TEST – Rogue Trooper Redux : Le remaster moyen d’un jeu moyen

Rogue Trooper, c’est avant tout une bande dessinée britannique. Celle-ci a tapé dans l’œil de Rebellion, qui après avoir surtout bossé sur des commandes, rachète la marque Rogue Trooper et Judge Dredd. Deux adaptations s’en suivent et ne resteront pas vraiment dans les annales. Rogue Trooper fût donc reçu comme un titre moyen (pas mauvais) qui pourrait bien profiter d’un remaster pour corriger ses anciens défauts. Pari réussi ?

rogue trooper reduxLa guerre ne meurt jamais

Rogue Trooper ReduxRien d’étonnant à cela : l’histoire de Rogue Trooper Redux est toujours la même que l’original. En quelques mots, le joueur y incarne un soldat génétiquement créé (Rogue) pour faire la guerre. Un clone bleu parmi tant d’autres. Ces super-soldats ne vivent que par la guerre et sont fortement pressés d’aller au combat. Une excitation qui va tourner au drame lors du prochain combat. Les Nordistes, les adversaires du joueur, ont clairement l’avantage, et il ne reste plus que Rogue pour faire la peau à ces Nordistes.

Soit, Rogue Trooper n’a rien de vraiment très original, mais son intérêt est ailleurs. Il s’agit d’une véritable satire des films de guerre. Platoon, Il Faut Sauver le Soldat Ryan… tout passe à la moulinette. Le désir de combattre l’ennemi, l’horreur de la guerre sont très grossièrement soulignés pour mieux être expédiés par la suite.

L’atout de Rogue Trooper, c’est finalement vos camarades soldats. Ces derniers viennent briser le sérieux de votre aventure (une énième histoire de vengeance) et ajouter un côté grand guignol. Un point que l’on retrouvera peu souvent par la suite dans les jeux du genre.

Mécaniques grippées

Rogue Trooper ReduxQu’on se le dise, Rogue Trooper n’a jamais été un très grand TPS. Ses mécaniques sont assez classiques. En somme, on explore des couloirs à peine déguisés et on enchaîne les objectifs. Ces derniers se veulent assez variés puisqu’on passera du piratage, à la défense en passant par du traditionnel rail shooter. Si la proposition marche, le gameplay est pourtant vieux. Un comble pour un remaster. En effet, le joueur fait face à plusieurs incompréhensions. Commençons tout d’abord par la possibilité de se mettre à couvert en avançant vers un obstacle. Notons tout d’abord que le jeu n’emprunte pas le système devenu classique de Gears of War, permettant de se mettre à couvert, de changer de couverture ou de l’escalader avec un simple bouton. Mais le gros du problème, c’est que Rogue ne peut pas se mettre à couvert partout. Pire encore, il a bien du mal à tirer parfois ! À l’inverse, les ennemis arrivent souvent à nous toucher lorsque l’on est protégé. Les bugs de collision sont en effet nombreux, ce qui fait que l’on tire dans sa propre couverture.

Critiqué à l’époque, le système d’armement a été revu. Malheureusement, ça ne marche toujours pas. Il faut choisir son arme en passant toutes celles-ci en revue. Une hérésie totale, à l’heure où les menus d’armes radiaux (façon GTA V par exemple) marchent parfaitement. Enfin, terminons par les grenades qui ne peuvent pas être jetées depuis une couverture ! Pour en lancer une, il faut être immobile pour viser puis confirmer le lancement. Même Syphon Filter faisait plus simple.

Du neuf dans le vieux

Rogue Trooper ReduxFinalement, on s’aperçoit vite que les meilleurs points de ce Rogue Trooper Redux étaient présents dans l’original. Si celui-ci était classique, il proposait tout de même deux bonnes idées qui changent des autres TPS. Commençons tout d’abord par nos collègues. En réalité, une fois morts, ces derniers peuvent être implantés dans notre équipement, afin qu’ils vivent éternellement. C’est pour cela que l’ambiance en combat est si amusante : chaque membre de l’escouade embarquée nous donne des conseils (« dernier chargeur ») ou se moque de l’ennemi. On a beau être un soldat surentraîné et solitaire, nos collègues sont de grands bavards ! Un côté guerre trivial qui permet également d’améliorer son équipement. En effet, chaque soldat trouvé donne quelques compétences. Par exemple, Bagman permet de recycler du matériel sur les cadavres pour améliorer les armes du joueur, mais également récupérer des munitions. Un système bien sympathique à l’heure où le craft n’était pas aussi présent. Dommage cependant que la balance de difficulté n’ait pas été corrigée. En effet, on ne souffre jamais de pénurie de matériel. On note également que Gunnar peut transformer votre arme principale en tourelle automatique. Très pratique lors de la défense d’une zone.

Malheureusement, toutes les compétences sont inégales, car l’hologramme ou le fait d’attirer l’ennemi sert peu, voire jamais.

Ironiquement graphiquement daté

Rogue Trooper ReduxL’un des atouts du remaster, c’est de moderniser graphiquement le titre en question. Ratchet & Clank et Crash Bandicoot Nsane Trilogy sont de parfaits exemples de magnifiques remasters. Évidemment, on se doute que TickTock ne peut se permettre un travail graphique aussi affûté. Cependant, ce Rogue Trooper Redux fait peine à voir. On l’a dit, les bugs de collision sont nombreux. Mais les textures sont également peu agréables à l’œil, et seraient acceptables sur l’ancienne génération de console. Les animations ont également quelques problèmes.

Ce qui est plus dommageable, c’est l’intelligence artificielle qui est complètement à la ramasse. Il n’est pas rare que l’ennemi ne nous voie même pas à trois mètres, ou qu’il se fasse sauter avec sa propre grenade. Le peu d’alliés que le joueur aura n’est pas mieux, même s’ils arrivent tout de même à dégommer quelques ennemis.

Pour quelques minutes de plus

Rogue Trooper ReduxRogue Trooper était l’un des rares jeux de l’époque à avoir un multijoueur (même sur PlayStation 2). Ainsi, l’édition Redux garde cette feature à l’identique. Il est toujours possible de faire le mode Fortress (protéger un soldat pendant le temps imparti) ou Progressif (rejoindre un point donné avec pas mal d’ennemis sur le chemin). S’il est toujours agréable de revoir ces modes, on sait qu’on n’y croisera pas grand monde tant ils sont anecdotiques. L’implantation de nouveaux modes de jeux auraient été intéressant.

Au passage, Rogue Trooper possède un petit bonus sympathique. A force de recycler des objets, le joueur passe des niveaux (sans vraiment le savoir). Cela permet de gagner des infos sur les ennemis et personnages, mais aussi des illustrations. On apprécie la comparaison entre les dessins du comics et la modélisation 3D.

Conclusion

Noter un remaster est toujours complexe. Faut-il noter le jeu en lui-même ou les ajouts/modifications proposés ? Avec Rogue Trooper Redux, c’est simple : dans les deux cas, c’est assez mitigé. D’un côté on avait un TPS assez classique, de l’autre on a des modifications qui ne marchent pas. Peut-être avec plus de temps, les développeurs auraient pu mieux retravailler cette édition pour la rendre véritablement moderne. Pour le coup, on a l’impression de jouer à un remaster qui a sacrément vieilli. Un comble. Quitte à (re) jouer à Rogue Trooper, on vous conseille l’original, qui coûte moins cher et qui n’est pas si différent. En attendant un (bon) remaster de Judge Dredd ?

Test réalisé sur une version envoyée par l’éditeur, sur PlayStation 4 normale

Points positifs

  • Crafting même si un peu trop simple
  • L'escouade
  • Aspect satirique

Points négatifs

  • Travail graphique insuffisant
  • Bugs de collisions
  • Pas de changement d’épaule
  • IA à la ramasse
  • Infiltration inutile
  • Des modifications intéressantes, mais ratées
5

Moyen

« Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière. »
August Strindberg