TEST Detroit Become Human – La synthèse d’un style unique ?

PS4

Le nom de David Cage n’est plus à définir dans le milieu vidéoludique. Souvent au cœur de controverse autour de ses jeux, toujours à la frontière du cinéma et du jeu vidéo, Quantic Dream, studio du CEO, a toujours cherché à proposer la meilleure expérience cinématographique dans le milieu vidéoludique. Ces deux médias sont-ils compatibles ? C’est la question que l’on peut se poser tout au long des expériences du studio. Detroit : Become Human, nouvelle superproduction du studio, est une synthèse, pas parfaite, des aventures d’androïde au cœur de la ville de Detroit. Frôlant avec la grande science-fiction littéraire ou cinématographique, Detroit : Become Human, qui va essayer de concilier joueur néophyte, fans et détracteurs, réussit-il par sa mise en scène et son histoire à proposer la meilleure des expériences ?

Detroit-Become-Human-PlayStation-4-Quantic-Dream-Une-TestRetour vers le futur !

Detroit-Become-Human-PlayStation4-Sony-Quantic-Dream-Test-12038, la ville de Detroit connaît un boom économique grâce au nouveau marché des androïdes après avoir connu l’effondrement de son économie. Grâce à Cyberlife, multinationale, qui s’est lancé dans ce marché de la reproduction d’être humain mécanique. Ces êtres créés pour aider l’humanité dans ses tâches quotidiennes font débat, d’autant que les androïdes seront régulièrement remis en cause. Et si la révolution était en marche ? Bienvenue à Detroit…

Aventure singulière de Quantic Dream, Detroit : Become Human est une synthèse des thématiques abordées par Fahrenheit jusqu’à Beyond : Two Souls. La question de l’Être, du paraître, les revers de l’âme humaine, la singularité d’une vie, les univers sombres et matures et des scénarios émouvants, le jeu est une synthèse des jeux de l’entreprise. Piochant dans les grandes littératures de la science-fiction : Isaac Asimov ou encore Phillip K. Dick, David Cage aborde désormais la question des Androïdes. Remettant en question leur place dans la société, il dépeint un univers virtuellement riche, au background fourni, mais au scénario plus classique. Le traitement des androïdes dans le récit est loin d’être original. Il s’inscrit dans la continuité des influences suscitées, mais les jeux de Quantic Dream concernent toujours une succession de personnage touchant. C’est le cas ici. En contrôlant, trois types d’androïdes : Markus, futur révolutionnaire qui va bouleverser le point de vue humain, Connor, détective engagé pour résoudre des affaires criminelles, mais devant faire ses preuves et Kara, femme de ménage d’un homme alcoolique et de sa fille. Des personnages qui n’ont rien à voir en commun, mais dont le destin va s’entrecroiser pour enrichir l’univers du jeu. Cette dépendance des androïdes au cœur de la société permet de mieux sonder l’esprit des hommes. Chaque scène présentera le pire comme le meilleur de l’être humain dont la principale résolution est la question de l’autre. La mise en place d’une société qui évolue dans un futur pas si éloigné de notre présent est intéressante à visiter autant sur le plan artistique que scénaristique.

Cet univers trouvera une résonance particulière. En effet, toute la campagne du jeu a été pensée comme un univers étendu de manière à faire en sorte que les bords du cadre d’un jeu vidéo ne soit pas qu’un simple hors-champ, mais un monde rempli de vie. À la manière d’un film, le jeu regorge de détail qu’il faut lire pour comprendre l’univers dans lequel s’inscrit la ville. D’autant que ça fourmille de texte à lire qui donne des informations sur l’évolution de Detroit, du monde ou des androïdes au cours des dernières années.

La mise en scène de l’aventure se trouve plus inspirée qu’auparavant. Detroit : Become Human comprend l’essence d’un film et met en pratique plusieurs styles de réalisation. Le joueur peut choisir d’être proche des personnages avec une caméra les poursuivant sans cesse. Ou bien choisir des angles fixes qui permettront d’avoir un point de vue global sur les situations, des situations qui auront un impact bien plus majeur avec le nouveau système d’embranchements. D’autant que prendre l’aventure du point de vue des androïdes nous implique beaucoup plus personnellement. Sans spoiler, certaines séquences sont inspirées et proposent quelques moments intenses. Bien mieux mis en scène, bien plus fluide à suivre et à l’écriture tantôt effrayante, émouvante ou bien stressante, Detroit : Become Human flirte avec une multitude d’influences et d’idées qu’il est difficile de ne pas les notifier. Si les personnages passent par quelques poncifs, ils arrivent à s’en extirper tout au long de l’aventure. Finalement, l’intégralité du concept du jeu est dévoilé dans son générique. L’univers, la direction artistique, les personnages clés, c’est ce qui va façonner Detroit et son histoire, ou plutôt notre histoire.

Plus petit que trois !

Detroit-Become-Human-PlayStation4-Sony-Quantic-Dream-Test-7Ce qui frappe dans cette aventure, c’est la haute performance technique du jeu. Nous ne reviendrons pas sur God of War avec son moteur graphique et technique optimisé et magnifique puisque Detroit : Become Human s’inscrit dans cette parfaite lignée des jeux visuellement somptueux. Outre une modélisation fidèle de la ville, toute la direction artistique est développée pour montrer l’écart entre les différentes couches de la société. Hyperréaliste au possible, ce futur semble se rapprocher du présent et dévoile des couches artistiques éblouissantes. Detroit est constamment en vie, même dans les passages les moins peuplés du jeu. On peut contempler cette ville devenue néon qui laisse derrière elle un héritage de pierre. En effet, le jeu mélange deux esthétiques particulières. Le centre-ville, très moderne avec tout son écosystème électrique vivant avec une structure architecturale très convaincante aux simples parcs modernisés, puis les abords de la ville beaucoup plus pauvre qui laisse place à une image terne et sale.

Ce mélange de deux styles assez contrasté, le moderne : propre, stylisé, très néon, avec le rustique : sale, abrupte et gris, provoque un sentiment d’inquiétante étrangeté renforcée par la modélisation des personnages. S’ils arrivent à s’ancrer parfaitement avec les humains, leurs modélisations sont contrastées avec les décors dans lequel ils évoluent. Comme une œuvre cinématographique, tout a été réfléchi pour provoquer les sens des joueurs, détacher les personnages du décor, mais surtout de bénéficier d’un travail sur la lumière jamais aperçue auparavant. Finalement, c’est le côté brutal de Detroit qui nous maintient captifs de cet univers en évolution constante. En témoigne, une modélisation très précise des personnages et de leur mouvement, une motion-capture aux petits oignons retranscrivant les émotions à la perfection ou d’un décor parfaitement maîtrisé qui se révèle être un régal pour les yeux.

Toutefois, Detroit : Become Human n’est pas dénué de défaut. Il faut surtout pointer du doigt des points noirs présents dans les précédents jeux de Quantic Dream. D’abord, la lourdeur des personnages. On peut comprendre la note d’intention des réalisateurs provoquant la lourdeur du gameplay pour correspondre aux Androïdes. Seulement, dans les faits, cela alourdit intensivement le gameplay notamment par les quelques collisions avec le décor, ce qui n’est pas des plus agréables. De plus, lors de certaines phases de recherches, la mauvaise position de notre personnage peut nous faire louper un indice conduisant à la conclusion de la séquence. Outre cet aspect là, dans un registre plus technique, quelques murs invisibles viendront nuire à l’aventure. Certains sont réfléchis et imposés par l’habilité des personnages à ne pas désobéir aux règles, d’autres viendront gêner le joueur qui souhaite progresser.

Tout n’est pas parfait dans Detroit : Become Human, mais le jeu transpire l’ADN de Quantic Dream. On y retrouve toutes les qualités visuelles, la maîtrise d’un langage cinématographique et la modélisation parfaite d’un univers. Néanmoins, certains défauts traînent toujours derrière le studio et il faudrait que la prochaine aventure puisse renouer avec une gameplay plus fluide, voire plus agréable.

Devenir humain ?

Detroit-Become-Human-PlayStation4-Sony-Quantic-Dream-Test-8À sa manière, Detroit : Become Human devient une nouvelle forme de film narratif. D’abord, le jeu se rapproche plus d’un Fahrenheit dans sa structure, ajoute les multiples branches et personnages d’Heavy Rain puis conclut avec le montage des séquences de Beyond : Two Souls. Plusieurs phases de jeux sont disponibles par personnages. Markus, homme de main d’un artiste en fin de vie, vit dans un cadre prestigieux. Ses actions ont donc des répercussions philosophiques, voire artistiques. Il a accès à une culture incommensurable développée par son milieu respectif. Kara, en jeune femme de ménage, va apprendre à s’émanciper seule. Malgré les actions quotidiennes qu’elle doit faire, son habilité à s’adapter développera des QTE très intéressants sur le long terme. Le gameplay le plus jouissif reste celui de Connor. Ce détective engagé par les forces de l’ordre vous permettra de récolter des indices pour comprendre une série de crimes. Il est doué en interrogatoire et vous permet de juger la dangerosité d’un androïde. Ainsi, il est difficile d’évoquer le gameplay avec précision, tant celui-ci regorge d’idée visuelle et narrative.
Grosso modo, il n’est plus question de suivre une série de QTE.

Le joueur devra analyser les zones, comprendre l’évolution du monde qui l’entoure et développer ses propres solutions. Bien entendu, des objectifs apparaîtront de temps à autre à l’écran ou se développeront dans un sous-menu pensé par les équipes de David Cage. Dans ce menu, l’espace qui entoure le personnage est quadrillé et des points jaunes apparaissent comme centre d’intérêt. En fouillant les différents points d’intérêt, vous débloquerez de nouvelles situations, ou de nouveaux dialogues avec les personnages secondaires. Véritable arborescence de choix et de conséquence, Detroit : Become Human développe essentiellement cette critique souvent faite aux jeux narratifs : l’impact des choix. Ces derniers sont convaincants puisque chaque décision apportera son lot de branche parallèle. Comptez une dizaine d’heure pour comprendre et faire l’aventure que vous souhaitiez vraiment, puis un peu plus si vous voulez débloquer l’ensemble des routes disponibles. En effet, David Cage a développé une arborescence, immense graphique visuel qui montre votre progression en bleue et les routes que vous avez évitées durant la séquence. Si les conséquences ne donnent pas d’impact au début, chaque sauvetage ou chaque action aura une répercussion globale dans la suite de l’aventure. En faisant vivre vos personnages, vous développerez petit à petit tous les éléments nécessaires pour comprendre l’univers étendu du jeu.

Plus fluide, mais pas dénué de lourdeur, Detroit : Become Human développe une très bonne idée dans ses QTE. Quantic Dream prend à charge l’intégralité des possibilités de la manette afin de proposer le gameplay le plus complet possible. Outre les QTE, de nombreux éléments seront à observer ou à lire pour comprendre la chronologie de l’univers et comprendre l’où on se situe au cours de l’aventure. À cela s’ajoute un ensemble de détails sur les émotions des personnages pour mieux engager les conversations petit à petit. Detroit : Become Human dispose d’une succession d’idée qui enrichit la mise en scène et le récit. Chaque choix aura son impact sur l’ensemble de personnages et de l’histoire. Un jeu devenu véritable synthèse des thématiques de son créateur.

D’ailleurs, il serait bête d’oublier la présence de deux modes de jeux pour s’adresser sans équivoque à l’ensemble des joueurs. Le premier s’adresse à ceux bénéficiant d’une habitude avec la DualShock 4. Grâce à cela, le jeu sera plus difficile et bien centré sur ses QTE de combat. L’autre est un mode spectateur avec une difficulté amoindrie afin de bénéficier de l’histoire. Devenus coutume dans le jeu vidéo, ces deux modes permettront à tout type de joueur de profiter de l’aventure.

De grands élans musicaux !

Detroit : Become Human n’a pas seulement de très bonnes idées visuelles et de gameplay. Le jeu dispose d’une bande originale très convaincante. Les thèmes sont marquants et accompagnent bien les actions des personnages, mais se révèlent aussi touchants quand il le faut. Elle accompagne très bien les situations ne restant subtilement stressantes quand il le faut, ni trop larmoyantes. Le doublage est aussi de très bonnes factures, les doubleurs sont toujours très justes avec les diverses situations proposées par l’aventure. Si la synchro labiale peut être légèrement décevante par moment, les doubleurs français arrivent à compenser par leur incroyable prestance.

Le trailer de l'histoire de Detroit : Become Human

Conclusion

Le nouveau jeu de David Cage est une réussite. Doté d’un univers riche aux multiples influences et inspirations, Detroit : Become Human est une aventure plus ludique que les précédentes productions du studio. Les situations diverses et variées arriveront à émouvoir, provoquer de nouvelles sensations chez le joueur mis en corrélation avec un gameplay aux petits oignons. Si certains défauts pointent le bout de leur nez comme un point de vue trop généralisé et assez classique du récit, il ne fait pas de doute que David Cage semble explorer de nouveaux horizons de son style. Synthèse de l’ADN Quantic Dream, le jeu est une aventure dans laquelle il faut se lancer pour vivre une expérience unique. Tout a été pensé pour faire vivre l’univers dans le jeu, mais aussi hors de la diégèse du récit.

Points positifs

  • Un univers riche
  • Un récit pertinent baigné d’influence à la bonne durée de vie
  • Un doublage convaincant
  • L’arborescence des choix et des conséquences bien visibles
  • Les trois personnages bien écrits
  • Une variété des situations
  • Très joli avec un souci du détail rarement aussi élaboré dans un jeu Quantic Dream

Points négatifs

  • Encore des maladresses dans l’écriture (notamment quelques poncifs)
  • Il manque une vision plus personnelle du thème
8

Super