TEST – A Way Out : Il aurait mieux fallu rester en prison

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Il avait pris tout de monde de court en juin 2017 lors de la conférence annuelle d’Electronic Arts à l’E3 : la révélation de A Way Out, un nouveau jeu estampillé EA Originals, écrit et réalisé par Josef Fares, la personne qui a conçu Brothers A Tales of Two Sons quelques années auparavant. A Way Out avait alors fait sensation l’année dernière puisqu’il proposait un concept original et rare de nos jours dans le monde du jeu vidéo : un jeu uniquement jouable en coopération avec une autre personne physique (en local ou en ligne). Moins d’un an après son dévoilement, A Way Out est disponible sur consoles et PC depuis fin mars au prix de 29,99€.

A Way Out test PS4La vengeance est un plat qui se mange froid

A Way OutLéo et Vincent, nos deux protagonistes qui se ne connaissent absolument pas, se retrouvent en prison après que chacun ait fait des actes contraires aux lois. Suite à une histoire commune entre nos deux compères, ils vont alors se retrouver, s’apprendre à se connaître et surtout à se faire confiance afin de concevoir un plan d’évasion et mener à bien leur évasion. Leur objectif après s’être tiré de zonz’ est de retrouver leur ennemi commun, un certain Harvey, le grand méchant de l’histoire avec une bonne tête de mafieux.

Pendant près de 6 heures, A Way Out enchaîne les actions et les courses-poursuites et ne nous laisse difficilement reprendre notre souffle. Il faut bien avouer que le jeu ne nous ennuie pas (hormis la séquence un peu somnolente avec la femme de Léo) et varie entre les phases de QTE extrêmement simplistes (appuyer rapidement sur Carré), aux scènes de gunfights, d’infiltration (et encore) et courses-poursuites en voiture et en moto, digne d’un jeu Uncharted bas de gamme.

A Way OutSur le papier, tout ceci semble réussi, mais en réalité, c’est bien différent. Dès les premières minutes, on ressent tout de suite le manque de moyens. Le jeu nous fait croire qu’on possède une certaine liberté dans nos mouvements, mais en fait tout est scripté. Du début jusqu’à la fin du jeu. Il n’y a pas vraiment de plaisir à jouer à A Way Out puisqu’en fait, nous sommes plus joueur, mais spectateur d’un gros film interactif qui dure plusieurs heures. L’histoire de prime abord ne se veut pas très originale (même si elle nous surprend vers la fin), et enchaîne malheureusement les clichés et caricature également la vie carcérale ainsi que tout ce qui suit dans l’aventure (cavale, la fin, etc). Malgré cela, la mise en scène, très scriptée (ne l’oublions pas), et certains passages bien burlesques entre nos deux délinquants nous font un peu oublier les défauts narratifs du titre.

« Chaque choix compte » – Detroit Become Human® (2018)

A Way OutJosef Fares et son équipe nous avait vendus A Way Out comme un jeu palpitant en coopération où l’on devra s’évader de prison. Le hic c’est que l’évasion et la vie carcérale ne représentent qu’un petit tiers du jeu. Le titre survole ce passage et on arrive rapidement à l’évasion. Quel dommage d’avoir réduit ce pan de l’histoire et en étirer certains comme la cavale où quelques passages sont inutilement longs.

Comme dans un jeu de David Cage, AWO propose aussi quelques fois des choix à faire. Où l’on devra choisir de continuer le reste d’un passage à la façon de Léo (axée plus sur l’action et le rentre dedans) ou à la façon de Vincent (plus pacifiste). Mais ces choix là ,qui ne se comptent que sur les doigts d’une main et demi, ne vont pas bouleverser le reste de l’histoire (hormis un, mais ne nous vous le spoilerons pas).

Si t’as pas d’amis…

A Way Out… prend un curly. Et ce n’est pas une mauvaise blague. En fait, le concept original de A Way Out repose entièrement sur la coopération en écran splitté en local ou en ligne avec un ami. Impossible alors de faire le jeu en solo avec une IA. Si l’idée d’acheter qu’une seule copie pour jouer à deux (même en ligne) est louable, on pestera sur le manque de clarté pour télécharger la version « amie », notamment sur le PlayStation Store qui indique « Démo gratuite » et non « Pass ami » comme le vend EA sur la boite et sur son site internet.

A Way Out est un jeu tout droit sorti de l’ère PlayStation 2. Des graphismes pas super jojo (surtout sur PS4 normale) la plupart du temps, même si quelques panoramas sont « réussis », mais aussi une motion-capture qui n’a servie à pas grand-chose. Que ce soit au niveau des visages aux détails limités (le pire étant les PNJ), ou encore aux animations robotiques de nos personnages, on a vraiment l’impression que le jeu fait l’impasse sur ce côté-là au détriment (?) de l’écran splitté omniprésent demandant trop de ressources (?). Un choix de toute manière justifié par la réalisation du jeu. On pestera également sur certains bugs, mais aussi sur la façon d’afficher les sous-titres, au risque d’avoir des douleurs aux cervicales à la sixième heure de jeu. En effet, les sous-titres ne s’affichent pas au milieu, mais une fois à droite (quand Léo parle par exemple) et l’autre fois à gauche (quand Vincent parle), et parfois les deux parlent en même temps. Je vous laisse imaginer la situation pour lire tout ça… Ne parlons pas aussi de la physique inexistante dans le jeu, notamment lors des phases en voiture et même en moto à la limite de l’indécence. Pour un jeu sorti en 2018 et édité par une grosse boîte qui brasse des milliards par an, ça pique beaucoup.

A Way Out peut limite caser Call of Duty au rang des petits joueurs à l’utilisation de scripts. Malgré tout, le jeu de Josef Fares nous livre plusieurs scènes de hautes volées et sympathiques comme celle dans un hôpital où le jeu alterne et affiche pendant plusieurs minutes la situation de Léo, puis celle de Vincent, et vice-versa. Ou encore le passage en parachute (si vous faites le bon choix pour en arriver-là) qui nous a bien fait rire. Comme dit plus haut, AWO s’approprie et s’inspire de films Hollywoodiens ainsi que certains jeux.

Conclusion

Déception. C’est le qualificatif qui nous est sorti de la bouche. Surtout après sa première présentation à l’E3 qui laissait deviner une aventure incroyable à deux et une évasion de prison spectaculaire. Mais que nenni. Finalement, on se retrouve avec un concept original, et louable (surtout ces temps-ci), au rythme effréné mais malheureusement accompagné d’une histoire qui ne vole pas bien haut, mal écrite, aux personnages et situations caricaturés au possible, plus scriptée qu’un Call of Duty. Un film interactif sympathique manquant clairement de moyens pour arriver à ses fins, mais dans lequel on passe un bon moment avec un ami. Après un Brothers A Tales of Two Sons qui avait bien marqué les esprits, on espère que Josef Fares se reprendra en main pour son prochain jeu.

L’avis de mon compagnon de cellule (MKoss) :

A Way Out voulait de par son concept amener un vent d’air frais dans un jeu vidéo bien trop pragmatique. Un vent d’air frais qui ne pouvait être amené que par une certaine liberté, que nos 2 protagonistes prendront bien trop rapidement dans ce récit très rythmé, mais bien trop caricatural. Les joueurs se retrouveront enfermés derrière les barreaux d’un gameplay complètement verrouillé, où l’unique choix de style entre le calme de Vincent et la tempête Léo n’apportera pas réellement d’originalité. Le melting-pot des différentes phases de jeu ne convainc à aucun moment, mais se laisse tout de même visionner une unique fois et bien accompagné.

Jeu testé sur PS4 Pro, version fournie par l'éditeur

Points positifs

  • Le concept du jeu
  • Certaines scènes marrantes
  • Le duo fonctionne bien
  • Un bon jeu coop
  • Rythmé, on ne s’ennuie pas vraiment
  • La mise en scène travaillée, mais…
  • Le final
  • 15€/personne, c'est très correct

Points négatifs

  • Pas bien beau
  • Beaucoup trop de clichés
  • Histoire mal branlée et caricaturale
  • L’évasion bien trop rapide
  • Certaines situations dignes des plus grands nanars
  • … tout est scripté
  • Techniquement perfectible (bugs, animations datées)
  • Explications floues par rapport au « pass ami »
5

Moyen