TEST – Etrian Odyssey V : Beyond the Myth – Un nouvel opus aux graphismes légers mais à l’addiction certaine

Le Dungeon Crawler est LE genre de jeux un peu oublié en ce début de XXIème siècle. Alors qu’il était florissant vers la fin des années 80 et dans les années 90 (avec entre autres des séries comme Dungeon Master, Eye of the Beholder, Lands of Lore et autres Bard’s Tale), l’arrivée des années 2000 lui sera fatal… ou presque. Depuis maintenant quatre ou cinq ans, on revoit apparaître de temps à autre de nouveaux projets (Tales of the Monkey Tavern, Crystal Rift) et donc certains ont même de solides ambitions (Darkest Dungeon, The Legend of Grimrock I et II), ce qui pourrait nous laisser finalement supputer que le genre n’est pas tout à fait mort. D’ailleurs, Etrian Odyssey semble en être la preuve puisque son cinquième opus reprend les codes de ces jeux oubliés en y instaurant même le combat au tour par tour : non le rétro ne s’éteindra jamais, que ce soit pour le pire ou pour le meilleur.

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Etrian Odyssey V : Beyond the Myth reprend avec brio les codes du dungeon crawlers mais n’en évite pas pour autant les écueils

Etrian-Odyssey-VEtrian Odyssey V prend le pari de poursuivre sur sa lancée de jeux de Dungeon Crawler. Et grand bien lui en prend puisque toute la place dans le domaine vidéoludique semble libre à ce sujet. D’ailleurs, la saga fait plutôt les choses bien. Tout d’abord, comme dans tout bon RPG qui se respecte, le joueur doit choisir les éléments qui composeront son équipe. A ce titre, il sera possible de créer jusqu’à trente personnages différents, même si ce ne sont que cinq d’entre eux qu’il sera possible de retenir pour l’exploration du donjon – ici, l’arbre d’Yggdrasil en fait – mais qu’il sera possible d’interchanger lors de chaque retour dans la cité de Iorys. Pour la création de cette équipe donc, il sera nécessaire de prévoir un panachage de votre équipe du plus bel effet, en alternant les races et les classes de vos divers personnages. Impensable en effet de partir à l’aventure avec un groupe composé uniquement de guérisseurs ou d’herboristes. Mais là, on ne vous apprend rien et à vous de doser subtilement les capacités et compétences de vos personnages pour progresser tranquillement avec un habile mélange de force, de dextérité, de magie, de charisme, de rapidité, et on en passe et des meilleures.

Une fois les compagnons recrutés, il faudra alors partir à l’aventure et progresser dans les différentes strates labyrinthiques de l’arbre d’Yggdrasil. Ne cherchez pas, côté scénario, comme dans de nombreux dungeon crawlers avant lui, Etrian Odyssey V ne déroge pas à la règle et ne cherche pas à creuser plus en profondeur : priorité au gameplay, au plaisir de jeu et à la découverte, la narration étant finalement alors reléguée en second plan, ce qui n’est pas un mal, le jeu étant entièrement rédigé en anglais (d’un niveau parfois assez costaud). Il aurait été effectivement inconvenant et malvenu de ne pouvoir progresser davantage en raison de l’incompréhension d’une phrase ou d’une discussion avec tel ou tel PNJ. Heureusement, cela ne sera jamais – ou presque – le cas.

L’équipée est prête, les adieux faits chez Jenetta (chez qui il faudra revenir régulièrement non seulement pour se reposer mais également pour sauvegarder la partie, l’enregistrement des données de jeu étant impossibles lorsque vous êtes dans l’arbre d’Yggdrasil), les armes et armures acquises à la boutique locale de Iorys (à laquelle il sera également inévitable de se rendre souvent non seulement pour amener les matériaux récoltés au cours de votre avancée afin de donner au forgeron du grain à remoudre pour la création de nouveaux équipements, mais également pour améliorer des armes acquises plus tôt dans l’aventure et pour, plus simplement faire de nouveaux achats – d’armes et d’armures, mais aussi de potions pourquoi pas ? – renforçant de manière globale les membres de l’équipe).

Dès les premiers instants au sein de l’arbre, vous vous rendrez compte que les premiers combats sont assez ardus. Les deux premières heures de jeu ne sont pas les plus agréables tant il faut accepter de faire du levelling et des aller-retours en ville avant de pouvoir progresser à un rythme un peu plus soutenu. Une fois le pli pris, il devient alors difficile de sortir le nez de sa 3DS. On se prend d’ailleurs même tellement au jeu qu’il devient alors jubilatoire de se saisir du stylet et de procéder à l’élaboration de la carte comme si on était revenu dans les années 80 avec Dungeon Master et qu’on formalisait la carte sur un bloc de papier Rhodia ou Clairefontaine – au choix – à petits carreaux : un délicat parfum de naphtaline envahira les plus de 30 ans, tandis que les plus jeunes découvriront sans doute une nouvelle sorte de gameplay, pourtant vieille comme le monde : le kif absolu !

Pour le reste au sein de l’arbre, rien de bien neuf. Il s’agira pour l’essentiel de terminer les niveaux un par un et de trouver l’escalier menant au niveau supérieur. Au milieu de tout cela, il sera indispensable de dénicher des matériaux ça et là, de la nourriture pour se requinquer après des combats difficiles, d’activer des statues, d’ouvrir des coffres, d’affronter des monstres en combats aléatoires (au tour par tour) et d’autres monstres en combats moins aléatoires (il s’agit des boss et des FOEs qui apparaissent sur la carte et qui se déplacent mais qui demandent pour certains une solide préparation avant un affrontement en bonne et due forme).

Bon et sinon ? C’est bien beau la nostalgie mais les années 80 c’est fini. Et donc un RPG qui se limite à une quête principale sans aucun quête annexe, ce n’est pas envisageable. C’est bien entendu pour cette raison qu’Etrian Odyssey V a prévu le coup et permet d’aller boire un coup à la taverne du village entre deux terrassements d’adversaires. Au sein du débit de boissons, ce sera l’occasion idéale d’aborder la tenancière et de lui demander bien souvent (à chaque découverte d’un nouveau niveau de l’arbre en fait) si des missions annexes sont disponibles. Evidemment, il faut en accepter le plus possible afin de récolter non seulement les remerciements de ladite patronne de bistro mais aussi les récompenses et les points d’expérience. Concernant ces quêtes annexes, on regrettera seulement qu’elles soient un peu trop souvent axées sur le mode Fedex, comme si les aller-retours entre la ville de Iorys et l’arbre d’Yggdrasil n’étaient déjà pas assez nombreux dans le jeu.

Concernant les arbres de compétences des personnages, ils ne seront pas à prendre à la légère et vous devrez réfléchir à deux fois pour chaque nouveau niveau atteint par un membre de l’équipe. Il faudra opter pour l’augmentation d’une aptitude de race ou de classe dans un premier temps, et ensuite il faudra trancher sur l’aptitude en particulier que vous souhaitez faire progresser. Les sorts et attaques lors des combats seront directement impactés par ces choix. Choix d’autant plus difficiles à faire si votre maîtrise de l’anglais est approximative, les arbres de compétences dans le jeu employant alors le jargon le plus technique qui soit, ce qui peut s’avérer profondément handicapant au moment de prendre une décision qui apparaît comme cruciale…

Et sinon, hormis l’anglais, y a des choses qui clochent ?

etrian-odyssey-v-beyond-the-mythL’anglais étant clairement le point noir du jeu, on ne reviendra pas dessus, inutile de tirer davantage sur l’ambulance. Cela dit, d’autres éléments viennent quelque peu assombrir le tableau du soft. Déjà les graphismes. Mièvres au possible, ils reprennent une touche d’édulcorant en adoptant de détestables couleurs aux tons pastel. Par ailleurs, les décors des niveaux sont bien trop répétitifs. On en veut pour preuve par exemple qu’après avoir passé près de 6 à 8 heures dans la première strate de l’arbre, comprenant alors 5 étages différents, on prend presque pour une récompense le fait d’atteindre la strate suivante pour enfin découvrir de nouveaux environnements. Un tel titre devrait pourtant être un enchantement des yeux à chaque instant, et c’est bien loin d’être le cas malheureusement.

Enfin, la musique se révèle assez pénible et ne sort pas de l’ordinaire. Elle se fond dans le jeu et ne laisse aucun souvenir impérissable. Comme pour les décors, elle est à la fois redondante et sans surprise. On pourrait presque jouer sans le son sans que cela ne pose le moindre problème, et ça, c’est un vrai problème…

Conclusion

Sorti le 17 octobre dernier sur Nintendo 3DS, Etrian Odyssey V : Beyond the Myth reprend les codes des vieux dungeon crawlers des années 80, pour notre plus grand plaisir, en n’omettant pas d’y ajouter des éléments qui font le sel des RPG des dernières années (arbres de compétences, quêtes annexes, farming et crafing). Si le réel plaisir de jeu est présent et qu’il est assez difficile de quitter les yeux de son petit double écran, tant l’exploration de l’arbre d’Yggdrasil et la progression des personnages est gratifiante, il s’avère que l’expérience peut être légèrement ternie par un anglais un peu complexe (une localisation française du jeu aurait été plus que bienvenue), de trop nombreuses quêtes annexes de type Fedex, des graphismes laids et une musique assez fade. Pour les fans de dungeon crawlers, un passage par la caisse est tout de même sérieusement à envisager !

Points positifs

  • Une solide durée de vie (plus d’une centaine d’heures)
  • De nombreuses quêtes secondaires
  • Des points de compétences à bien répartir
  • Une équipe à bien structurer pour créer une belle cohésion
  • Un dungeon crawler efficace par ces temps de disette sur ce genre de jeux
  • Une difficulté croissante
  • L’exploration en elle-même avec la possibilité de crayonner son propre plan « papier »

Points négatifs

  • Des graphismes mièvres et couleurs pastel
  • Des décors très redondants
  • De trop nombreuses quêtes fedex
  • Des musiques pénibles
  • Une histoire inconsistante
  • Intégralement en anglais (et pas des plus simples)
7

Bon

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