Wonderstruck, le premier film surestimé du Festival de Cannes 2017 ?

Wonderstruck, le premier film surestimé du Festival de Cannes 2017 ?

Du 17 au 26 mai 2017 compris, je suis au 70e Festival de Cannes. L’occasion pour moi de voir des films et de vous en dire quelques mots afin de savoir s’il faudra vous précipiter dans les salles obscures à leurs sorties… ou pas ! Aujourd’hui, place à la compétition officielle avec Wonderstruck, un film rapidement acclamé. Dès la sortie de la première projection presse à 8h30, certains scandaient déjà que l’on avait trouvé la Palme d’Or. Calmez-vous, ce n’est que le début ! Alors déjà surestimé ?

Deux ans après son Carol, Todd Haynes s’invite de nouveau au Festival de Cannes et en compétition s’il vous plaît. Wonderstruck, nouvelle réalisation, nouvel exercice de style pour un réalisateur sentimental, grand amoureux de ses personnages. Todd Haynes délaisse cette fois les adultes et s’attarde sur l’enfance, à la manière d’un certain Steven Spielberg (entre rêve et réalité, toujours croire en ses rêves, l’émerveillement juvénile…), tout en conservant ce qui devient et s’affirme comme son thème de prédilection : l’amour ou plutôt la recherche d’un certain type d’amour. Pas forcément un amour tel qu’on peut l’entendre au premier abord, mais un amour (qui peut être fraternel, amical, familial…) qui va combler un vide essentiel pour vivre pleinement. Peut-être le plus fort de tous, puisque pouvant toucher de manière universelle tous types de spectateurs. Wonderstruck n’est pas une romance, pas un film d’Amour, mais un film où les jeunes personnages principaux vont partir en quête. Deux personnages, deux enfants, deux histoires contées en parallèle, mais une affiliation presque immédiate entre les deux. Wonderstruck est une œuvre qui, dans un premier temps, marque par son ambition. Œuvre ambitieuse, tant sur le plan technique (pas une surprise après Carol, film ultra esthétique et à la mise en scène symbolique) que sur le plan scénaristique. Par l’utilisation d’un montage alterné, Todd Haynes conte simultanément l’histoire de ces deux enfants. Élément qui pousse le spectateur à faire le parallèle entre les deux et à chercher si les deux histoires ont un rapport l’une avec l’autre. La narration divague, passe de l’un à l’autre sans qu’il n’y ait dans un premier temps de rapprochement significatif. Ce qui va apparaître au fur et à mesure, jusqu’à un final à la construction aussi prévisible que facile.

Avec cette construction digne d’un ruban de Möbius (deux surfaces bien distinctes d’un même édifice, qui vont se confondre pour ne faire qu’une), Todd Haynes se doit de céder à la facilité et rendre son film prévisible. Il donne l’impression qu’il n’a pas le choix et qu’il assume pleinement ce choix. Un choix narratif (montage alterné) qui va conduire à rendre l’histoire et ses différents sous-textes de plus en plus limpides. Mais alors qu’il va gagner en clarté, le long métrage va perdre en rythme et en efficacité. Tout devient limpide, l’histoire paraît de plus en plus facile, les facilités scénaristiques et le trop plein de bons sentiments nous sautent aux yeux. C’est finalement en se cachant derrière un montage alterné jusqu’au bout que le film aurait pu laisser place à l’imagination du spectateur et non à le pousser à verser sa larme coûte que coûte. Si le garçon se dessine petit à petit tel le véritable protagoniste de cette double histoire, la jeune fille va quant à elle se faire de plus en plus discrète et s’effacer au détriment de ce premier. L’attachement émotionnel en pâtit malheureusement, alors que l’esthétique utilisée pour cette histoire s’avère être la plus belle, riche et inspirée. Entre hommage au début du cinéma parlant et utilisation moderne des codes de mise en scène, ainsi que de l’esthétique du cinéma noir et blanc. C’est beau et l’image suffisamment parlante (mise en scène soignée et riche en symboles) pour immerger le spectateur avec facilité auprès de cette jeune fille en pleine quête initiatique.

Si le film déçoit sur le plan scénaristique et par les quelques parti pris peu assumés (sans en dire plus pour ne pas spoiler), ce n’est sans surprise que l’on ne peut en parler positivement sur le plan visuel. Après les louanges reçues pour son précédent film Carol, Todd Haynes ne change pas de direction. Wonderstruck s’affiche comme un véritable exercice de style qui navigue entre deux époques. Entre noir & blanc et couleur, deux esthétiques qui permettent de dissocier les deux histoires et créer deux ambiances bien distinctes. Une photographie léchée, aux couleurs ternes dans la lignée de Carol pour l’une des histoires, face à un noir et blanc sobre et moderne (film tourné en numérique avec une Alexa de chez Arri), mais aux ombres joliment travailles et dessinées. Deux esthétiques magnifiques dans lequel s’enferme le metteur en scène avec une deuxième heure de film très contemplative. Une deuxième heure riche en symboles et en moments marquants, mais finalement trop lourde faute à cette construction narrative qui renforce la prévisibilité de l’histoire et de son final.

Quelque peu sirupeux, téléphoné et prévisible, Wonderstruck n’en demeure pas moins un exercice de style « Spielbergien » techniquement magnifique et maîtrisé. La mise en scène suffisamment évocatrice porte le film et permet de dépasser les problèmes narratifs et ficelles scénaristiques, sans pour autant les oublier. Sans oublier le travail sonore, notamment de mixage. Un sound design intéressant, même si malheureusement pas suffisamment appuyé et affirmé dans ses choix, offrant une nouvelle fois quelques facilités et incohérences au film.

Wonderstruck - Cannes 2017 Extrait

Synopsis : « Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York. « 

Wonderstruck (titré Le Musée des Merveilles pour sa sortie France), sortira le 11 novembre 2017. Film réalisé par Todd Haynes avec Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore et Michelle Williams.

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