TEST Agony – La chute de Lucifer

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Entrez dans les limbes infernaux d’un dédale ténébreux, sillonnez les chemins sinueux de chair et de sang, admirez les êtres démoniaques cornus de pierre aux allures carnassières, bienvenu dans le royaume de Lucifer ou plutôt de la déesse rouge ! Madmind Studio nous offre une sombre aventure horrifique

TEST Agony

 

Tout d’abord sur la fenêtre de démarrage vous avez le choix entre deux modes : mode histoire et mode Agony. Le mode Agony n’est pas accessible de suite, et au moment d’y entrer vous accéder à des chambres aléatoires où vous devez mettre en avant vos compétences de survie : votre score sera alors affiché dans un tableau global qui regroupe plusieurs régions. Nous allons commencer par le mode histoire. Vous démarrez le jeu en tombant des cieux vers le pandémonium grâce à un tunnel de corps humains et vous vous réveillez face à la déesse rouge et vous savez que vous devez la suivre, c’est ainsi que vous débutez le jeu dans la « chambre des jugements ».

Comprendre l’Enfer de Dante

Lors d’une interview, les développeurs ont répondu à la question « quelles sont vos inspirations et influences, les deux en terme d’art stylistique et d’histoire ? ». Agony s’inspire très directement du livre « la divine comédie » de Dante Alighieri, poète du XIVe siècle. L’œuvre fut écrite entre 1303 et 1321 fut imprimée pour la première fois en 1555. L’ouvrage est divisé en trois parties, la première est la « cantica », à savoir l’Enfer, suivit du purgatoire et du paradis. Le monde dantesque est composé de deux hémisphères bien séparés : l’un comportant des terres émergées et l’autre sous les eaux. N’oublions pas qu’à l’époque les gens croyaient encore en un système astronomique ptolémaïque, c’est-à-dire que pour eux, la Terre était le centre de l’univers.

A l’aube des temps, Lucifer se révolta contre Dieu. Pour le punir, Dieu envoya Lucifer au deçà du paradis. Sous l’impact de sa chute, la terre se rétracta pour former l’énorme creux en entonnoir qu’est l’Enfer. L’Enfer rejoint le centre de la Terre dont la structure contient neuf cercles. Dante et Virgile parcourent les cercles en spirale qui rétrécissent au fur et à mesure qu’ils descendent. Le nombre de pêcheurs est moins élevé dans les cercles les plus éloignés tandis que les cercles les plus grands enferment la majorité de pêcheurs : les damnés. Donc en suivant cette logique plus on va dans les abysses infernales, et plus l’on s’éloigne du paradis, plus  lourd est le poids du péché.

Pour résumer leur première source d’inspiration pour inventer un jeu en Enfer provient bien de la Divine Comédie. Agony explique la complexité du monde de la vision dantesque qui se base sur divers systèmes de croyances. Ils ont essayé de modeler des abîmes « naturelles » d’après leurs recherches d’une part, et sans s’inspirer d’autrui d’autre part.

Le Labyrinthe des damnés

Il existe trois niveaux de difficulté dans le jeu, les classiques « facile » « normal » et « difficile ». Suivant ce que vous choisissez, vous aurez un détail précis de ce que vous pouvez faire ou non. La prise en main du jeu est très simple à ceci près : les commandes du jeu sont en qwerty. il vous faudra donc passer le clavier en qwerty pour pouvoir jouer normalement.  Quand vous courez, nagez ou quand vous sautez, vous avez une jauge rouge (icône d’un poumon) en bas à droite de l’écran qui se consomme suivant vos mouvements. Pour ramasser des objets c’est simple il vous suffit d’appuyer sur la touche correspondante depuis votre clavier. Vous avez une option depuis la touche spécifique qui vous permet de voir la ligne du destin, c’est ce qui vous indique la trajectoire à suivre.

En accédant à la deuxième chambre (le dédale de la folie), vous allez vite comprendre que vous ne pourrez pas tout explorer tant les galeries sont sinueuses et identiques. D’ailleurs le labyrinthe n’est pas sans rappeler celui de Hellraiser 2 : Les Écorchés, à un détail près : au lieu d’avoir des escaliers de pierre et des fenêtres, vous vous retrouvez dans un alter ego des antres dignes d’un essaim d’Aliens ! Avec du sang et de la chair partout en plus.  Notons au passage que les temps de chargement sont plutôt courts.

Folie à deux

Tout au long du jeu, n’hésitez pas à vous balader car vous pouvez trouver des statuettes qui pourront vous débloquer des images dans la partie galerie du jeu. Les personnages sont visuellement bien foutus, vous serez amené à parler avec plusieurs damnés sur votre route. Concernant les objets les torches sont très efficaces en effet le jeu est souvent très sombre et il est par moment difficile d’y voir quelque chose ! Elles vous permettent également de frapper des ennemis si nécessaire.

On peut le rapprocher sans sourciller d’un Amnesia Dark Descent sur plusieurs points. Tout d’abord dans les deux cas il s’agit davantage d’une exploration infernale voire avec le peu de lumière et les contrastes avec le sang, mystérieuse. Ensuite Amnesia vous suivez des pétales de rose, dans Agony vous pouvez suivre « la ligne du destin », vous trouvez dans les deux exemples, des notes sur votre passage. Enfin, on peut souligner la gestion de la lumière, dans Amnesia vous devez ramasser de l’essence pour alimenter votre lampe, dans Agony les torches ne sont pas éternelles, elles s’éteignent sous l’eau, aussi si vous l’avez trop utilisée, le vent etc.

Maintenant concernant le scénario, le mystère reste maintenu jusqu’au bout même si Madmind Studios a annoncé l’issue, à savoir mourir encore et encore, et le but du jeu, ce qui était inévitable : rencontrer la déesse rouge. Votre personnage n’a plus aucun souvenir de sa vie passée, qui plus est, il est damné. Donc condamné à mourir et revivre et mourir, ainsi de suite. C’est un peu le mythe grec de Prométhée, avec le foie qui repousse après chaque passage d’un oiseau venu le dévorer. Ce dernier fut puni par Zeus pour avoir donné le feu aux hommes, il avait volé ainsi un des secrets divins.

Visions macabres

William Blake est un peintre et poète un peu particulier, né en 1757 à Londres et décédé en 1827. Il était aussi doué à la peinture à l’huile qu’en poésie ; peu de temps avant son décès, il aura illustré l’Enfer de Dante, la Divine Comédie entre 1825 et 1827.

Dans une lettre à Thomas Butts, datée du 25 avril 1803, il écrit :

« Je peux seul continuer mes études visionnaires à Londres sans être ennuyé ; je puis ainsi converser avec mes amis dans l’éternité, avoir des visions, rêver de prémonitions et de prophéties et déclamer des paraboles librement sans être assailli par les doutes d’autres mortels.»

William Blake conversait-il avec les cieux ? Ou était-il médium ? Dans tous les cas, c’était un artiste hors de son époque, visionnaire et avant-gardiste.

Les démons du jeu sont clairement inspirés des œuvres de W. Blake : on dénote fortement les aspects communs entre les démons qui ont visités l’esprit de Blake aux être démoniaques d’Agony. Le fait d’avoir plusieurs membres, la tête ouverte ou encore les cornes, tout est en relation avec le peinture déchu. On met en évidence ici l’affiche du film Le Dragon Rouge, illustrée par Blake.

Information importante de dernière minute

Finalement le verdict est tombé, le 28 mai 2018 juste avant sa sortie, Madmind Studio a fait une annonce adressée aux fans concernant la censure sur Steam du jeu Agony :  La censure affecte quelques secondes de deux fins (sur sept) et certaines peuvent être déverrouillées seulement après la partie. Une vidéo de ce qui est prévu sera diffusée prochainement.  Aucune des scènes vues dans les trailers officiels et autres supports marketing n’a été censuré et le jeu présentera sur toutes les plateformes :

  • Gore
  • Scènes de sexe brutales (dont lesbien et gays)
  • Partie génitales visibles
  • Les têtes d’enfants explosés
  • Violence intense
  • Langage
  • Drogue
  • Mettre le feu aux martyrs et aux démons etc.

En raison de soucis juridiques, Agony ne sera pas en mesure de publier le correctif réservé aux adultes. Cependant ce contenu n’affecte pas le jeu de manière significative car le contenu supprimé sera ajouté dans la dernière version du patch provenant des deux fins (sur sept). La vidéo sera publiée le 30 mai 2018.  Les développeurs expliquent que diffuser ces scènes conduirait à interdire le jeu d’une part et à ferme le studio d’autre part.

Conclusion

Pour un jeu d’horreur type FPS, on est bien dans le contexte quant à l’ambiance sonore impeccable, quant aux décors sanglants comme il est rare d’en apercevoir, bref une petite perle du vidéoludique horrifique ! Il est juste dommage de constater le manque d’action qui aurait pu pimenter davantage le jeu et mettre l’accent sur la peur du joueur pour le pousser dans ses derniers retranchements, surtout avec un tel travail graphique, si recherché. Malgré tout si l’on considère cet opus davantage comme une aventure horrifique plutôt que d’action, on peut dire qu’il ne comporte pas de défaut majeur.

Points positifs

  • Une durée de vie correcte par rapport au prix avec le « mode Agony »
  • Références artistiques qui sont des valeurs sûres (William Blake, Dante).
  • Amnesia Dark Descent like
  • Bruitages excellents, rien à dire cela frôle la perfection
  • Temps de chargement tout à fait correct
  • Tourne sous Unreal Engine 4, visuellement magnifique, décors bien placés dans le contexte

Points négatifs

  • Manque d’action, énigmes trop évidentes
  • Luminosité parfois trop faible (vous réglez les gammas au début de la partie)
  • Clavier qwerty ou touches directionnelles, il vous faudra changer la langue de votre clavier
8

Super