Valérian et la Cité des Mille Planètes, le blockbuster français surprise ?

Valérian et la Cité des Mille Planètes, le blockbuster français surprise ?

Cinéaste français aussi bien connu pour son rôle de producteur ou de scénariste que celui de réalisateur, on ne peut pas dire que tous les Français portent dans leur cœur le nom de Luc Besson à la même hauteur. Là où certains l’idolâtrent, d’autres le conchient avec un verbal toujours plus virulent. Si le début de sa carrière forgé par des films comme Le Grand Bleu, Nikita, Léon ou encore Subway, lui a obtenu de rejoindre le statut des réalisateurs français de prestige (sans pour autant le comparer avec d’autres comme Jean-Pierre Melville et autres de ses confrères), depuis 2000 ne subsiste plus que l’ombre de cette renommée. En 2000, le lauréat du César du Meilleur Film fonde avec l’aide de son ami Pierre-Ange Le Pogam, la société de production française EuropaCorp. Société pluridisciplinaire qui gère la production, mais également la distribution, vente des droits TV pour la France et au cinéma à l’international, EuropaCorp est une société qui comme tant d’autres, prône la volonté de faire du bénéfice et non l’accumulation de dettes. Pour faire du chiffre il faut produire des films dont on sait que les retombées financières seront positives et prendre de temps à autre quelques risques, donner leur chance à des films plus indépendants, de vrais films de cinéma en somme. C’est une société moderne comme une autre. C’est à partir de ce moment et du gain de renom à l’international de la société, que le nom Luc Besson fût assimilé à celui d’EuropaCorp, à celui d’un producteur avide et non d’un cinéaste de talent. Trois ans après le succès-surprise du film Lucy, Luc Besson passe de nouveau derrière la caméra pour un projet qui lui tenait à cœur.

Un retour au space-opéra, vingt ans après Le Cinquième Élément, mais surtout 4 ans après la révolution Avatar. Une révolution technologique signée James Cameron et son équipe, qui va permettre au réalisateur français de réaliser l’adaptation de la bande dessinée Valérian et Laureline (aussi connut avant 2007 sous le nom Valérian, agent spatio-temporel). Chose impensable et infaisable en 1997 par exemple, au moment où Luc Besson mettait en boîte un certain The Fifth Elements. Citer le film Le Cinquième Élément, n’est pas anodin. Valérian et la Cité des Mille Planètes est une nouvelle version (mais sans Korben Dallas et une certaine dose d’inventivité tant dans l’écriture que dans la mise en scène) du film sorti sur les écrans français en 1997. En l’espace de 20 ans, Luc Besson n’a guère évolué dans sa façon de filmer ses acteurs, d’inculquer à ses décors la superbe nécessaire. Une manière de faire et de concevoir un cinéma qui a ses qualités, mais également ses larges défauts. Le réalisateur prône un cinéma familial, car dynamique et didactique où chaque élément sera simple d’accès et de compréhension. La réalisation et plus particulièrement sa façon de cadrer va dans ce sens. Avec une échelle de cadres qui va du plan rapproché taille au gros plan, Luc Besson (aidé par Thierry Arbogast son chef opérateur) serre ses personnages. La caméra ne perd jamais l’un des deux protagonistes de vue, et paradoxalement, n’élargit que très rarement son cadre afin de démontrer l’immensité des mondes qu’ils vont traverser.

Véritable paradoxe, tant la Cité aux Mille Planètes n’est autre que le véritable protagoniste, clé maitresse de cette œuvre. Là où le couple principal, formé par Valerian – jeune homme horripilant, prétentieux, égocentrique et narcissique – et Laureline – plus forte, même si dépendante du premier et dénuée de toute logique dans le développement de sa personnalité – agace, la cité Alpha étincelle de ses innombrables richesses. C’est elle qui va dicter aux personnages la marche à suivre, qui va permettre au récit de se relancer maintes et maintes fois. Une cité vaste et vivante où fourmillent des créatures et cultures que l’on aimerait découvrir plus en détail et en profondeur. Ce sont ces fulgurances où le cadre s’élargit et où la caméra oublie volontairement les personnages, qui restent en mémoire.

C’est ce travelling de destruction sur la planète utopique des Pearls, ce plan-séquence numérique qui navigue au travers d’un monde lui-même uniquement accessible par le biais d’un casque rappelant évidemment la Réalité Virtuelle… Ces moments ont une dimension que ne possède pas le reste du film, et dévoilent l’étendue et la richesse de ces mondes mis en image par Luc Besson et les techniciens qui ont travaillé sur ce film. De beaux moments de cinéma, malheureusement trop rare au milieu de plans conventionnels qui ne sont là que pour faire avancer l’histoire, et ce, sans grande originalité. Le réalisateur occulte volontairement le hors champ et montre tout au spectateur comme s’il pointait du doigt chaque élément auquel le spectateur doit faire attention. Le spectateur se laisse de ce fait bercer par les images et le spectacle qui lui ait offert sans qu’il ait le moindre effort cérébral à faire. D’autant plus avec un film comme ce Valérian et la Cité des Mille Planètes où l’histoire fait office d’ancre retenant envers et contre tous le navire à quai.

Valérian et la Cité des Mille Planètes conte l’histoire de l’équipe d’agents spatio-temporels Valérian et Laureline qui vont être chargés de rétablir l’ordre au sein d’Alpha, la Cité des Mille Planètes. Aucunement besoin de tergiverser, tant le développement de cette histoire principal est réduit à la simple lecture de son synopsis. Luc Besson cherche à entretenir un semblant de suspense dans le but de garder le spectateur en haleine jusqu’au rebondissement final. Ce qui ne fonctionne absolument pas puisqu’il reprend les tics de mise en scène du film Le Cinquième Élément (personnages qui s’avancent vers la caméra et non la caméra qui suit les personnages, ce qui peut casser l’immersion et occulte une nouvelle fois le décor auquel fait face le ou les personnages). Cependant, ce dernier était un long-métrage où l’intérêt était de décrypter – par le biais d’éléments insérés dans le cadre ou d’actions – qui était l’antagoniste, ce fameux général Zod (interprété par l’excellent Gary Oldman), et non pas de découvrir simplement son faciès ou son identité. Celui qui est décrit comme l’antagoniste principal du fil Valérian et la Cité des Mille Planètes est un personnage fade, insipide à souhait dont on devine l’identité dès les premières minutes du film. On en vient même à se demander pourquoi la mise en scène cherche à cacher aux spectateurs qui il est, tant ça semble logique. À l’image de ses personnages, aussi insignifiant pour les principaux, que hauts an couleurs pour les secondaires, l’histoire de ce film n’est aucunement intéressante. À tel point que cet arc narratif principal va être rapidement supplanté par plusieurs arcs narratifs secondaires dont l’utilité est simplement de relancer l’action encore et encore. Aucun enjeu, aucun intérêt émotionnel ou cinématographique, mais des personnages en perpétuel mouvement. Un dernier détail pas inintéressant, puisque sauveur de cette œuvre qui aurait pu être une purge infâme, mais n’en est rien.

Encore une fois dynamique et didactique sans être pour autant nerveux, Valérian et la Cité des Mille Planètes emporte le spectateur qui se laissera transporter sans déplaisir au cœur d’une aventure où il découvrira mille et une merveilles. L’extrapolation est présente et volontaire, puisqu’à l’image de la promesse faite par le film et son titre. Cependant, le résultat n’en est pas bien loin. Valérien et la Cité aux Mille Planètes est un blockbuster français qui manque d’audace dans sa réalisation et sa mise en scène, mais pas d’ambitions. Chaque planète possède sa propre culture, chaque alien possède ses propres spécificités qui vont nourrir et enrichir l’œuvre, ses propres connaissances et un langage ou phrasé bien spécifique. La Cité Alpha regorge de planètes et d’aliens tous plus intéressants les uns que les autres. Une richesse merveilleuse, dont malheureusement Luc Besson ne fait qu’à demi-usage. Un usage simplement réduit à celui de faire-valoir dans le but que l’action se déroule sans encombre. Frustrant, mais en subsiste cependant un émerveillement certain. Celui d’avoir vécu une aventure de deux heures durant laquelle, le spectateur aura été amené à découvrir des civilisations entières, des aliens et des cultures dont il n’avait connaissance ou vu dans d’autres œuvres du même type.

L’entrée dans la salle de cinéma était craintive, étonnante et marrante dans le sens où après avoir vu de longues minutes du film il y a quelques mois de ça, on en attendait qu’une immondice enfonçant un peu plus loin dans les limbes du cinéma le talent du cinéaste français. Finalement, Luc Besson est bel et bien là, avec une œuvre ambitieuse et hautement divertissante. On a beau lui trouver des défauts, des défauts par palettes entières, allant du scénario simpliste aux dialogues ridicules en passant par le manque d’ambitions de la réalisation et de la mise en scène, sans parler de la bande originale oubliable et des acteurs principaux (Dane DeHaan et Cara Delevingne NDLR) à la ramasse… Néanmoins, le spectacle est au rendez-vous et ce qui est entrepris fonctionne avec une certaine cohérence dans la technique. Dynamique et visuellement inspiré, Valérian et la Cité des Mille Planète est un voyage, une aventure spatiale didactique entraînante et spectaculaire. La richesse visuelle, le voyage proposé est tel que l’on relègue au second plan les nombreux défauts dans le simple but de passer un agréable moment à la découverte de la cité Alpha !

Valérian et la Cité aux Mille Planètes - Bande Annonce VOST

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