TEST – Echo : Votre ennemi, c’est vous !

Dans la série de jeu Hitman, si le joueur était le chasseur, il devait tout de même agir en douce pour réaliser le meurtre parfait. Quand les anciens développeurs des Hitman s’attaquent à nouveau à l’infiltration, c’est pour mieux tordre le genre. Dans Echo, le joueur incarne le chasseur se chassant lui même.

echo testScience-fiction nébuleuse

EchoL’une de nos principales craintes à propos d’Echo, était que la narration ne soit qu’accessoire face au gameplay du jeu. Qu’elle soit complètement effacée et qu’elle n’ait rien à dire. Grossière erreur. Avant de nous jeter dans le grand bain, les développeurs habillent avec élégance leur jeu. Commençons tout d’abord par le contexte. Celui-ci se déshabille lentement au fil du jeu. Même au bout de deux heures de d’aventure, beaucoup de questions se posent encore, que ce soit sur l’univers ou les personnages. Les réponses sont apportées en filigrane et se transforment parfois au cours de l’histoire pour mieux berner le joueur. Cette bien belle écriture doit beaucoup aux deux personnages principaux : En, que l’on incarne, et London, un personnage masculin difficile à cerner. On évitera tout spoil mais ce personnage est d’une telle ambiguïté qu’il soulève des questions propres à la science-fiction. Le rapport entre les deux personnages est lui aussi ambigu et rend les dialogues vraiment très intéressants. Les développeurs ont d’ailleurs fait le choix de placer le plus gros des dialogues dans des zones mortes où l’on explore juste. Une décision un peu radicale, mais qui permet vraiment de s’intéresser à l’histoire.

De plus, cette narration est accompagnée d’une bien belle mise en scène. Les développeurs sachant que l’on attend avec impatience l’arrivée des fameux « échos », font tout pour retarder leur apparition. Fait assez rare dans le jeu vidéo, le joueur va assister à la naissance (littéralement) de ses ennemis. Encore une fois, évitons le spoil, mais plusieurs belles scènes sont à prévoir, rendant encore une fois ambigu le rôle des ennemis.

Intelligence artificiellement humaine

echoMais bien évidemment, l’arrivée des échos ne peut être retardée à l’infini et une fois ceux-ci arrivés, c’est la panique et la pression qui s’installe. Ces derniers sont des sortes de clones de En. En plus de copier l’apparence du personnage principal, les échos iront jusqu’à copier également ses mouvements. En somme, lorsque le joueur commet n’importe quelle action (ouvrir une porte, s’accroupir, sprinter, tirer…) celle-ci est enregistrée. Au passage, cela forme une sorte d’empreinte du corps de En, façon « dernière position connue ». Au bout d’un moment, toutes les lumières s’éteignent, rendant encore dangereuse la progression. Une fois cette phase nocturne terminée, tous les échos rebootent (y compris les morts), et utilisent désormais vos capacités utilisées lors de la dernière séquence. Vous avez sauté une barrière ? Attendez-vous à des ennemis Yamakazi. Vous avez utilisé un ascenseur ? Ils le feront aussi. Ce qui est intéressant, c’est que les développeurs n’ont pas cherché à travestir l’intelligence artificielle. Elle copie vos mouvements sans les comprendre. Par exemple, si vous mangez du raisin toxique, elle le fera aussi. Ultra Ultra ne fait donc pas semblant d’avoir une intelligence qui s’adapte parfaitement. Cependant cela marche déjà très bien comme cela.

Car petit à petit, on se rend compte que le véritable ennemi est soi même. C’est le joueur qui décide de ses propres obstacles. Par exemple, il arrive de réfléchir quelques secondes entre ouvrir une porte ou sauter le bar à côté. Le résultat sera le même pour En : elle arrivera de l’autre côté. Cependant l’IA saura soit ouvrir des portes, soit sauter des obstacles. Le joueur est donc en perpétuelle réflexion sur ses propres actions. La meilleure tactique est d’esquiver les personnages en étant accroupie. Mais bien évidemment, les développeurs font en sorte que les choses ne soient pas aussi faciles. Dans les situations délicates, ils arrivent alors « d’apprendre à l’IA » à tirer, sprinter, aller dans l’eau dans le même round. Ce qui se révélera catastrophique par la suite. Heureusement, chaque cycle écrase le précédent, donc si le joueur est plus silencieux par la suite, les échos désapprendront les techniques du joueur. Il est amusant de constater que quelque part, Echo demande donc de faire des choix qui auront des conséquences sur la partie, même si c’est à courte portée.

Petit à petit, on comprend à maîtriser le fonctionnement des échos, à ne plus les voir comme ses propres erreurs, mais comme de véritables personnages. Heureusement, les développeurs ont fait en sorte de redistribuer les cartes pour ne pas rendre trop facile le jeu vers la fin.

Infiltration classique

EchoL’intelligence artificielle fonctionne donc à merveille et rend le jeu d’infiltration (au sens général également ?) cent fois plus intense. Car dans les faits, Echo reste tout de même un jeu d’infiltration classique. Les objectifs se divisent en trois possibilités : aller d’un point A à un point B, récupérez un objet et l’emmener à un endroit, ou encore éteindre des sortes de torches bleues disséminées dans le niveau. Entre ces propositions, le jeu propose quelques accalmies et de la narration. Les objectifs sont peu variés et c’est là le point faible du jeu. Cependant, ils restent très efficaces pour jouer avec les nerfs du joueur. Tout est fait pour que le joueur prenne des risques et se heurte à lui même. Habile.

Au niveau du déroulement du jeu, là aussi pas de surprise. Les échos font des gardes infinies (après tout ce sont des clones programmés) et il faudra soit les éviter, soit les attirer ailleurs ou soit les éliminer. En se rappelant qu’ils reviendront de toute façon dès le reboot du palace. À noter qu’En est très fragile : au bout de deux attaques c’est la mort pour elle. Heureusement, la vie se régénère à partir de la première blessure. Au niveau des capacités d’En, celle-ci peut tirer, utiliser un sonar pour localiser temporairement les ennemis, les marquer, prendre un objet pour le jeter, etc. Pas mal de ces actions utilisent des points d’action. Si le joueur n’en possède qu’un au début qu’il peut recharger, il peut trouver des extensions par la suite, qui seront bien utile. Il n’est pas rare de faire plusieurs actions à la suite en cas de problèmes.

Bienvenue en enfer

EchoNiveau difficulté, Echo est parfaitement calibré. Le jeu n’est ni trop facile, ni trop dur. On recommencera certains passages plusieurs fois, sans trop pester cependant. On évolue ainsi assez rapidement dans le jeu qui propose au final une durée de vie d’environ 8 h. Honnêtement, c’est très bien comme ça, car Echo semble un peu tirer sur la corde vers la fin. L’héroïne dit d’ailleurs elle même ne pas en voir le bout. Un sentiment partagé par le joueur, quoique les développeurs ont su relancer l’intérêt du jeu à chaque salle ou presque.

En plus de cela, les joueurs hardcore pourront dénicher les « voix », soient des sortes de diapason (attirant les ennemis au passage !) permettant de déverrouiller plusieurs textes secrets. De plus, éteindre toutes les flammes bleues dont on parle plus haut permet d’activer quelques codes, en plus d’augmenter le challenge.

Technique et artistique

EchoOn l’a dit, Echo se veut être un jeu où la tension est permanente. Pour aller dans ce sens et dans un souci d’immersion totale liée à l’impression d’être tout seul face contre tous, l’ATH est projeté sur En. Celui-ci permet de détecter l’objectif, l’énergie, l’endurance ainsi que les ennemis proches et s’ils voient ou pourchassent le joueur. De plus, le « palace » que l’on traverse est particulièrement froid malgré ses allures très baroques. Notons d’ailleurs que celui-ci est magnifique et les développeurs proposent plusieurs variations de celui-ci. Le Palais devient d’ailleurs lui-même un personnage qui tente d’arrêter le joueur en se transformant de plus en plus en un véritable labyrinthe. Côté artistique c’est donc plutôt très bon, même sur le character design.

Techniquement c’est un peu plus mi-figue mi-raisin. Le jeu se défend plutôt bien (même sur PC moyen) malgré de gros décors à afficher. En revanche, du côté des animations ça n’est clairement pas le top. Celles-ci sont trop brusques, que ce soit lorsqu’En se tourne ou lorsque les IA passent d’accroupi à debout, ou lorsqu’elles sautent une rambarde. On note également une physique étrange dans les escaliers. Du détail pour l’expérience certes, mais qui saute aux yeux.

Au niveau sonore, c’est clairement très bon. Tout d’abord, soulignons la performance de Rose Leslie et Nick Boulton qui se répondent avec brio. C’est bien sûr grâce au texte, mais également à leur performance personnelle que tout ceci est très agréable à entendre. On notera également la musique, évidemment faite pour une tension maximum sans que cela soit insupportable.

Conclusion

Si l’on savait qu’Echo partait avec une très belle idée, on avait peur en ce qui concerne l’histoire et la redondance. Deux points qu’Ultra Ultra a su travailler. La mise en scène est ingénieuse, tout comme l’écriture. On se passionne finalement pour En et les scénaristes développent d’ailleurs quelques points intéressants portés par la performance des acteurs. Concernant la fameuse intelligence de l’IA, elle permet une tension permanente liée finalement à soi même. Chaque pas vers la victoire l’est également pour vos ennemis. Un concept brillant qui n’est finalement pas redondant, même lorsque l’on pense comprendre l’intelligence artificielle. Ajoutons à cela une bonne direction artistique et on obtient un jeu qui, on l’espère, en inspirera d’autres.

Test réalisé sur un Windows 10, Intel Core i5 4200H, GeForce GTX 850M

Points positifs

  • La performance des acteurs
  • La bande sonore
  • Un scénario très intéressant
  • Mise en scène brillante
  • La pression permanente liée à ses propres choix
  • Difficulté bien calibrée
  • Finalement pas redondant
  • Direction artistique
  • De bons sujets traités
  • Une IA adaptative que l’on espère revoir
  • Le palais, lui aussi évolutif

Points négatifs

  • Des animations un peu raides
  • Pas assez d’objectifs variés
8

Super

"Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière." August Strindberg