La Tour Sombre et Sleepless – Une bien belle image du cinéma populaire Hollywoodien

La Tour Sombre et Sleepless – Une bien belle image du cinéma populaire Hollywoodien

Atomic Blonde, Overdrive, Seven Sisters ou encore Hitman & Bodyguard. Même si parsemé de belles surprises et/ou confirmation, cet été 2017 n’aura pas été des plus mémorable et sa fin ne devrait pas infirmer nos propos. En attendant de voir si Charlize Theron a le potentiel d’un Keanu Reeves dans le botage de cul en règle, petit retour sur les deux sorties hollywoodiennes de la semaine passée. À commencer par le remake d’un film de genre français : Nuit Blanche alias Sleepless.

On parle beaucoup de remakes, reboots ou encore d’adaptations. Les Américains sont les meilleurs dans ce domaine, les meilleurs pour aller piocher aux quatre coins du monde, ainsi que dans leur propre culture des synopsis et idées déjà existantes et utilisées. Cette fois c’est du côté de la France que des producteurs américains sont allés faire leurs courses. Remake du long-métrage Nuit Blanche, sorti sur nos écrans français en 2011 et réalisé par Frédéric Jardin avec Tomer Sisley dans le rôle-titre, Sleepless part de ce fait avec une balle dans le pied. Qui dit adaptation ou remake, dit d’ores et déjà fainéantise. Il va falloir aux scénaristes, producteurs et techniciens en charge du projet, faire preuve de créativité pour faire de cette reprise une nouvelle œuvre à part entière. Une œuvre qui a un sens, un intérêt véritable. À en lire le synopsis, à en voir la bande-annonce, Sleepless ne semblait pas aller dans ce sens. Un simple remake plan par plan ou presque. Le résultat n’en est pas bien loin. Même si pas dénué d’intérêt pour celles et ceux à la recherche d’un simple, mais efficace divertissement estival, Sleepless n’a pas les qualités attendues par un remake. Si Frédéric Jardin avait su nous séduire avec son Nuit Blanche, c’était grâce à son concept original (course poursuite se déroulant en une nuit, dans un seul lieu), à sa direction artistique (pop, colorée et flashante) et à sa mise en scène nerveuse. Sleepless reprend à l’exactitude ces ingrédients, mais avec des décors plus grands, plus de figurants et des comédiens de renom. Bigger is not Better !

Six ans se sont écoulés depuis la sortie de Nuit Blanche et les courses poursuites, scènes d’action dans des clubs et boîtes de nuit sont devenues monnaies courantes. Collateral, Drive et surtout John Wick en 2014. Contrairement à son ainé, l’action du film réalisé par Baran bo Odar (dont c’est le troisième long-métrage) a la force de ne pas avoir lieu dans une simple et petite boîte de nuit. Cependant, le film va souffrir à chaque nouvelle séquence d’une nouvelle comparaison. De John Wick à The Raid 2, difficile de sortir vainqueur face à de tels mastodontes du cinéma d’action moderne. Sleepless n’a ni la nervosité de la mise en scène du premier, ni la précision du cadrage du second. Sans parler des chorégraphies de combat, qui, même si brutales, s’avèrent insipide, car banales. Il leur manque une touche de créativité, un concept artistique (un cadrage plus proche des coups, d’autres focales…), permettant au spectateur de conserver le moment en tête et de se dire : « Ah oui, intéressant ! ». Ce sentiment est perpétuel et à aucun moment Baran bo Odar ne va réussir à le faire oublier. Majoritairement bien réalisé, assez joliment éclairé, le montage est nerveux et les musiques d’ambiance permettent à la tension de ne jamais tomber pendant les 1h35 de durée. Ce qu’il fait, il le fait bien, sans pour autant marquer.

Sleepless est un long-métrage à l’image de la courte scène de contextualisation suivant l’apparition du titre à l’écran. Visuellement maîtrisé, pas inintéressant à suivre, mais à l’image du cinéma d’action hollywoodien sans saveur. Didactique, nerveux, mais souvent surdécoupé et absolument aucune subtilité tant dans la mise en scène que dans l’écriture. Même si charismatiques, les acteurs n’endossent que de simples costumes de caricatures dont sont habitués les amateurs de ce genre de cinéma. Un cinéma qui mise essentiellement, pour ne pas dire uniquement, sur l’action. Sauf que pour marquer le coup et l’esprit du spectateur il faut y intégrer une patte artistique, un concept, une esthétique forte ou un parti prit de mise en scène radicale (ce que fais par exemple Lynne Ramsay avec le film You Were Never Really Here). Sleepless est un film popcorn, une série b aussitôt vue, aussitôt oubliée. So as The Dark Tower ?

Dans le monde du jeu vidéo, si l’on cherchait une comparaison logique, l’on comparerait La Tour Sombre avec Duke Nukem Forever ou encore The Last Guardian. Deux œuvres vidéoludiques qui auront mis plus de dix ans après leur annonce respective, à paraître en boutiques. À l’instar de ces dernières, il aura fallût précisément dix ans au film La Tour Sombre pour débarquer sur les écrans internationaux. Le projet a changé mille et une fois, n’a cessé d’évoluer, mais est aujourd’hui ce qu’il est : un film sans saveur. Tel qu’il a pu être dit précédemment, La Tour Sombre est un film qui se laisse regarder. Le dynamisme du montage et de la mise en scène avec ses personnages sans cesse en mouvement fait en sorte que le spectateur ne ressente pas la lourdeur de chaque minute qui s’écoule. L’ennui ne pointe pas le bout de son nez, mais le spectateur assidu et habitué au cinéma prendra cependant le temps de bien analyser chaque plan et chaque problème que compte l’œuvre dans son intégralité. Un véritable régal pour tout cinéphile et cinéaste en herbe qui cherche la réponse à la question : « Comment faire un bon film ? ». Sans pour autant répondre à la question, le visionnage du long-métrage La Tour Sombre offre une multitude d’exemples à ne pas reproduire, à commencer par l’étude du cadrage et la bonne réalisation d’un découpage.

Nicolaj Arcel, réalisateur danois habituellement de talent, passent du coq à l’âne, du plan stylisé cherchant à iconiser ses personnages, aux plans incompréhensibles sur tous les aspects possibles et imaginaux. De la contre-plongée inutile, par exemple, au choix de focale sans apport, sans omettre une échelle qui ne va pas au-delà du plan américain (subsistes trois ou quatre plans larges…), Nicolaj Arcel prouve avec le travail réalisé par ce film qu’il n’a été pour les producteurs qu’un simple « Yes Man ». Lorsqu’on prépare son film, on pense chaque plan, chaque axe de caméra, chaque mouvement pour que ces derniers aient une valeur et un intérêt. Mettre en avant un élément de mise en scène, amplifier une émotion, apporter du dynamisme… Nicolaj Arcel le sait et l’a prouvé durant sa carrière, mais n’en fait rien. Ce dernier ne semble pas avoir eu une once de liberté et dévoile une œuvre à la réalisation insipide, dénuée de recherches (défaut que l’on peut étendre jusqu’à la direction artistique et le choix des décors), et où les plans s’enchaînent un à un simplement dans le but de faire avancer l’histoire. Nicolaj Arcel n’était cependant pas ailleurs peut-être pas l’homme de la situation. Un jeune réalisateur ambitieux -ou jeune réalisatrice ambitieuse- aurait pu se faire la main et donner à ce film le style visuel nécessaire et faire de ses personnages des icônes dignes de ce nom. Prise de position et choix que n’auraient bien évidement pas fait des producteurs pour une telle adaptation, car il faut vendre, alors que paradoxalement ce n’est pas sur le nom Nicolaj Arcel que va se vendre un film.

La Tour Sombre est un film qui aurait mérité du sang frais, une vision jeune et moderne, parce qu’il y a du potentiel. Un potentiel qui transparaît plan après plan, scène après scène. Tant dans ses personnages, dans leurs caractérisations respectives et les liaisons qu’ils peuvent entretenir, que dans l’univers riche et immense ici développé. Le potentiel est présent et rend le visionnage encore plus frustrant. Certains choix scénaristiques sont osés (merci Stephen King…) et les acteurs/actrices ont chacun et chacune un charisme indéniable renforçant l’immersion du spectateur et la crédibilité du spectacle qui leur est offert. De plus, le traitement sous-jacent de l’art et de l’artiste incompris par le monde d’aujourd’hui comme hier est suffisamment bien amené et distillé pour toucher sans apparaître comme forcé.

Ce n’est pas qu’un simple divertissement, il possède quelque chose enfoui en lui, mais devant ces éléments réside « un beau tas de merde » comme dirait l’autre. Réalisation insipide, cadrage incompréhensible, découpage improbable (à en croire que le tournage c’est fait sans découpage technique ou travail en amont), mise en scène inégale, direction artistique beaucoup trop sombre et une bande originale bruyante, assourdissante. Délicat de le défendre après ça, même si… La Tour Sombre est bien le premier film dont on a envie de dire en sortant de la projection : « À quand le remake ? ».

La Tour Sombre - Bande Annonce VOST

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