TEST – God of War : Un jeu mythique ?

PS4

Lorsqu’une licence est abandonnée à un autre studio, on ne pense pas la voir renaître de ses cendres. God of War Ascenscion avait laissé une amère déception. Loin d’être mauvais, le jeu était difficilement comparable à God of War 3 qui avait su conclure la trilogie avec brio. Exit la mythologie grecque, puisque Santa Monica reprend du service avec une toute nouvelle histoire. Nouvelle histoire, nouveau Kratos, nouvel univers et nouvelle manière de jouer à un opus God of War, Santa Monica s’est donné les moyens pour relancer la licence sur de bons rails. D’excellents même puisque God of War n’est pas qu’un simple reboot, il va venir se dresser en tant qu’icône de la PlayStation 4.

God-of-War-Une-Test-PS4-SonyToute une histoire de mise en scène !

god-of-war-screen-PS4-Sony-5God of War est une icône du jeu vidéo. Il a posé les jalons du beat them all moderne, tout en enrichissant une histoire de vengeance, violente et acerbe. Cette histoire nous la connaissons tous. Celle de Kratos, jeune guerrier Sparte, qui va découvrir les meurtres de sa femme et de sa fille orchestrés par son père Zeus. Dans cette lutte de vengeance pour détruire tout l’Olympe, le demi-dieu apprendra à affronter les divinités grecques. En véritable expiateur de ressentiment de haine, la licence God of War a toujours su libérer nos pulsions de mort. Une violence mise à profit d’une mise en scène cinématographique qui a toujours su bouleverser les codes de l’action-aventure. Car lorsqu’on se lançait dans l’aventure God of War, on en ressortait épuisé. Non pas émotionnellement, mais physiquement après avoir combattu des arènes d’ennemis et d’immenses boss. La violence et la mise en scène, un parti pris qui va nourrir tout le jeu de sa direction artistique à son gameplay. Des dizaines d’années après la sortie du troisième opus, Kratos est de retour. Il s’est déplacé jusqu’à Midgard où il vit avec sa femme et son fils, Atreus. À la mort de sa bien-aimée, il a pour tâche de réunir ses cendres et de l’emmener au sommet de la Montagne. Commence alors un voyage d’apprentissage, mais aussi d’expiation où Kratos et Atreus vont devoir apprendre à s’unir face aux dangers qui les menacent.

Avec ce nouvel opus, Santa Monica baigne dans une toute nouvelle manière de raconter une histoire. Avec une mise en scène très cinématographique, le jeu commence sur les chapeaux de roues en présentant son concept : le plan-séquence. Dans le jargon cinématographique, le plan-séquence est plan qui n’est jamais entrecoupé par un cut. Il est régulièrement utilisé pour mettre en avant des moyens techniques extraordinaires, à la manière de Gravity, où tout simplement pour respecter le temps de la réalité, autrement dit développer un certain réalisme à son récit par le biais de l’image. God of War réussit très bien, par le biais de ce plan-séquence infini, sans temps de chargement, à nous faire passer d’un Kratos assoiffé de vengeance, à un Kratos défini par un nouveau cadre de vie. Émotionnellement, le joueur est pris aux tripes et la mise en scène se veut aussi bien plus maîtrisée qu’auparavant. Avec cette sensation de jouer constamment tout en appréciant le visionnage d’une longue cinématique, God of War pose les jalons d’un nouveau genre de jeux d’action-aventure. Il s’impose d’ores et déjà comme un incontournable avec une mise en scène riche et toujours humaine.

Humaine, c’est le mot pour définir ce nouveau récit et la relation qui lie Kratos à Atreus. Il n’est pas difficile de repenser à The Last of Us durant certaines séquences précises, sauf que Santa Monica ne tombe pas dans l’écueil du purement émotionnel, le studio n’oublie pas la brutalité du monde qui entoure le joueur, par définition Kratos, et rythme parfaitement sa nouvelle aventure. Entre émerveillement et horreur, entre action et émotion, God of War est une synthèse parfaite de la liaison entre jeu vidéo et cinéma. À l’orée de l’un et de l’autre, il reste un jeu vidéo par des partis pris de gameplay qui feront peur aux anciens de la licence, mais il est aussi suffisamment cinématographique pour réussir à surprendre dans sa direction artistique. Champ et hors-champ coexistent enfin pour donner une nouvelle vision au jeu vidéo. On regrettera que le titre soit trop bavard où il aurait gagné à ne dévoiler que par l’image. Nous pouvons comprendre qu’il faut renforcer les liens entre le père et son fils par le biais du dialogue, mais cela entre dans la surexplication. Un peu lourd sur le coup, mais ne gâchant en rien l’expérience, le jeu prend tout son sens au fur et à mesure que l’on progresse dans l’aventure. Cette narration au profit de l’immersion reste cohérente. Quelques détails nous chagrinent, la brutalité de certaines scènes par moments gratuites, mais justifiées par la précédente expérience de Kratos contre l’Olympe. De plus, l’utilisation d’une caméra portée, toujours proche des personnages permet de détailler finement le jeu avec des textures extrêmement convaincantes que nous détaillerons plus tard. Grâce à cette caméra portée, le joueur semble perdu comme Kratos dans ce nouvel univers inspiré des mythes nordiques. Pour cause, il n’est pas à sa place, le joueur non plus. Intrinsèquement, Kratos et joueur fusionnent pour une nouvelle portée très immersive, viscérale et émotive.

Thor à Loki, mais est-ce que Loki à Thor ?

Le récit et la mise en scène ouvrent donc de nouvelles perspectives à la licence, mais aussi à la direction artistique. En effet, il est plus difficile de gérer des événements simultanés à une caméra à la troisième personne toujours proche du personnage principal. Comment diriger le regard du spectateur ? La réponse se trouve dans les fondements de la direction artistique de ce nouvel opus. Dans God of War, la mythologie nordique est la nouvelle ancre du joueur. Il y découvre une nouvelle histoire riche en légendes et monstres en tout genre. Exit les squelettes, les esprits ou les méduses, puisque dans cet univers le joueur y rencontre des Trolls, des dieux nordiques invincibles et surtout tout un bestiaire renouvelé pour l’occasion. Plus on progresse dans l’aventure, plus cette dernière regorge de surprises, finement détaillées et aux animations très réalistes. L’importance accordée au réalisme des animations mérite tout simplement d’être notifiée tant ce nouvel opus dépasse toutes les espérances et les contraintes techniques de la console de Sony.

god-of-war-screen-PS4-Sony-3Visuellement, God of War surpasse l’ensemble des concurrents qui prétendent au panthéon du jeu vidéo. Pour cause, si vous avez trouvé Uncharted 4: A Thief’s End magnifique, God of War saura surmonter toutes vos attentes. La direction artistique est convaincante, mais aussi très rafraichissante. Cette dernière est colorée, par moments monotone, mais développe de multiples influences nordiques. Des tons froids en début d’aventure à l’épanouissement des personnages par le biais de tons chauds rappelant diverses saisons, God of War est émerveillant et dresse de bonnes leçons en matière de cohérence artistique. De plus, elle puise dans des références majeures tantôt au jeu vidéo, tantôt au cinéma, dont toute une séquence nous rappelle Shining de Stanley Kubrick. Entre son identité propre et ses influences de toutes parts, God of War développe un monde nordique en plein glas sous le règne d’un Odin omniprésent et tyrannique. En effet, son ombre plane sur l’ensemble de l’aventure et plus le joueur progresse plus ce sentiment d’oppression est renforcé par les recherches graphiques, en constante évolution, des développeurs. God of War est un très beau jeu qui réussit à convaincre dès ses premières minutes. En plus de cela, le titre bénéficie d’une profondeur de champ à couper le souffle, impressionnante dans les zones ouvertes. Ces zones bénéficient d’un travail tout particulier pour s’allier avec le gameplay, tandis que de nombreux éléments seront dispersés à travers la carte. À nous, en tant que joueur, de nous renseigner sur le lore du jeu, de trouver de l’argent ou des objets qui viennent nourrir l’imaginaire des développeurs sur la mythologie nordique.

Car oui, l’objectif de ce nouveau titre est de briser la linéarité des anciens opus. Si l’on retrouve une certaine habitude au début de l’aventure, ce n’est qu’après le commencement de la véritable quête du jeu que le joueur découvre de nouvelles aires de jeux immenses. Tout y est pour nous perdre et la mise en scène s’amuse avec des zooms, de la mise au point sur le décor puis sur les personnages renforçant le grandiose de l’aventure. S’il perd en mythique pour gagner en émotion, le background est aussi extrêmement fourni, dépaysant, mais regorge de détails. Chaque texture semble tout droit sortie d’un film, tant elle se révèle hyperréaliste. De même que les différents effets qui ponctuent l’aventure, que ce soit l’eau, le feu ou la neige, font passer le titre de Santa Monica dans une autre dimension. Vous l’aurez compris, God of War est une perle visuelle qui ne risque pas d’être détrônée de sitôt. Optant toujours entre le grandiose et l’humain, l’architecture de God of War et l’univers qui découle de ce nouveau jeu est à l’image des représentations de la mythologie Nordique. Grandiose.

Difficile de trouver un point noir dans cet enrobage de qualité, car même les animations des personnages sont ultra-réalistes au point d’en être troublantes. Troublantes pour le joueur, car rarement le jeu vidéo n’aura atteint cette qualité d’image. Si les plus impatients d’entre vous attendent de voir si le jeu tourne en 4K, 60 fps, il n’en est rien. En effet, God of War mise sur sa qualité plutôt que sur ses performances techniques. En découle un titre visuellement fort, magistral, maitrisé mais aussi toujours fluide surtout lorsque l’on voit le nombre de particules à l’image et la sensation de mise en scène en direct permanente. God of War ne manque pas de ressources ni d’idées visuelles pour nous éblouir et on se réjouira de voir le titre ne jamais s’enfermer dans une certaine linéarité.

Toujours aussi brutal !

god-of-war-screen-PS4-Sony-1God of War n’est pas qu’une histoire de cinéma, c’est aussi un gameplay rondement mené de A à Z. Un gameplay efficace dont le renouvellement est constant avec de grandes surprises. Déjà via l’arrivée d’une caméra très proche de Kratos. Notre rapport aux combats semble différent. Plus lourd, plus difficile à gérer, le joueur doit sans cesse esquiver, contrer ou encore rapidement se tourner pour pouvoir se défendre. Dans ce nouvel opus, tout est une question de timing et de persévérance. De la persévérance, il vous en faudra pour venir à bout de l’aventure puisque la difficulté s’avère assez corsée même dans son mode normal. Exit les combats en arène suivie d’une phase de plateforme ou de Quick Time Events. Ici, cette nouvelle caméra est plus proche d’un certain Dark Souls et les combats se font de manière plus intuitif, mais moins régulier aussi. Cependant, Santa Monica n’a pas abandonné l’idée de la surabondance d’ennemis mettant le joueur constamment sur ses gardes.

De nombreuses nouveautés ont été ajoutées au jeu. D’abord, la possibilité de faire évoluer Kratos de niveau. Par un système de personnalisation de son équipement, de la hache aux vêtements, le dieu de la guerre pourra revêtir différents habits, qu’il pourra améliorer. Cette personnalisation de Kratos augmente le niveau du personnage, mais aussi ses différents atouts à savoir : la force, la défense, la chance, etc. En quelque sorte, God of War se lance dans un système basique de RPG, mais le fait extrêmement bien pour ne pas le rendre oppressif sur le joueur ni sur l’ensemble du gameplay. Ajoutons à cela que les ennemis disposent d’une barre de vie et d’un niveau. Il faudra donc améliorer Kratos et Atreus afin d’en venir à bout. Une attention particulière doit être apporté à un jauge de choc qui vous permettra d’en finir plus rapidement avec les ennemis coriaces. Cette barre de choc augmente en infligeant des dégâts et en la maintenant avec l’arc d’Atreus. En plus de cela, plus la barre de vie des ennemis vire vers le mauve, plus ces derniers seront puissants, autant dire qu’il faudra redoubler d’efforts pour trouver du loot et pouvoir gagner en capacité dans l’aventure. L’équipement pourra aussi être amélioré grâce aux rencontres avec le marchand et le forgeron tout au long de l’aventure. Il faudra récolter quelques objets cachés dans les décors, dans des coffres – que l’on peut trouver via des trajets connexes à l’aventure principale. De nombreuses quêtes annexes vous permettront aussi de récolter de l’argent, des ressources et des équipements afin d’être paré à toute éventualité. Pour en revenir au forgeron, ce dernier vous permettra d’améliorer vos armes ou d’en fabriquer de nouvelles, mais surtout de vous attribuer de nombreux bonus pour Kratos. Chaque arme dispose aussi d’un total de niveaux qui vous permettra de lui intégrer des gemmes et autres accessoires afin de la rendre surpuissante.

Qui dit environnement plus grand, dit aussi zone où il faut découvrir des endroits obscurs pour débloquer la map. Ces zones regorgent d’histoires de la mythologie à découvrir. Un moyen d’enrichir l’univers de prime abord, mais d’ajouter une longue liste de choses à faire une fois l’aventure terminée. Plus longue, plus intense, ce nouveau récit de Kratos voit les choses en grand pour bouleverser la licence. Des donjons annexes peuvent aussi être parcourus et vous donneront un équipement légendaire. Tant de choses à faire dans cet opus qui ne gonfle pas sa durée de vie par des éléments annexes inutiles, Santa Monica s’empare des codes du RPG pour proposer un excellent cru entre l’action, l’émotion et l’aspect technique et stratégique de l’aventure.

Enfin, nous avons évoqué rapidement les combats, ces derniers, nerveux et dynamiques, ont gagnés en difficulté, mais aussi en intensité. Kratos pourra acquérir de l’expérience en tuant ses ennemis. L’expérience pourra être investie dans un arbre de compétences qui se découpe en trois grandes catégories. La première concerne l’arme principale de Kratos, à savoir sa hache. Vous pourrez l’utiliser pour geler vos ennemis ou la lancer et la faire revenir dans vos mains. Cette hache dispose aussi de combos qu’il faudra acheter grâce à votre expérience. La seconde catégorie concerne le bouclier. Utilisable à la main, vous pourrez apprendre à contrer vos ennemis et l’utiliser pour créer de nouveaux combos. Enfin, l’ultime catégorie concerne l’utilisation de l’arc d’Atreus. Le jeu dispose d’une excellente I.A., notamment concernant Atreus, qui se révèle être un très bon partenaire. Plus l’aventure progressera, plus il sera aguerri au combat développant de nouveaux combos pour aider son père. À l’image de sa mise en scène, le gameplay de God of War tente de nouvelles choses qu’il approfondira sûrement avec le temps et qui se révèle très efficace sur une aventure à long terme.

Choc des cultures !

Un rendu cinématographique exige une bande originale à la hauteur des espérances et Bear McCreary propose l’une des meilleures expériences sonores de la saga. Le mix parfait entre des sonorités calmes, touchantes évoluant sans cesse en même temps que la relation entre Kratos et Atreus. Puis lorsqu’il faut dynamiser les combats, des compositions brutales viennent nourrir la rage de Kratos provoquant une véritable purge des émotions nous laissant montrer la joie qui sommeille en Kratos. En d’autres termes, l’ensemble est épique et touchant, toujours dans la frontière et sans jamais être dans l’excès.

Un court trailer de God of War diffusé lors de la Paris Games Week 2017

Conclusion

Exploitant la cosmogonie des mythes nordiques à la perfection, Santa Monica prouve une nouvelle fois qu’ils peuvent réussir à ramener Kratos sur le devant de la scène. Avec une fin pareille, la licence se profile sous d’heureux auspices et risque de marquer le panthéon du jeu vidéo. Avant-gardiste à tous les niveaux, notamment dans sa mise en scène, le jeu dépasse toutes les espérances du joueur. À la fin, on ressort épuisé et émerveillé par cette aventure qui propose de choses inédites qui feront hurler les fans hardcore de la licence. Il ne fait aucun doute qu’à l’image de sa licence, God of War devient un mythe tant le jeu se révèle parfait dans ce qu’il entreprend. Un sans-faute qui fait du bien dans le paysage vidéoludique actuel. La version française bénéficie d’un travail d’une grande qualité. Les doubleurs sonnent toujours juste avec Kratos aidant à renforcer l’immersion du joueur.

Jeu fournit par l’éditeur testé sur une PlayStation 4

Points positifs

  • Une nouvelle aventure épique et émouvante
  • Kratos sous un nouveau jour
  • Un univers entre linéarité et environnements ouverts
  • De nombreuses heures de jeux
  • Une mise en scène grandiose et élégante
  • Une bande son très intéressante
  • Un gameplay en évolution constante
  • Technique imperfectible
  • La relation entre Kratos et Atreus drôle et touchante
  • Une relecture des mythes nordiques bluffante
  • Le plan séquence sans temps de chargement d’une maîtrise absolue

Points négatifs

  • Un trop plein d’équipements
  • Des dialogues en trop par moments
10

Parfait