Preview The Inner Friend – Voyage au coeur de la psyché humaine

L’été dernier, Jeuxcapt débarquait fraîchement à Montréal, nous avons eu l’occasion de rencontrer Playmind studios. En plein essor et exploitant l’art de la vidéo, de l’expérimentation et de l’exposition visuel pour détailler son cahier artistique dans les rues montréalaises. Finalement, les ambitions du studio se sont révélées tout autres au fil des années et à l’approche de cette Gamescom, Playmind s’apprête à sortir The Inner Friend. Aventure unique en son genre qui vous fera visiter les tréfonds de la psyché humaine.

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Chute.

the-inner-friend-playmind-PC-2The Inner Friend démarre d’un simple postulat. Un jeune être blanc, sans visage, modélisé en trois dimension, se laisse tomber dans l’abîme. Abîme sans fond si le joueur décide de se laisser faire, mais qui révèle un nouvel environnement petit à petit s’il en décide autrement. Des bâtiments, puis des phases de plateformes semblent se dessiner au loin. Un périple dans les tréfonds de l’âme humaine qui se révèle être une expérience singulière. Tellement singulière que chaque joueur aura sa manière de percevoir cette aventure. Le joueur contrôle donc cette ombre lumineuse, s’attache à elle, mais surtout se laisse effrayer par ses peurs les plus intimes.

Tel est le premier message du jeu, affronter des peurs intimes, quotidiennes, explorant des zones déconstruites, vertigineuses et verticales. Le gameplay évolue sans cesse, rappelant que c’est dans la simplicité que l’on trouve peut-être de très bonnes idées. Car la narration fait partie intégrante du processus lié à notre manette. Sur quel bouton faut-il appuyer à quel moment ? Le jeu répond à cette question en laissant le joueur examiner son environnement, mais aussi en le mettant dans des positions inconfortables, bien plus déstabilisante que n’importe quelle vue à la première personne horrifique.

Narrativement, le titre semble riche et notre preview ne nous a pas permis d’examiner l’ensemble des environnements. Mais le début du jeu et les quelques zones que nous avons été amenés à visiter nous laissent entrevoir beaucoup d’espoir pour ce titre développé en outre-Atlantique. Finalement, la narration passe par l’épuration d’un univers peu accueillant pourtant pas dénué d’un certain lyrisme, voire d’une inquiétante étrangeté – théorie freudienne dans laquelle l’intime surgit comme étranger au joueur/au spectateur. Cette inquiétante étrangeté pousse le joueur à explorer et à se surprendre. Mais elle le pousse aussi dans ses derniers retranchements lui faisant apparaître des thèmes plus forts : la dépression, la peur de l’autre et la peur de soi.

The Inner Friend est une expérience enrichissante en l’espace d’une courte session. Le jeu complet étant encore en développement, nous avons hâte de mettre les mains dans cette aventure unique. Elle nous rappelle le titre de LimassFive, NaissanceE, qui nous faisait vivre la renaissance de notre personnage par le prisme de la vue à la première personne et d’une course poursuite unique en son genre.

Simple, mais loin d’être basique…

the-inner-friend-playmind-PC-6The Inner Friend est une expérience à part dans l’univers vidéoludique. Une expérience qui marque grâce à la simplicité de son gameplay. Un retour à la simplicité pour une meilleure expérience utilisateur. En tout cas, le pari est réussi, car de cette simplicité s’extirpent quelques situations complexes à base de course poursuite, de zones ouvertes et de réflexion sur l’environnement. The Inner Friend est une expérience unique à n’en pas douter. Elle vous marquera comme elle peut marquer un joueur. Le jeu se révèle efficace, voire angoissant. Une angoisse qui domine les peurs primaires de l’enfant. Nous avons régulièrement été confrontés à nos cauchemars, intrinsèquement liés à notre expérience quotidienne. Le jeu tente de reproduire ce qui se passe dans notre psyché, il s’agît autant d’un purgatoire du créateur que du joueur qui se laisse entraîner dans cette descente.

Et c’est en cela que sa direction artistique est des plus intéressantes. Partant d’une chambre d’enfant aux dimensions surréalistes, le joueur doit traverser une fissure. Métaphore d’un passage d’un monde à l’autre, du réel à l’imaginaire, qui ne déplaira pas aux fans d’Alice aux Pays des Merveilles, cette fois-ci le couloir semble prendre notre forme comme si on validait une étape particulière. Durant notre chute, l’environnement qui nous entoure se construit petit à petit. Une succession de maison difforme et de longs couloirs semblent les relier. Ce n’est qu’en entrant dans l’un des sas lumineux que le joueur se trouve à nouveau téléporter. Chaque étape est importante et désigne un cauchemar particulier. L’univers visuel particulier loin d’être semblable à un autre devient notre réalité. Morne, glaçante et effrayantes, les perspectives semblent s’éloigner, les objets deviennent démesurés et s’ensuit des courses poursuites haletantes dans ce qui semble être un coiffeur teinté de miroir d’une loge théâtrale.

Métaphore de la vie ? Il faudra attendre d’en voir plus pour le savoir, mais The Inner Friend retranscrit parfaitement le malaise lié à la dépression. Une peur du tout, du rien, de l’autre et de soi. C’est ce qui caractérise aussi notre façon de jouer. Une fois que l’on cède à la panique ou que l’on exécute une mauvaise action (contraire à la linéarité narrative du soft), le jeu ne se met pas en pause, excepté dans le cas d’une mort, laissant aux joueurs le temps de la réflexion. Un temps nécessaire pour lui permettre de comprendre son erreur et de se diriger sur le bon chemin. S’il paraît faussement ouvert et linéaire, ce n’en est pas des défauts pour autant puisque le titre se veut être une expérience viscérale dès ses premières minutes.

L’entreprise est encore plus viscérale lorsque la bande originale devient plus pesante et étouffante. Dans une malaise constant, le joueur passe du vide au bruit du vent, puis d’une pression exercé par des bruits stridents. Tout est construit pour faire voyager le joueur à travers diverses étapes personnelles.

Un trailer pour The Inner Friend

Conclusion:

Au final The Inner Friend nous a fortement marqués dans ses premières heures de jeu. Nous ne pourrons que vous conseiller de vous concentrer sur l’aventure tant celle-ci s’avère riche et palpitante. D’autant que les interprétations pourront être multiples et c’est cette liberté « encadrée par la narration » qui nous pousse à remettre en question notre statut de joueur. Loin d’être méta, le jeu est surtout un moyen de se comprendre. Malheureusement, The Inner Friend ne sera pas à mettre en toutes les mains. Par son ambiance particulière, particulièrement oppressante, à son gameplay simple, le titre de Playmind est unique en son genre. Si vous succombez facilement à la peur ou tout simplement si vous n’êtes pas dans de bonnes conditions de jeu, passez votre chemin, mais revenez quand vous en aurez la force pour vivre une expérience que vous ne regretterez pas.

The Inner Friend sortira sur PC et consoles dans le courant de l’année 2018