TEST – Observer : Narration au poil, horreur insupportable

En 2016, déjà la Blooper Team s’intéressait à l’horreur, avec le sympathique Layers of Fear. Si ce dernier prenait place dans un manoir très XIXe siècle, le nouveau jeu du studio vise le futur. Observer est en effet le contrepoint de Layers of Fear. Pour le meilleur ou pour le pire ?Observer test

« The year is 2084 »

ObserverDéjà visible via les trailers, le côté très cyberpunk d’Observer se voit dès l’introduction, qui nous dresse le portrait futuriste de la ville de Krakow. En bonne œuvre cyberpunk qu’elle est, Observer propose un futur rongé par la technologie. D’un côté les riches se paient des délires robotisés, les faisant passer pour des dieux, tandis que les pauvres sont toujours aussi pauvres et victimes des diverses drogues technologiques. D’ailleurs, la maladie du XXIe siècle s’appelle la Nanophagie. Les divers implants que les corps ont subis sont parfois défectueux, et se propagent même. La corporation du coin, Chiron, se charge de l’approvisionnement en technologie, mais est également très étroitement liée avec la police. De telle sorte que lorsqu’une épidémie pourrait surgir, les lieux sont bouclés en état d’urgence.

C’est à peu près dans ces conditions que l’Observateur Daniel se fait enfermer dans un motel du Désert, un coin peu fréquentable. Mais si Dan est ici, c’est avant tout pour retrouver son fils, qui lui a donné rendez-vous ici, alors qu’il ne s’était pas parlé depuis longtemps.

Ambiance fils électrique et crasse

ObserverSi Observer est donc un titre cyberpunk, il ne lorgne pas visuellement du côté de Deus Ex, mais plutôt de Blade Runner. Soit un futur très années 80. Cette ambiance très crasseuse est parfaitement retranscrite ici. Dès notre arrivée sur les lieux, on sent que ça ne va pas être beau à voir. Le premier PNJ du coin renforce cette impression. Tout est sale, et dans tous les sens du terme. Les personnages que l’on rencontre ont tous une personnalité différente, dont l’étrangeté est similaire. Certains sont des paranoïaques extrêmes, quand d’autres se pensent purs, car jamais augmentés. Observer déploie, grâce à ses personnages que l’on est libre de rencontrer, plusieurs questions sur l’augmentation technologique. Des thèmes que l’on a déjà vu ailleurs (notamment Deus Ex), mais dont certains vont encore plus loin.

Replicant

ObserverEn tant que policier, c’est au joueur de découvrir ce qui se trame dans cet hôtel lugubre. Sur la première scène du crime, on découvre le gameplay que l’on va utiliser tout le long pour comprendre ce qui se passe. Ainsi, en tant qu’Observer, Dan a quelques petites augmentations bien sympathiques. Il dispose ainsi de trois filtres l’aidant à analyser son environnement. On retrouve une classique vue nocturne, mais surtout, une vue électromagnétique et biologique. La première isole les éléments électroniques, et l’autre… les éléments biologiques intéressants. Dans les faits, la vision se colore et isole les éléments du décor. On peut ensuite les analyser pour plus d’informations. D’ailleurs, tout est loin d’être utile, mais on se prend au jeu à tout analyser. Ce système d’enquête rappelle une version améliorée de celui des Batman Arkham. C’est simple, efficace, mais à utiliser avec parcimonie. Car si Dan utilise trop ses capacités, sa vision commence à se brouiller à chaque mouvement et… c’est tout. Il faut alors utiliser des médicaments spécifiques pour contrer le mal.

Pour progresser dans son enquête, Dan peut également parler avec une multitude de PNJ. On a ici affaire à un système de réponse simple permettant d’orienter la discussion. Notons d’ailleurs que le doublage anglais est de très bonne qualité, tout comme les sous-titres.

Ainsi, le joueur explore l’hôtel à la recherche d’indices, qui le mèneront à d’autres, et ainsi de suite. Notons que la surface de jeu se veut grande, mais très compacte. On cherchera rapidement son chemin dans ce dédale de couloirs. On pourrait presque y voir ici une métaphore de l’esprit de Dan. Car la grande particularité d’Observer, c’est qu’il est possible d’entrer dans la tête des personnes, afin d’y récolter des informations. Vous vous en doutez, tout cela n’est pas sans risque, et Dan s’y perd un peu dans les réalités, tel un Dominic Cobb.

Train-Train fantôme

ObserverCes séquences ne font pas sans heurts. Loin d’être des réminiscences précises à la Remember Me, le joueur vit des souvenirs à l’à peu près. Ce qui permet à la Blooper Team de déployer tout son arsenal horrifique et légèrement lynchien. Les séquences de piratage d’esprit sont donc des séquences très elliptiques, entre surréalisme et horrifiques. Des séquences qui partent d’un très bon sentiment, et proposent parfois même de magnifiques (mais courtes) séquences. Hélas, Blooper en fait trop. Le résultat est très haché, très cuté, mais malheureusement aussi très long. D’autant plus que ces séquences sont surtout là pour réaliser des choses fantasques visuellement, mais pas au niveau du gameplay. Le joueur, lui, se contente d’avancer ou presque. Mais à vrai dire, c’est presque pire quand on lui demande de faire quelque chose en plus.

En effet, Observer n’y va pas de main morte sur l’horreur, et nous propose une version exagérée du train fantôme. Bruits étranges, hallucinations et un nombre incalculable de jump scare qui feront peur aux enfants. Ces derniers ont au moins la décence de ne pas être prévisibles. Comme on le disait, il arrive que dans les phases horrifiquo-onirique, le jeu se transforme en cache-cache. Sans véritables raisons apparentes, un monstre déboule parfois, bloquant le passage. C’est un peu la facilité, et pire encore, ça ne fait clairement pas peur non plus.

En revanche, le jeu s’en sort mieux dans les phases « normales ». Sans doute, car le mélange entre les réalités est vraiment inattendu pour le coup. Sans être effrayant, la normalité est en tout cas bien plus angoissante. Même si on aurait aimé que la jauge de sanité soit un peu plus étudiée que cela. L’abus de technologies entraîne l’apparition d’un filtre ingénieux, mais c’est tout. On ne se sent pas non plus en grand stress lorsque celle-ci tombe.

Conclusion

Observer déçoit, tant son sujet est très bien traité. Que ce soit l’ambiance futuro-glauque, le thème de l’augmentation, le système d’enquête efficace ou les mélanges entre les réalités. Malheureusement, le tout est sabordé par des effets d’épouvantes incessants et surtout inefficaces. Au final, les phases hallucinées offrent de courts passages intéressants pour ensuite continuer dans une plate marche aux jump scare. On aurait aimé qu’il y ait plus de place pour l’enquête et la narration. D’autant plus que celle-ci est réussie, et arrive à nous piéger.

Points positifs

  • Ambiance future des années 80
  • Système d’enquête simple et efficace
  • Certains plans très beaux
  • L’augmentation cybernétique a encore des choses à dire
  • Mélange des réalités
  • Bonne écriture
  • Le level design

Points négatifs

  • Les séquences hallucinées beaucoup trop longues et ennuyeuses
  • Horreur à tout prix
  • Les séquences cache-cache
  • La jauge de sanité inutile
  • Histoire principale bancale
6

Acceptable

« Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière. »
August Strindberg

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