Ghost in the Shell (2017) – Le remake de trop ?

Ghost in the Shell Critique

Alors que le film animé est sorti en 1997 sur nos écrans français, Ghost in the Shell, made in Hollywood, a débarqué ce mercredi dans nos salles obscures. Réalisé par Rupert Sanders avec Scarlett Johansson dans le rôle du Major, le film-live confirme les craintes de l’adaptation tirées d’un animé. Ceci dit, Rupert Sanders adapte l’ensemble des univers liés à la saga ne s’inspirant pas uniquement des films de Mamoru Oshii. Un univers riche et complexe qui aurait pu être étoffé au lieu d’être refait dans son intégralité. Malgré les polémiques, malgré les bandes-annonces encourageantes, tout était en place pour donner une chance au film. Le résultat n’en est que plus décevant au terme du long-métrage.

Le récit du film est assez anecdotique, voire totalement vide de sens et d’intérêt. L’histoire du Major se limite à ses origines. Qui est vraiment le Major ? D’où vient-elle ? Des questions qui berceront l’œuvre cinématographique pour permettre au spectateur d’avoir une première approche du film. Perdu dans une ville qu’il ne reconnait pas, il évolue tel le Major cherchant à connaître son passé. Une fresque identitaire que nous suivrons avec peine, à cause de thématiques déjà abordées dans les films d’Oshii dont le poids de la conscience humaine dans un corps cybernétique. Si cette information est dévoilée dès l’introduction du film, l’arc narratif lié à Mira, autrement dit le Major, est maladroitement écrit. Les évènements du récit lié au personnage principal s’enchevêtrent et renforcent la perdition du spectateur.

D’ailleurs, le film préfère mettre en exergue l’état critique de la Section 9 face au cyberterrorisme. Pour affronter cette menace, une pléthore de personnages inutiles venue des différents univers Ghost in the Shell, Stand Alone Complex en tête, sont présents. Ghost in the Shell, version 2017, se contente de prendre ces personnages non définis par le récit et largue le spectateur sans aucun attachement particulier dans cette vaste histoire de malêtre identitaire. Une suite de poncif sans grand apport narratif qui donnera lieu à des dialogues creux. En prenant les mêmes défauts que le film animé, même si ce dernier bénéficie d’un travail d’écriture sur les personnages, le film de Rupert Sanders s’embourbe. Tout est insondable, malgré une histoire simple et bateau qui cherche à se complexifier. Ce sentiment est amplifié par des acteurs en roue libre, voire en sous-jeu. Scarlett Johansson campe un Major décérébré dont les réactions et le manque d’émotion n’aident pas à sauver le récit. L’antagoniste, Kuze, est tout aussi émouvant. Il n’arrive pas à être une menace potable pour le spectateur. Ainsi, Michael Pitt représente un lycéen frustré de ne pas avoir satisfaction après le blocus de son bahut. Seul Takeshi Kitano — en Daisuke Aramaki — et Pilou Absaek — en Batou — arrivent à surprendre tout au long du film. Les deux personnages font acte de présence, même s’il ne crève pas l’écran, ils en imposent par leur carrure et leur force. Le reste de la section 9 est oubliable, de toute façon, ils n’apparaissent que rarement à l’écran.

Autre déception, le long-métrage suit des sentiers déjà foulés par d’autres œuvres cinématographiques. L’évolution technologique, une société dystopique, une politique corrompue, rien n’est nouveau dans cette adaptation. Outre ces aspects, le film retire à l’animé de 1997 toute la philosophie shinto qui en faisait sa force. En effet, elle était primordiale pour justifier les actes du Puppet Master. Dans le film d’Oshii, ce dernier remettait en cause la place de l’Homme dans le Cosmos en justifiant ses actes philosophiquement. Cela laissait place à des dialogues souvent abscons, mais très intéressant une fois avoir compris le sous-texte des discussions. Dans le film live, les retournements sont cousus d’avance, nous n’avons plus qu’à nous laisser entraîner, sans réfléchir, dans une histoire sans sens. À juste titre, Ghost in the Shell n’a jamais aussi bien porté son nom. Une coquille vide sans grand intérêt.

Après un scénario simpliste qui échoue dans tout ce qu’il tente d’introduire, le film n’est même pas sauvé par sa direction artistique. Les plans larges peuvent être intéressants durant les premières minutes, mais ils deviennent rapidement sans saveur. Tout est plat, beaucoup trop holographique, le côté sale et souillé du film originel laisse place à un univers symétrique, trop mélodieux pour arriver à surprendre. Rien n’est raconté par cette ville qui n’est même pas caractérisée. Au milieu de tout cela, le spectateur cherche sa place pour comprendre les lois qui régissent l’univers de film live. Cette perte de repère est sans doute voulue, seulement, le film paraît trop futuriste et n’arrive pas à s’imposer face à d’autres productions du genre. Relativement, nous pourrions dire qu’il est plus inspiré que la plupart des autres blockbusters. Cependant, il y avait beaucoup plus d’intérêt à développer un nouvel univers étendu qu’à réellement faire un remake. Pourtant, Ruppert Sanders s’amuse à montrer différents quartiers de la ville. Des quartiers à la population différente, mais aussi aux conditions parfois déplorables pour démontrer que l’évolution n’est peut être pas le salue de l’humanité. Une bonne idée sur le papier si l’on oublie la saga vidéoludique Deus Ex. Cette dernière dévoilait deux classes sociales bien distinctes. Ceux qui pouvaient posséder des améliorations techniques, échangeables contre des sommes mirobolantes d’argent et le reste de la population, trop pauvres pour pouvoir s’en procurer. Une évolution qui était caractérisée par le gameplay et l’univers particulier du jeu vidéo.

À défaut, la mise en scène tente d’être sobre et efficace, elle prône la lenteur des plans plutôt que le surdécoupage de l’action, même si ce sera le cas parfois. L’idée permet de refléter la progression du Major qui avance graduellement pour comprendre ses origines. Un potentiel intéressant à développer durant le long-métrage qui finira par tomber aux oubliettes dès la seconde partie du film. Ceci dit, la pupille du spectateur ne pourra être comblée par la réalisation de Sanders. En effet, quelques séquences se trouvent être trop sombres. Un problème de taille surtout lorsqu’on filme à conte-jour les personnages. Le problème arrive régulièrement, notamment dans le dernier acte du film. L’action étant très — voir trop — découpée, le spectateur s’y perd et ne comprend rien du combat final. Un comble pour le film et surtout pour les fans de l’animé.

On pourrait presque crier au scandale pour certaines séquences qui ne sont qu’un copié/collé du premier film animé. Certes, cela permet de fidéliser le public, mais lorsqu’on en retire l’essence du Ghost in the Shell de 1997, ces plans ne veulent plus rien dire. Parler de ces séquences serait spoiler l’œuvre de Rupert Sanders, mais sachez que si vous attendiez au tournant ces plans-là et que vous êtes fan du film de Mamoru Oshii, vous serez forcément déçu. Dans le meilleur des cas, le non-fan appréciera sûrement l’œuvre, le fan quant à lui s’affaissera de désespoir devant cette adaptation. Sans compter le montage qui ne fait que décevoir. Très mal rythmé, il n’offre pas le souffle nécessaire quand on en aurait besoin. Le montage est plat comme l’ensemble des tentatives du film pour conquérir les fans.

À l’image du récit, la soundtrack du film sera aussi inexistante que le scénario. Elle ne surprend pas et on ne retiendra pas de thème particulier. Grande joie, cependant, de ne pas avoir à subir l’affreux remix « Making à Cyborg » de Steve Aoki. Kenji Kawai apportait une dimension supplémentaire à l’œuvre d’Oshii. On ressentait la lourdeur de la robotique, la mélancolie du paysage, ici, elle sonne comme une tentative de reproduire des sons plus futuristes, pour se raccorder à l’univers imposé par le réalisateur.

Pour conclure, Ghost in the Shell est l’équivalent d’une mise à jour attendue de tous, mais dont le résultat dépasse l’entendement du mauvais goût. Le film se contente de rester derrière l’œuvre de Mamoru Oshii et n’arrive jamais à la dépasser. Rupert Sanders préfère d’ailleurs adopter le plan pour plan au lieu de tirer un vrai propos, voire de proposer un vrai film qui se déroulerait dans le même univers que le matériel animé. Ce voyage vers l’inconnu propose quelques fulgurances ici et là, mais des idées ne sauvent pas une œuvre plate et sans intérêt. Ghost in the Shell ne reste qu’une update parmi tant d’autres, elle n’apporte rien de plus. On ne pouvait qu’être déçu du résultat.

Premier trailer de Ghost in the Shell réalisé par Rupert Sanders.
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2 Commentaires

  1. Photo du profil de Indy

    Je pense que tu pourras apprécié le film, ceci dit, il possède quand même des problèmes dans son ensemble.

  2. Photo du profil de Mathieu

    Moi qui ne connait pas du tout l’univers et bien j’adore l’actrice principalc ça se laisse regarder ?

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