Small Radios Big Televisions – Test

Depuis 2005, la chaine américaine Adult Swim s’est associée avec Midway pour adapter quelques unes de ses licences, dont le très étrange Aqua Teen Hunger Force. Fort de cette expérience et de ses caméos dans quelques jeux, Adult Swim passe la vitesse supérieure en 2013 avec la sortie de plusieurs de leurs propres jeux. C’est finalement en 2014 que sortira leur plus gros jeu : Jazzpunk. Après deux ans d’attente, le nouveau jeu d’Adult Swim Games, Small Radio Big Televions vient de sortir et une chose est sûre : il est très bizarre.

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Avec un titre pareil, on ne pouvait que s’imaginer quelque chose d’étrange et forcément attractif. Small Radios Big Televions ferait-il référence à la chanson Video Killed Radio Star ? Et donc serait-ce un jeu sur l’évolution technologique prenant le pas sur les anciennes ? Avant de tenter de répondre à cette question, tentons d’expliquer le concept du jeu. Sans introduction aucune, le joueur est plongé dans d’étranges usines désaffectées où la cassette audio semble avoir vécu son heure de gloire. Sa présence est partout, des icônes de sécurité au tag idéologique. Cependant tout ceci semble vieux. Les cassettes ont fait leur temps, semble-t-il, mais quelques unes subsistent, et spoiler : aucune musique n’en sort.

Puzzle cassette

Techniquement, le jeu prend des allures de puzzle-game. Chaque usine comporte ainsi plusieurs faces, mais une seule est disponible au début. Par hasard, on tente la première porte que l’on trouve et à partir de celle-ci, tout va s’enchaîner. À mesure que l’on résout les énigmes, on ressort de l’usine par une autre porte, débloquant ainsi une nouvelle face, et avec un peu de chance une nouvelle porte et ainsi de suite. Jusqu’à temps d’avoir toutes les faces, tel un rubik’ s cube un peu étrange.

Mais c’est à l’intérieur que tout se déroule. Le joueur est plongé dans des décors vidés de présence humaine où il tente de comprendre. Il essaie d’intéragir avec le décor et comprend petit à petit ce qu’il lui est possible de faire. Ainsi, on comprend très vite que trouver les cassettes audio est impératif. Une fois une ces cassettes trouvées, le joueur se retrouve projeté dans un autre lieu, très limité. Route, forêt, montagne, etc. Des lieux renvoyant le joueur à un endroit toujours pas peuplé, mais généralement naturel. Le plus intéressant est que si l’on fouille bien ces lieux, on y trouve des sortes de pierres vertes, refermant ainsi le passage. Ces dernières servent finalement à débloquer certaines portes, car celles-ci ne s’ouvrent qu’avec ces précieux pass. Une manière de bloquer le joueur tant qu’il n’a pas trouvé de pierre.

Mais parfois, une cassette ne suffit pas. Pas de panique, car cet objet est constitué de bandes électromagnétiques, ce sont ces bandes qui contiennent la musique. Justement, on trouve de temps en temps des bornes magnétiques permettant de corrompes les bandes. Là où d’habitude cela détruirait la musique, ici, cela corrompt les lieux de projection. L’arbre centenaire devient noirâtre, les pierres s’élèvent sur la plage et la lumière devient étrange. Bref, corrompre les cassettes revient à corrompre ces lieux ce qui permet de récolter des pierres en plus.

Enigma

Cependant les choses ne sont pas aussi simples aux royaumes des cassettes. Très vite, Small Radios Big Televisions se corse, propose d’autres énigmes. Rien de véritablement complexe lorsque l’on commence à comprendre comment marche le jeu. On avance finalement assez vite, bien qu’une énigme nous a posé problème. Jouer avec la lumière, des objets magnétiques ou encore des vannes, le jeu propose tout ceci de temps à autre. Mais finalement ce qui retient le plus le joueur, c’est l’usine en elle même.

En effet, lorsque le joueur ouvre une porte, c’est trois autres portes qui s’offrent à lui et parfois, ainsi de suite. Au final il n’est pas rare de se perdre et de mettre quelques minutes avant de véritablement retrouver son chemin. Les développeurs ont bien mis une carte à disposition du joueur, mais celle-ci s’avère désastreuse au final. Devant ce labyrinthe, le joueur n’a d’autre solution que de tisser son propre fil d’Ariane en laissant les portes ouvertes. Les développeurs l’ont bien compris, l’orientation est un peu complexe, alors chaque porte ouverte reste ouverte par défaut. On peut tout de même les refermer histoire de « condamner » un endroit devenu inutile.

Angle mort

Pour naviguer dans ces usines, il est à noter que tout le jeu se fait de côté. En effet, le joueur est comme flottant dans les airs, devant des découpes des pièces. Une sorte de 2D/3D où le joueur dicte ce qu’il veut faire via un curseur. Pas de véritables déplacements donc, rien qu’un enjambement de pièces. Ceci pose d’ailleurs problème de temps à autre. En effet, regarder dans les extrémités de l’écran crée une sorte de flou. De plus, le bas de l’écran est parfois bloqué à cause des objets de l’inventaire. À un endroit précis, il était presque impossible d’ouvrir une porte à cause de ces objets. Il fallait avoir le timing parfait pour l’ouvrir. De plus, certains mécanismes sont également complexes à prendre en main, on pense notamment aux engrenages en suspens, qu’il faut attraper au vol et les amener précisément à un endroit, tout ceci au stick. À noter que le jeu doit être pensé pour le PC d’abord.

En terme de patte artistique en revanche, tout ceci est particulièrement beau. On pense tout d’abord à Fez avec ce mélange 2D/3D et les couleurs pastels. Ce qui retient le plus l’attention c’est les différents mondes que proposent l’aventure, les fameuses projections par cassette. Ces dernières proposent de véritables ambiances très différentes, et très agréables. D’ailleurs ces mondes se distinguent par leur côté un peu anguleux, il n’y a presque pas de courbes.

On note également la musique en fond, très douce et surtout très discrète, qui ne prend pas la tête, mais qui accompagne tout de même le joueur.

Mind blowing

En début de test, on vous parlait du scénario ou en tout cas des thématiques du jeu. C’est finalement là que le jeu déçoit le plus. Small Radios Big Televisions est un jeu bâtard. On ne sait à vrai dire pas à quoi il est destiné. On pensait au début qu’il serait une expérience, avec des choses à dire, à raconter, notamment sur notre monde, sur la technologie et la nature. Il n’en est finalement rien, ou du moins le jeu ne se laisse clairement pas dompter aussi facilement. Cependant on ne peut pas non plus mettre le jeu dans la catégorie des bêtes puzzle-game purs et durs. Déjà parce que le jeu s’avère finalement assez simple comme on l’a dit, mais également parce qu’il est trop court pour être un jeu d’énigmes. Comptez à peine quatre heures tout au plus pour finir le jeu. Alors bien sûr on en redemande à la fin du jeu, mais encore une fois le titre revient pour nous faire le coup de l’expérience vidéo-ludique. Un peu comme si Adult Swim Games tentait d’imiter des jeux comme The Journey, des expériences en disant long sur plusieurs thématiques, grâce à leur level design. C’est dommage, car le jeu avait vraiment ce potentiel.

Small Radios Big Televisions ne sera pas la pépite qu’on n’attendait pas. Les développeurs avaient les moyens de créer quelque chose de très intéressant en rapprochant technologie/nature et production, mais il n’en est rien. La faute a un jeu qui ne sait pas trop où il se dirige. Si vous cherchez un puzzle-game le jeu est trop simple et trop court, si vous cherchez un jeu philosophique la trame est trop étrange pour être comprise et on se demande même si elle doit l’être.

Points positifs

  • Musiques douces et discrètes
  • Direction artistique
  • Les mondes à corrompre

Points négatifs

  • Trop simple
  • Trop court
  • Des angles morts
  • Genre bâtard et incohérent
  • On en attendait plus
5

Moyen

« Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière. »
August Strindberg

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