TEST – The Invisible Hours : Un bol d’air frais pour les jeux d’enquêtes

Si l’on aime assembler le jeu vidéo au cinéma, la littérature tient toutefois une place majeure dans l’art ludique. Nombreux sont les auteurs à avoir énormément compté pour le jeu vidéo, que ce soit Lovercraft, Arthur Conan Doyle, Philipp K. Dick, on encore Agatha Christie. The Invisible Hours tient justement de ce dernier nom. Que ce soit le contexte, les personnages ou la narration, tout fait penser aux romans d’Agatha Christie. Cependant, ici, on tient un titre omniscient, bien loin des livres et adaptations de la Reine du Crime.The-invisble-hours-test

Agatha Christie pure souche

The Invisible HoursThe Invisible Hours prend place dans le grand manoir de Nikola Tesla. Ce dernier a invité une poignée d’hommes et de femmes sous le même motif (sans que personne ne le sache). Alors que le dernier invité arrive, l’ancien commissaire Gustaf Gustav, Tesla est retrouvé assassiné. Le manoir se trouvant d’ailleurs sur une île, deviens alors un puzzle géant où chaque personnage a ses secrets inavouables, et où tout le monde semble coupable. Huis clos, secrets à dévoiler, xénophobie et indices, voilà clairement la recette du succès d’Agatha Christie.

À cela, on ajoute une volonté de coller à une époque (début XXe) avec quelques un de ses personnages phares. On retrouve donc le couple Tesla/Edison, mais aussi Sarah Bernardt, l’actrice la plus importante de cette période. Ces personnages, associés à d’autres fictifs, créé petit à petit une sorte d’uchronie miniature, notamment grâce aux divers éléments laissés ici et là dans le décor.

Détective Dieu

The Invisible HoursAvec ce résumé, on pourrait penser qu’il s’agit d’un jeu d’enquête basique, comme il en existe tant d’autres. Sauf que The Invisible Hours joue une carte éminemment originale. Ici, on n’incarne aucun personnage. À vrai dire, les développeurs voient leur comme une pièce de théâtre interactive. Une comparaison absurde, puisqu’incompatible avec le concept du jeu. En effet, le joueur est en réalité omniscient, et se balade librement dans le décor. Mieux encore, il peut stopper l’action, l’accélérer ou la rembobiner. En résumé, c’est comme si le joueur devenait Dieu, le temps de résoudre un meurtre. Notons bien qu’il est impossible de réellement interagir avec les personnages ou les objets. Il est toutefois possible d’observer en détail chaque objet, et si celui-ci est un indice, il viendra dans votre collection personnelle.

Cette omniscience est heureusement bien réalisée. S’il est possible de rembobiner/accélérer/stopper l’action avec les touches, il est également possible de choisir l’heure précisément. En effet, le joueur dispose d’un écran de contrôle. Sur celui-ci est affichée une carte du manoir ainsi qu’une frise temporelle. Le joueur peut se téléporter à n’importe quel endroit à n’importe quelle heure (juste après l’assassinat de Tesla, évidemment). Mieux encore, chaque personnage découvert à telle heure est noté sur la carte. On peut ainsi facilement savoir qui était où à une heure précise, et également savoir si l’on a passé en revue tout le monde. D’autant plus que le jeu permet également de suivre un personnage automatiquement.

La linéarité démultipliée

The invisible hoursOn touche d’ailleurs là un problème qui n’en est pas un. The Invisible Hours peut se parcourir de plusieurs façons différentes. Tout d’abord, le joueur est tenté de ne suivre que l’inspecteur Gustaf, histoire d’être dans le personnage. Cependant, grâce aux multiples secrets, on se prend vite au jeu en rembobinant pour voir où va un autre personnage. Petit à petit, on finit même par observer entièrement chaque ligne de temps des personnages. En ligne droite, le jeu se parcourt environ en une heure. Mais en profitant au mieux de l’omniscience, le joueur arrivera à 6 h de jeu.

Cependant, cette linéarité démultipliée est quelque peu forcée à certains endroits. Il arrive qu’un personnage reste dans un coin en train de faussement réfléchir. Celui-ci reste debout (rappelant d’ailleurs l’animation des Sims) pendant plusieurs minutes. Ce qui invite évidemment le joueur à se diriger vers un autre personnage. Il est dommage que Tequila Works ne soit pas pris un peu plus de temps pour remplir ces trous, ou mieux les dissimuler en tout cas.

L’enquête dont vous n’êtes pas vraiment le héros

The Invisible HoursOn l’a dit, le joueur ne peut influer sur les objets, mais également sur l’histoire en elle même. Au mieux, il peut arriver à tout découvrir. Dans The Invisible Hours, il n’y a pas de meurtrier à mettre derrière les barreaux, mais seulement une histoire à suivre. Un concept qui peut rebuter, mais qui est un parti pris incontestable. Si les jeux d’enquête nous offrent généralement le point de vue d’un inspecteur, ici, l’omniscience permet presque de créer son propre épisode de série policière. De placer soi-même la caméra sur les personnages, de sélectionner (ou pas) ce qui est important.

Si la mise en scène pouvait donc paraître personnelle, ce n’est toutefois pas le cas de l’écriture. Celle-ci monte petit à petit pour offrir un final assez surprenant. Et quand on parle de fin, on vous laisse trouver l’easter egg (ou plutôt les easter eggs, tant le jeu dispose de références)… Comme un livre d’Agatha Chrisitie, on prend plaisir à découvrir qui sont les personnages, quels sont leurs secrets, et qui est le possible meurtrier. C’est également cette écriture qui donne envie de rembobiner pour en savoir un peu plus.

La forme ne suit pas la fonction

The Invisible HoursFinalement, le plus gros problème de The Invisible Hours, c’est l’aspect réalité virtuelle. À vrai dire, on ne comprend pas l’intérêt de celle-ci dans le jeu. La VR se doit d’être un plus à l’immersion, ou de proposer une jouabilité nouvelle. Ce qui n’est pas le cas ici puisqu’on joue une sorte de spectre. De plus, le titre pourrait parfaitement se jouer à la manette. Pour enfoncer le clou, devoir produire le jeu en VR a sans doute baissé la qualité graphique du jeu. En effet, The Invisible Hours n’est clairement pas beau, et s’avère même un peu flou. En dehors de cette limitation liée aux casques, on note la fameuse animation des personnages qui paraît un peu rigide et sans vie.

 

Conclusion

The Invisible Hours propose un concept intéressant redonnant une bouffée d’air frais aux traditionnels jeux d’enquête. On aime également la parfaite imitation d’Agatha Christie, grâce à une écriture qui donne envie d’en savoir plus, et qui va donc de pair avec le gameplay. L’omniscience est une véritable liberté qui démultiplie la durée de vie et les enjeux, grâce à une ergonomie bien pensée. Malheureusement, The Invisible Hours est à la fois un très bon jeu d’enquête (passive) et un mauvais jeu en réalité virtuelle.

Test réalisé sur une version envoyée par l’éditeur, sur PlayStation 4 normale et PlayStation VR V1.

Points positifs

  • Omniscience bien pensée
  • Les secrets des personnages et décors
  • L'écriture qui donne envie d'en savoir plus
  • Le contexte bien rendue
  • Un gameplay assez original

Points négatifs

  • La réalité virtuelle clairement anecdotique
  • La technique faiblarde
7

Bon

"Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière." August Strindberg