilité de deux tours. Une fois activé, le joueur devient invisible, et pour le tour d’après également. Ce qui permet de passer au nez et à la barbe des gardes, mais aussi des tourelles.

Piratage & co

Cet épisode de GO a très bien saisi l’une des mécaniques phares de Deux Ex : le piratage. Ainsi, en plus des bonus d’invisibilités, il est également possible parfois de contrôler les tourelles. Lorsqu’un bonus de hack est présent sur le tableau, il faut alors rediriger le hack vers un élément du décor. Une fois ce concept assimilé, les développeurs viennent sans mal vous déstabiliser sur le tableau d’après. En effet, certaines dalles sont électrifiées. Cela peut piéger les gardes, certes, mais empêche également le hack de circuler. Il faudra très vite gérer les « fils » du hack pour gérer les priorités. D’autant qu’on ne peut pas croiser ses hacks ! D’autant plus qu’un garde qui s’élance sur le bonus de hack désactive le hack en lui même. Il faut donc être très vigilant à ses actions.


Try again

Comme d’habitude avec les épisodes GO, les énigmes sont certes parfois coriaces, et ce très rapidement, mais ne sont jamais très dures. Le jeu est très bon dans le sens où il offre un bon défi, sans que celui-là soit frustrant. On recommence de bon cœur, en réfléchissant une minute s’il le faut. Parfois même, on fait les choses instinctivement, à tel point qu’on ne cherche pas la solution de l’énigme, mais plutôt où était l’énigme en elle même ! Cependant, si vous êtes bloqués, le try again est instantané, et il est même possible de reculer de quelques tours avant sa mort. Et si vraiment le joueur bloque, il peut toujours demander la solution… payante. Le système est à la fois présent et dissuasif : parfait pour faire réfléchir le joueur encore un peu… ou le faire chercher sur le web !

Deus Ex Somnium

Deus Ex Go a également su capter l’atmosphère graphique de la série originale. On parle bien d’atmosphère et non du rendu en lui même. Car non, Deus Ex GO n’est pas photo-réaliste comme les épisodes consoles. En revanche, il capte l’aspect cyberpunk, en lui rajoutant presque une touche d’onirisme. Comme si tout cela était rêvé. Une économie de moyen qui peut déplaire, mais qui colle clairement à Deux Ex et ses motifs que l’on retrouve dans ses villes. D’autant plus que les développeurs ont travaillé les animations. Les mises à mort gardent le côté stylisé qu’elles avaient déjà sur consoles. À noter également que les graphismes du jeu se calibrent sur la puissance de votre machine. Par ailleurs, Deus Ex GO pompe tout de même pas mal la batterie, même sur une machine qui tient bien d’habitude. On prendra soin de jouer avec parcimonie, ou pas loin d’une prise.

C’est nouveau !

Deus Ex GO apporte son lot de nouveautés ! Pour la première fois, cet épisode propose un véritable scénario. Les personnages discutent entre eux et préparent le terrain pour Mankind Divided. L’effort est louable, certes, mais à vrai dire, ça n’est pas très intéressant. On est tellement happé par les puzzles à résoudre, qu’on oublie un peu de lire. Et finalement, ce n’est pas très grave. En revanche, la simplicité de la mise en scène est elle très jolie.

On notera également dans cet épisode qu’il est possible de créer ses propres puzzles, de les partager et d’essayer ceux du monde entier. Pratique, pour continuer encore et encore à jouer.

La série des GO continue sur sa lancée avec un épisode qui n’a jamais autant été aussi logique. On retrouvait presque ces puzzles dans les piratages de Human Revolution. Par ailleurs le matériau de base est totalement respecté et se voit à travers la technique du jeu ainsi que son scénario. Un scénario d’ailleurs bien trop transparent. Il faut dire que les énigmes sont bien trop prenantes pour penser à autre chose. Par ailleurs, si la difficulté du jeu augmente très vite, le jeu se révèle toujours fun et jamais frustrant. Une bonne pioche pour un jeu qui n’est pas si cher, et qui propose tout un tas de contenu, grâce à l’éditeur.

Points positifs

  • Jamais frustrant et donc fun
  • Ambiance graphique
  • Création et partage de niveaux
  • L’esprit de Deus Ex respecté
  • La découverte perpétuelle de nouvelles possibilités

Points négatifs

  • Un scénario qu’on ne voit pas
  • Consomme pas mal de batterie
8

Super

"Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière." August Strindberg