TEST – Dreamfall Chapters : Façonnez votre histoire…

Dreamfall : The Longest Journey avait surpris de nombreux joueurs. Développée par Funcom, l’aventure nous proposait de contrôler différents personnages pour mettre à nue des conspirations. Un jeu d’aventure qui parlait de lutte des classes, de la privatisation de données et de la dangerosité de l’imaginaire. En 2015 est sorti Dreamfall Chapters. Réalisé par Red Thread Games, un studio indépendant, le titre reprend l’aventure où elle s’est arrêtée avec le précédent opus. Disponible sous forme d’épisodes, le titre est arrivé sur PlayStation 4 et Xbox One dans une version complète mettant en lien l’ensemble des livres. Dreamfall Chapters est-il la suite espérée ?

Dreamfall Chapters TestToute histoire à un commencement et une fin…

Dreamfall ChaptersDreamfall Chapters prend place plus d’un an après les événements de Dreamfall : The Longest Journey. Zoë Castillo lutte toujours contre la Machine à Rêve. Sa mission est d’aider les âmes perdues afin de les empêcher d’utiliser cette nouvelle technologie. Une machine qui manipule notre imaginaire afin d’affronter ses pires cauchemars ou l’inverse, de vivre une vie utopique. Seulement, la Machine à Rêve possède des défauts, dont une addiction toujours plus dangereuse, forçant les utilisateurs à devenir des esclaves du gouvernement en place. Zoë, consciente du risque, va quitter son lieu de repos pour affronter cette nouvelle menace. Une menace qui affectera l’équilibre du monde qui l’entoure.

Cette nouvelle aventure franchit un cap en terme d’écriture. Toujours plus de mystérieux, des questions qui demeurent sans réponses berceront les premiers épisodes. Puis le titre dévoile toute son étendue dans les deux derniers livres proposant de vivre de nombreux chamboulements narratifs. Ainsi, une intrigue rondement menée permet aux joueurs de rester captifs tout au long de l’aventure. À cela s’ajoutent des personnages bien écrits, correctement caractérisé et attachant. En effet, deux personnages principaux se détachent du titre, d’un côté le combat que va mener Zoë Castillo, de l’autre celui de Kian Alvane sur Marcuria. Les histoires des deux personnages s’entrecroisent à la manière du film Cloud Atlas. Elles se répondent entre elles et proposent des thématiques semblables. L’écriture de l’intrigue en devient intéressante. De nombreux mystères parsèmeront votre route, vous permettant de remettre en question chaque conséquence. De fait, l’intrigue se suit avec facilité et nous prenons plaisir à la parcourir jusqu’à sa conclusion.

Dreamfall Chapters brasse des thématiques universelles et encore actuelles. D’ailleurs, le titre n’aura jamais été aussi lié à notre réalité. En effet, Zoë doit combattre un parti extrémiste, tout en tentant de retrouver une vie idéale. Kian doit, quant à lui, affronter le régime en place devenu rétrograde et artificiel. Une lutte des classes qui va changer son destin d’assassin. Les deux personnages trouvent des échos intéressants, le tout dans des histoires palpitantes. Bien entendu, leurs mondes évoluent avec la direction artistique qui raconte aussi son histoire. Dreamfall Chapters possède aussi un système de choix qui bouleversera l’équilibre du jeu. Dit comme cela, tout est manichéen, peu convaincant, mais mis en pratique nous nous rendons compte que le système est plus subtil. En effet, les choix effectués par les personnages auront de lourdes conséquences sur la suite de l’aventure. D’ailleurs, ils deviennent vite angoissants, le joueur étant constamment remis en doute, même lorsqu’il estime faire la bonne chose. De fait, l’équilibre à son importance dans le jeu et il se retrouve changé de manière considérable. Néanmoins, le titre s’avère être difficile d’accès à cause d’une mise en scène très archaïque. Certaines cinématiques ne paraissent peu naturelles. Corriger durant la progression des livres, la mise en scène rebute, tout de même, facilement. Elle peut laisser le joueur circonspect de voir une technique faiblarde en 2017. Néanmoins, le gameplay simple de prime abord devient rapidement efficace et propose de nombreuses idées pour maintenir le joueur captif.

… Voici la fin de mon histoire et le commencement d’une nouvelle…

Dreamfall ChaptersEn effet, Dreamfall Chapters possède des mécaniques de gameplay proche du point & click d’aventure. Pour ainsi dire, il est même repris du précédent opus. Vous contrôlerez alternativement Kian et Zoë en vue à la troisième personne. Au lieu de cliquer sur un lieu pour vous déplacer, vous aurez le droit de bouger n’importe quand laissant place à des aires de jeux beaucoup plus grandes. Ce système, beaucoup plus dynamique, aide à l’immersion du joueur. Une fois, les bases acquises et pour interagir avec l’environnement, il devra utiliser la caméra. En visant avec précision chacun des objets qui entourent les personnages, des icônes apparaîtront. Elles vous permettent d’observer, pour connaître les pensées des héros, ou alors de les utiliser. Le joueur doit donc avancer progressivement en associant les objets avec son décor.

Pour cela, il a accès à un inventaire. Situé dans le bas de l’écran, il stocke l’ensemble des objets récupéré au cours du chapitre. Comme n’importe quel jeu d’aventure, il faut associer les objets afin de les faire interagir avec logique dans le monde qui vous entoure. En effet, Dreamfall Chapter possède un univers très réaliste, chaque objet a donc une fonction précise, l’antipode d’un Deponia par exemple. Tout interagit avec logique, le jeu est même assez exigeant ne laissant pas passer certaines erreurs. Une intransigeance qui demande d’avoir un sens de l’orientation aiguisée au risque de se perdre facilement. Le jeu possède une ergonomie simple et peu lourde au visuel. Le joueur peut profiter de l’univers qui l’entoure sans être gêné par les différents éléments qui constituent le gameplay.

Afin de faire progresser l’aventure, Zoë et Kian auront différentes quêtes à accomplir. Malgré le fait qu’il soit largué au milieu de ce monde, le joueur doit suivre l’ensemble des quêtes pour conclure un chapitre. Certaines s’avèrent assez intéressantes en terme d’écriture, notamment pour Kian, toujours au cœur d’un problème politique à régler par un choix cornélien. Zoë possède des objectifs beaucoup moins palpitants et bien souvent répétitifs. Cette répétitivité deviendra vite ennuyante, car la ville dans laquelle évolue Zoë est immense, laissant le joueur pris au dépourvu. S’il n’arrive pas à se repérer, il peut se perdre facilement, frustré de ne pas pouvoir continuer à progresser dans sa quête. Chaque détail compte et c’est ce qui fait la force de Dreamfall Chapter. Même le système de choix s’intègre bien à l’univers. La narration opte pour des personnages omniscients. C’est-à-dire que nous connaissons leurs pensées dans le moindre détail. Un système de journal est aussi présent pour aider les joueurs à comprendre les émotions, notamment celles de Zoë, traversées par les personnages. Les choix mineurs apparaîtront comme sujet de discussion à côté de notre personnage principal. Un moyen d’obtenir des informations nécessaires pour comprendre l’univers du jeu. Les choix principaux figeront le temps pour vous permettre de prendre la bonne décision. Néanmoins, quelques séquences vous demanderont de vous dépêcher. Un timer est présent pour vous laisser faire votre choix, mais aussi pour vous mettre un peu la pression. Dans la précipitation, un choix peut rapidement changer le cours du scénario de manière drastique.

À ce propos, un résumé présentera les différentes conséquences sur le reste de l’aventure. Avec Dreamfall Chapter, nous sommes loin des Telltales et de Life is Strange. En effet, si les jeux Telltales sont intéressant bien qu’un brin répétitifs, Life is Strange axait les conséquences des choix sur la psychologie de ses personnages. Dans le titre de Red Thread Games, chaque choix modifiera les relations entre les personnages, mais aussi les événements de l’aventure. Chaque joueur façonne son récit à la manière des souvenirs perdus de Zoë. Ainsi, les choix s’avèrent plus importants, mais aussi mieux intégrés dans le gameplay, car favorisant l’implication personnelle du joueur. Dreamfall Chapter ne renouvellera pas le genre, mais il arrive à fabriquer un gameplay simple, rapidement efficace. Si certaines séquences paraissent peu passionnantes, le gameplay est suffisamment crédible et solide pour maintenir le joueur captif.

… « Mon nom est Zoë Castillo et ceci est le début de mon histoire. »

Dreamfall ChaptersOutre le gameplay, la direction artistique tente aussi d’accorder de la crédibilité à l’univers du jeu. En effet, entre les différents univers, les développeurs font preuve d’une volonté nostalgique assez impressionnante. D’un côté, le monde de Kian, Marcuria, est un appel aux joueurs pour revigorer ses souvenirs de The Longest Journey. De l’autre, Zoë évolue dans un nouveau monde futuriste. Une nouvelle ville bien différente de Casablanca. Le jeu fait tout pour garder une cohérence artistique. En effet, les deux personnages doivent évoluer dans l’ombre pour combattre leurs objectifs et convictions. Pour cela, les développeurs utilisent un bleu sombre uni à des couleurs peu chatoyantes.

Dans Marcuria, l’oppression étant omniprésente, elle aspire littéralement son aspect onirique et magique d’antan. Malgré l’aspect bleuté que peut offrir la nuit, on perd le charme des couleurs qui rendaient cet univers impressionnant et dépaysant. Europolis, la ville où évolue Zoë, reste une agréable surprise. Grande, labyrinthique et source d’inspiration artistique grâce à ses différents quartiers, il est agréable d’avancer dans cette citée. Ainsi, Europolis s’avère plus réussi grâce à des jeux de couleurs intéressants. Elle puise sa force dans ses différents effets artificiels. Une évolution qui ne sera pas au goût de tous, notamment des fans. Rapidement répétitif, très vite limité et faisant plus office de cache-misère, toutes ces idées se retrouvent rapidement réduites aux défauts généraux du jeu. De nombreux défauts sont présents dont une profondeur de champ qui présente moult constructions 3D floues, du clipping en veux-tu en voilà et de l’aliasing qui arrivent à gâcher l’expérience. Les choix artistiques de Red Thread Games sont donc cohérents face au récit, aux personnages, mais perdent face contre les défauts techniques du jeu. C’est même à ce niveau que le titre s’avère décevant.

La mise en scène peut aussi pâlir de quelques erreurs. L’animation des personnages et des mouvements de caméra sont lourds. Ils ralentissent considérablement le rythme du jeu créant un conflit avec la patience du joueur. Cette lourdeur est d’autant plus remarquable à cause de choix de caméras pas toujours astucieux. Le jeu possède de grandes ambitions, celle d’allier fan et néophyte dans un nouvel univers. Toutefois, les défauts qui ponctuent l’aventure et les différents cache-misère dissimulés peuvent réduire l’intérêt du joueur. Si le fan peut être déçu, il arrive à se raccrocher à l’univers par son récit et la direction artistique. Le néophyte va sûrement prendre plus de temps pour appréhender l’aventure, mais il pourra être surpris par les qualités narratives de cette dernière.

Une bande sonore surprenante

Si le jeu déçoit par sa technique, il arrive à surprendre par sa magnifique bande sonore. La notion d’aventure se ressent à l’écoute comme les multiples thèmes qui caractérisent les personnages. Dreamfall Chapters flirte même avec des touches onirique et triste qui bercent à merveille le joueur. Nous sommes rapidement conquis au point de nous poser à écouter la simple bande originale.

Le doublage est aussi de qualité, bien que très bavard. D’ailleurs, il y a tellement de différence entre le discours parlé et la traduction écrite que certains sous-titres passeront à la trappe. Dommage pour une aventure axé sur sa narration.

Les premières minutes du jeu Dreamfall Chapters

Conclusion :

Dreamfall Chapters est loin du charme de The Longest Journey. Ceci dit, il trouve une nouvelle vision cohérente en optant pour un opus plus sombre traitant de thématique plus sérieuse avec plus ou moins de subtilité. Avec son scénario qui arrive à surprendre et une multitude d’informations distribuée par le récit et la direction artistique, le jeu arrive à construire un univers qui semble crédible. En effet, de nombreux cache-misère seront présents dans l’aventure. Brisant la profondeur de champ, avec du clipping et de l’aliasing, le titre s’avère décevant en terme de technique, encore plus lorsque l’on sait qu’il tourne sous l’unreal Engine 4. Ainsi, Dreamfall Chapters ne retrouve pas de sa superbe à cause d’un projet trop ambitieux, mais qui arrive à flirter avec la nostalgie des fans pour leur permettre d’arriver au bout de l’aventure.

jeu testé sur une version PlayStation 4 fournie par l’éditeur

Points positifs

  • Le plaisir nostalgique de retrouver Zoë Castillo et Kian alvane
  • La direction artistique qui propose un nouvel univers riche en détail narratif...
  • Une narration maîtrisée
  • Des choix avec de nombreuses conséquences
  • Une durée de vie très correcte par épisode
  • La bande-originale

Points négatifs

  • Un projet ambitieux aux multiples défauts de mise en scène
  • … mais qui perd de sa valeur à cause de sa technique
  • Des personnages secondaires un poil carricatural
7

Bon

Ce n'est pas un lac, c'est un océan...

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