TEST Gray Dawn – Je suis le capitaine de mon âme

PC

Aventure narrative à la première personne, disponible sur Steam depuis le 7 juin 2018. Développé et édité par Interctive Stone. Depuis l’aube de la création, les étoiles me poussent à graviter près de ce soleil, mais perdu je me retrouve dans le vide astral. Ouvert au grand jour, je vois ; Mais les ténèbres m’enlace et sont amoureux d’une pâle lueur qui déambule, seul, au beau milieu d’un monde obscur. J’embrasse ma croix car la voie de la vertu est une porte dorée dont je dois trouver la clé.  Au but des années 1920, les États-Unis ; le Grande Bretagne et le Japon commencent  des travaux de flotte fluviale. Un traité est signé pour armement fluvial en février 1922.  Vers 1790,  l’Angleterre entame sa révolution industrielle, elle représente alors 1% de la population mondiale et 10 % de la production de fer.  Les forêts sont préservées en Angleterre, sont constituées de bouleaux, de chênes et de fougères. Une des forêts fut longtemps celle de la légende de Robin des bois. Maintes fois distinguée et sauvage, avec ses collines décalées, ses vallons extraordinaires, ses bois ancestraux et ses routes rurales sinueuses.

Synopsis

Noël 1920 : depuis la mystérieuse disparition d’un enfant de chœur, Abraham est soupçonné. Ce dernier est perdu dans son église, triste de l’étrange disparition du gamin. En quelques instants, on en apprend davantage, notamment près un exorcisme qui s’est mal passé mais aussi les souvenirs obscurs d’Abraham : sacrements païens, orgies, de et l’odieux chantage de la femme qu’il a aimé avant de devenir prêtre. Malgré tout, il va tout faire pour retrouver le jeune garçon de l’autel …

Gray Dawn nous plonge dans un tiraillement entre le bien et le mal, tantôt sous ses visions cauchemardesques, tantôt dans le jardin d’Éden. L’opus à forte connotation religieuse teinté de baroque, rappelle cette dualité qui existe dans les philosophies orientales entre « l’équilibre et l’harmonie » et diffère bien naturellement le bien du mal, comme le masculin et le féminin mais explique aussi que l’un ne peut être sans l’autre. Nous sommes donc bien avec Gray Dawn face à une sorte de paradoxe : une œuvre ecclésiastique portant l’unité catholique et un protagoniste avec ses démons intérieurs ainsi que la présence de Dieu qui va le guider tout au long du jeu. D’ailleurs soi dit en passant que le choix du pays n’est peut-être pas un hasard puisqu’en Angleterre l’Église s’est séparée de la royauté en 1531 quand Henri VIII voulu divorcer de Catherine d’Aragon et a voulu épouser Anne Boleyn. Comme le pape Clément VII lui refusa ce droit, le roi rompu les liens avec l’église anglicane cette année-là. Dans tous les cas ceci correspond bien à l’œuvre puisque Gray Dawn est le monde des contraires. On remarque ici que la construction du jeu n’est qu’un énorme puzzle habilement monté.

Le Père

Ecclésiastique  à la soutane blanche, fidèle mystique de Dieu et pieux débarque en 1920 dans une bourgade claquemurée d’Angleterre. Blâmé, il est acculé par d’étranges visions. A chacun de ses affres, le sifflotement revient à ses oreilles, les accusations de meurtres, et soudain son rêve se transforme en cauchemar. Chimère divine ou fantôme difforme ? Son acuité visuelle lui joue des tours,  son cœur aussi, con ecclésiastique fois l’enchaîne à sa bible, il se bat à contre vent contre les jugements, les chuchotements dans un décor théiste.

Vous débutez le jeu chez le père Abraham alors qu’il se trouve dans son bureau, il change la chaîne de radio et entend soudainement les accusations qui pèsent sur lui. C’est ainsi que tout sa vision devient rouge, ses yeux se brouillent et il voit des lapins blancs partout. Les symboles de Dieu sont là pour vous guider dans les ténèbres. Priez et vous serez sauvé. Une enveloppe se glisse sous la porte, il s’agit d’une lettre du petit garçon disparu, avec une clé. Vous étiez enfermés dans votre bureau, maintenant vous pénétrez dans un autre monde plus onirique. A noter que vous n’avez pas d’inventaire, les objets récoltés apparaissent sous forme d’icônes en bas à droite de l’écran.

La musique est un piano entraînant plutôt calme et les bruitages sont excellents. On entend distinctement la voix du prêtre quand le petit garçon lui parle. Quant au décor lire l’article sur les influences, le baroque n’a pas été choisi par hasard, rappelons-nous la citation de  Philippe Beaussant dans sa citation : «  Un monde où tous les contraires seraient harmonieusement possibles ». Un vieux proverbe chinois dit « Les ténèbres du monde ne pourront jamais éteindre, à force d’êtres noires, la flamme d’une bougie » correspond bien à ce passage.

Le Fils

Une fois votre clavier en qwerty, la prise en main est relativement enfantine. Ceci et je le répète n’est pas un jeu d’action en aucune manière, le père poursuit l’enfant et voit son reflet de temps en temps, à vrai dire chaque fois que Abraham passe dans un univers fantasmagorique où tout est beau, lumineux et surtout paisible. Les temps de chargement sont très court, et concernant les énigmes à chaque entrée dans l’autre monde, vous trouverez des effigies du Christ, qui seront ensuite affichés près de l’endroit par où vous êtes arrivés. Les énigmes sont davantage des objets à trouver que des puzzles ou des casses têtes à résoudre. Comme vous pouvez le voir sur le screenshot en dessous à gauche, à une heure de la partie j’ai déjà trouvé deux effigies et en tout il faut en trouver huit. Ceci donne une indication sur la durée de vie de l’opus. Ce qui équivaut à quatre heures de jeu au total environ.

Dès que le prêtre entend parler d’accusations, il sombre dans ses visions cauchemardesques où tout est rouge sang, car il est convaincu d’être innocent, on peut voir ceci comme la tentation du malin a essayé de le troubler en lui imposant une réalité sorti d’un songe ténébreux et le prêtre est complètement impuissant face à cela. Votre seule issue, c’est la foi. Une citation de Henri-Frédéric Amiel « Prends garde que la lumière qui est en toi ne soit que ténèbres. » illustre bien l’histoire.

 Le Saint Esprit

Bon le scénario n’est pas super recherché, le but du jeu après tout c’est de retrouver le petit garçon disparu afin de prouver l’innocence du prêtre. Après quoi, ce dernier devrait être débarrassé de ses tourments.  Quant à la direction artistique, je ne vois rien à redire on voit quelques références à H.P. Lovecraft notamment dès le début du jeu dans le hall d’entrée quand une pluie de grenouilles a envahi le salon et qu’une sorte pieuvre géante (tentacules de Cthulhu? ) recouvre le milieu dans les hauteurs du hall jusqu’au second étage.

Côté graphique rien à redire non plus, les décors, les personnages sont somptueux, les textures sont bien travaillées, l’opus ne connaît pas de bugs. Mais pour un jeu qui se prétend classé dans « horreur psychologique »  là j’avoue ne pas comprendre. Où est le sang ? On ne voit que des bribes, Où est la violence ? on ne bascule que dans ce monde lyrique, tout est parfait dans le meilleur des mondes possibles.

La Trinité chrétienne

Plus tard dans le jeu vous trouvez un cœur mécanique qui vous permet de switch entre deux dimensions. Cet objet original va vous permettre d’alterner les réalités afin de jouer avec les éléments de décor. Plus le jeu avance et moins les énigmes sont évidentes, prenons exemple sur l’énigme du sang, voire screenshot ci-dessous à gauche : pour faire couler le sang dans la cuve principale il faut dans l’ordre, poser la seringue dans son emplacement, s’ouvrir le poignet, activer le robinet des poumons, placer la case « breath » sur les poumons, placer la case « i know » sur le cerveau puis placer la case « i love you » sur le cœur. Une fois que cela est fait, vous pouvez activer le robinet principal en vidant la seringue au préalable. Cependant on remarquera que les énigmes restent faciles car dans le jeu il n’y a pas de « mode difficile ».

Conclusion

Jeu parfait pour les amateurs d’aventure narrative, il frôle la perfection, se joue sans prise de tête aussi bien autour d’un café le matin que d’un verre le soir. Il est juste dommage que l’opus ne dispose pas de sous titres en français, on profite moins des moments vidéoludiques. Par contre les amateurs d’horreur psychologiques seront déçus, je ne vois absolument pas en quoi ce jeu est violent tant les basculements vers l’imaginaire divin nous illumine. Toutefois le jeu offre une belle leçon de morale, à savoir que face à ses démons intérieurs, il faut se raccrocher au meilleur de nous-même. Comme dit le poème de William Ernest Henley  » Invictus »,  » « Aussi étroit soit le chemin, Nombreux les châtiments infâmes, Je suis le maître de mon destin, Je suis le capitaine de mon âme. ».  On gardera en mémoire  ce titre comme une œuvre ecclésiastique de référence.
 Lire également  Gray Dawn – le monde des contraires

Points positifs

  • Une musique d’ambiance entraînante d’une très bonne qualité sonore
  • Temps de Chargement rapide
  • Décors inspirés du baroque tardif
  • Belle palette artistique, que ce soit les décors, les effets graphiques
  • Références à H.P. Lovecraft

Points négatifs

  • Clavier Qwerty
  • Jeu uniquement en Anglais : dialogues et sous titres
  • Enigmes trop évidentes
  • Pas assez violent pour un jeu d'horreur psychologique
  • Durée de vie courte
7

Bon