TEST – The Inpatient : Le déambulateur de l’angoisse

De fil en aiguille, le studio Supermassive Games s’est imposé dans le paysage vidéoludique. Until Dawn fut un premier jet impressionnant, notamment pour sa narration qui évolue vraiment en fonction du joueur. Leur second titre, Rush of Blood, s’imposait également comme un parfait train fantôme en réalité virtuelle. On pouvait reprocher un certain classicisme dans le jeu, mais Supermassive Games s’est très vite rattrapé avec l’annonce de The Inpatient, un survival-horror plus ambitieux, et toujours en VR. Troisième pari réussi pour le studio ?

The-Inpatient testUntil Rush of Inpatient

L’une des particularités du studio réside dans son univers. En effet, une fois n’est pas coutume, le studio pioche dans l’histoire évoquée par Until Dawn. Si Rush of Blood reprenait également cette histoire comme simple décor de train fantôme, cette fois-ci, The Inpatient s’avère être un véritable prequel d’Until Dawn. Supermassive Games nous propose donc d’essayer d’en savoir un peu plus sur le mystérieux tueur du premier jeu.

Dans The Inpatient, on incarne un classique héros ou héroïne (le choix du sexe influe sur un ou deux choix) amnésique. On essaiera de retrouver la mémoire dans l’asile de Blackwood que l’on connaît déjà quelque peu. Cependant, les soins s’arrêteront très vite, en raison d’un petit incident inconnu. Le joueur est donc perdu entre ses propres délires et les éléments inquiétants qui se passent à l’hôpital. Classique ? Oui. Le problème, c’est que le studio ne va jamais plus loin que cela et ne propose pas d’aller plus loin que cela. Bien sûr, le joueur peut compter sur des flashbacks (à déclencher soi-même en touchant certains objets), mais cela reste très faible, et pose encore plus de questions au joueur. C’est clairement problématique pour un prequel.

Le train fantôme 2

L’autre dada de Supermassive Games, c’est évidemment l’horreur. The Inpatient déploie donc une aventure à la première personne, réalité virtuelle oblige. Au vu de la centaine de jeux vidéo du style qui ont déferlé ces derniers mois, on était en droit à s’attendre à quelque chose de plus ambitieux. Hélas, le jeu tombe dans quelques travers. On pense par exemple au personnage du joueur, qui marche très lentement. On se doute qu’il s’agit d’une technique pour éviter le motion sickness, mais cela reste gênant. On a l’impression de faire un train fantôme pour enfants, en raison de cette vitesse donc, mais aussi de la faible peur qui est distillée. The Inpatient contient finalement très peu de jumps scare, c’est un bon point certes, mais il n’arrive pas à distiller la peur sur le long terme. Le jeu est effectivement effrayant sur le début, mais cela retombe très vite. La faute peut-être aux personnages secondaires qui arrivent bien trop vite, et pour pas grand-chose finalement. Une heure ou deux de plus auraient finalement été agréables.

Le paradoxe, c’est que le début du jeu paraît extrêmement long et surtout peu interactif. On a finalement l’impression de ne pas faire grand-chose. Cela dit, il faut dire que cela correspond bien à l’enfermement du patient qui n’a rien à faire, à part se reposer. Cependant, The Inpatient est loin d’être un The Town of Light.

Papillons de lumière

The Inpatient, c’est également l’occasion de retrouver les « effets papillon ». En somme, les personnages vont poser des questions au joueur, et celui pourra répondre grâce à deux réponses possibles. Le joueur peut d’ailleurs s’appuyer sur les émotions pour mieux répondre (peur, colère, embarras…). Cependant, il arrive que certaines réponses aient un impact sur l’aventure. Ce sont les fameux effets papillon. Sachant que cela était parfaitement maîtrisé dans Until Dawn, on s’attendait à ce que cela le soit aussi dans ce jeu. Hélas non. Il y a à vrai dire deux points négatifs à cela. En premier lieu, il n’y a que huit véritables choix décisifs, ce qui est assez pauvre. De plus, ces derniers sont incompréhensibles. Sans spoiler, on pense notamment à l’effet papillon « tentation », dont il est impossible de déterminer à l’avance la conséquence. C’est assez injuste et même un peu incompréhensible. Enfin, ces choix ont de toute façon peu de véritable impact sur l’aventure du jeu. Pour le deuxième rush, nous avons par exemple fait l’exact inverse des choix, pour un résultat… similaire. Pire encore, on a parfois l’impression de faire un choix inverse… alors qu’on fait le même. C’est encore une fois incompréhensible, et forcément frustrant.

Les mannequins de l’horreur

The InpatientÉvidemment, avec la réalité virtuelle, on s’attend à faire quelques concessions graphiques. Finalement, il faut dire que la modélisation du jeu est plutôt bonne, tout comme la distance d’affichage, qui n’est pas amputée par du flou. Hélas, ce n’est pas la modélisation le problème, mais l’animation. Tout d’abord, les déplacements de notre personnage sont très rigides. On pense notamment aux pieds qui glissent tout seul sur le sol. Mais le problème vient également de l’animation des personnages secondaires qui est extrêmement fixe. Souvent, les personnages n’ont aucune expression ou presque, alors que la situation est censée être angoissante. Évidemment, cela influe sur le peu de peur qui est distillée par le jeu.

Pour finir, cela est encore plus flagrant lorsque l’on voit défiler le générique de fin après quelques heures de jeu. C’est bien trop court, et on ne pourra pas compter sur un second ou un troisième rush pour essayer de découvrir de nouvelles fins, comme on l’a dit précédemment.

Conclusion

On en attendait peut-être un peu trop de The Inpatient. Alors que Supermassive Games semblait connaître son sujet par cœur, le jeu se plante sur des points clefs. On pense notamment à l’horreur qui est très peu présente et classique. La faute à des animations ratées, à une durée bien de vie bien trop courte et tout simplement à une mise en scène pauvre. On ne peut pas non plus compter sur les effets papillon qui sont bien trop faibles et qui changent peu de choses pour être véritablement intéressants. The Inpatient n’est finalement pas le jeu d’horreur que l’on attendait, et c’est bien dommage.

Points positifs

  • Bonne modélisation des personnages et textures
  • Les (rares) séquences oniriques

Points négatifs

  • Animations rigides et datées
  • Déplacements lents
  • Court
  • Choix incompréhensibles et sans impact
  • Horreur absente ou presque
  • On repart avec plus de questions qu'au départ
4

Pauvre

"Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière." August Strindberg