TEST – Yooka-Laylee : Comme un (bon) air de déjà-vu

Rien qu’à l’évocation du nom de studio Rare, les plus de vingt ans accueillent un flot d’images dans leur tête. On se souvient d’eux pour avoir créé des personnages hauts en couleur, mais aussi pour avoir révolutionné le jeu vidéo (GoldenEye). Hélas, les fans du studio vous diront bien que le studio est mort depuis cette décennie, même si celui-ci est toujours actif. Faute à un rapprochement avec Microsoft, qui a seulement abouti à des jeux Kinect dernièrement. De ses métaphoriques cendres renaît Playtonic, fondé par d’anciens développeurs de Rare, et voulant faire perdurer l’imagerie de la marque, comme un successeur spirituel.

Yooka LayleeNom de code Phoenix

Yooka-LayleeAinsi est né le projet de Yooka Laylee. Le jeu se veut comme une pure suite spirituelle de Banjo & Kazooie, à tel point qu’on pourrait presque en voir une copie. Rien que par le nom des deux jeux, ils se ressemblent. Les personnages principaux sont aussi deux animaux anthropomorphiques et alliés à vie (un ours et un oiseau dans l’un, un caméléon et une chauve-souris dans l’autre). De même, manette en main, on a l’impression de jouer au nouveau Banjo & Kazooie, sans Banjo & Kazooie. Yooka Laylee est un pur revival des bonnes années Rare, on ne peut le nier.

On retrouve ainsi l’aspect très coloré de ces jeux. Les personnages sont eux-même très extravagants puisqu’on trouve pêle-mêle une scientifique aux bras de poulpes ou un serpent en short. D’ailleurs, ces derniers communiquent via des onomatopées ou plutôt une gamme de bruits qui leur sont propres.

Banjo & Kazooie 4K

Yooka-LayleeCependant, qu’on ne s’y trompe pas. Si les développeurs de Playtonic piochent dans le pur fan service et dans le trip revival, ils n’oublient pas de vivre dans leur temps. Ainsi, Yooka Laylee reste bien un jeu de 2017, notamment par ses graphismes. Comme dit précédemment, le jeu éclate de couleurs. Et ce, même dans les niveaux moins contrastés, comme celui neigeux. Playtronic a réussi à mettre de la couleur partout, et cela surligne la technique du jeu. Tout n’est cependant pas éclatant. Il y a tout de même quelques textures bâclées ou quelques objets 3D bien trop tranchés. Mais de manière générale, Yooka Laylee s’en tire bien. Même la caméra, ennemi intime du jeu de plate-forme 3D, s’en sort bien. Certes elle est parfois trop rapprochée, ou le changement se fait automatiquement, frustrant l’orientation du joueur. Mais rien de bien méchant. À vrai dire, jamais on ne tombe à cause de celle-ci.

Concernant la soundtrack, on reste encore dans du revival 90. Celle-ci est d’ailleurs bonne, mais sans grand génie non plus. Il faut donc s’attendre à ce que Rare sait faire, sans atteindre les meilleurs morceaux créés par le studio.

Des pages de scénario

Yooka-LayleeConcernant l’histoire du jeu, elle est ultra classique. Alors que les deux comparses se la coulaient douce (comme tous héros de jeu de plate-forme 3D), Capital B cherche à aspirer tous les livres afin d’en récolter un seul. Ce dernier étant à Laylee, les deux héros naïfs vont se mettre en marche pour le récupérer.

Ce qui est intéressant avec Yooka-Laylee, c’est qu’il s’agit plus d’un jeu d’exploration/réflexion plus que de plate-forme. En effet, le joueur commence tout d’abord dans l’usine de Capital B, servant de HUB au jeu. En effet, à divers endroits se trouvent des portails permettant d’accéder aux différents mondes du jeu. Classique ? Oui et non. Car pour accéder aux autres mondes, il n’est pas question de battre le boss de chaque zone. Pour ainsi dire, il est presque possible de passer cinq minutes par monde pour passer au suivant. En effet, au premier monde, le joueur va tout d’abord se perde sur la carte en cherchant où aller et que faire. Parfois il arrivera à récolter des pagies, artefacts indispensables pour continuer l’aventure. Mais il s’apercevra très vite également que plusieurs d’entre elles paraissent impossibles à atteindre. Pire encore, certains chemins vont nulle part. C’est tout simplement car Yooka-Laylee propose de « développer » les mondes. En effet, les fameuses pagies permettent, au choix, de débloquer de nouveaux mondes, ou de les développer. C’est-à-dire de dévoiler une extension de ceux-ci. Ce qui permet (parfois) d’accéder à de nouvelles zones.

Transformers !

Yooka-LayleeCependant, il arrive parfois que cela ne suffise pas ! Tout simplement parce que le HUB semble bloquer. Le joueur doit en fait récolter des plumes (la monnaie du jeu) pour acheter des compétences. Celles-ci sont nombreuses même si assez classiques (planer, saut plus haut, invisibilité…). On note certes quelques features intéressantes. Notamment le fait de manger des baies ou des objets pour avoir des compétences temporaires propres (coller à toutes surfaces, être lourd…). Une fois le système de compétences et de pagies assimilés, le joueur avance bien plus vite dans le jeu. Il fait alors un premier tour pour récolter le maximum d’objets, achète les compétences, refait un tour et développe ou débloque un nouveau monde. Un système qui paraît peut-être répétitif, mais qui a le mérite de laisser au joueur le choix.

D’ailleurs, avec ce système, on aurait pensé que le jeu se finirait vite si le joueur le veut, mais les développeurs ont été assez malins pour faire perdurer l’histoire, via un petit twist. Au final, on peut compter sur une dizaine d’heures en moyenne pour finir le jeu. Les développeurs annoncent une trentaine d’heures pour finir tout à 100 % et c’est sans doute possible.

Collect them all !

Yooka-LayleeIl faut dire que Yooka-Laylee est également un pur jeu de collecte (Laylee s’en moque d’ailleurs). On note ainsi plusieurs centaines de plumes par niveau, des vingtaines de pagies et d’autres objets à trouver. On pense notamment aux molécools du Dr.Puzz permettant de transformer Yooka-Laylee en véhicules. Ou encore les pièces de Rextro, permettant de débloquer des jeux d’arcades. Et si le joueur n’en a pas encore assez, il peut récupérer les boosts de santé, de puissance ou encore les fantômes. Bref, il y a clairement de quoi faire aux pays des animaux anthropomorphes.

Notons d’ailleurs qu’en plus de l’aventure principale, il est possible de jouer ou rejouer aux jeux d’arcades de Rextro. La petite cerise sur le gâteau réside dans le fait que ces derniers se jouent jusqu’à quatre joueurs, en local évidemment. D’ailleurs, si on aurait aimé que le jeu soit coop (proposant au deuxième joueur d’incarner Laylee ou un troisième personnage), un vague mode deux joueurs est présent. En effet, un deuxième joueur peut contrôler un essaim d’abeilles pour étourdir les ennemis. Ce n’est clairement pas très intéressant, mais cela peut peut-être occuper un enfant.

Conclusion

On avait peur, mais Yooka-Laylee n’est pas seulement un revival des années 90. C’est également un constat du jeu vidéo par des développeurs sans doute désabusés. Cela se ressent d’ailleurs à travers les paroles de Laylee critiquant fréquemment les DLC, le online, etc. Au-delà de cette charge, Yooka-Laylee propose une aventure très colorée qui plaira évidemment aux vieux enfants. Son système sans aucune aide risque de dérouter les plus jeunes, mais une bonne heure suffit pour comprendre les mécanismes d’exploration/réflexion. Finalement, cet élément frustrant devient gratifiant. Yooka-Laylee est un bon jeu de plate-forme, qui, malgré quelques features intéressantes, ne révolutionnera sans doute pas le genre.

Points positifs

  • Le retour de Rare
  • Très coloré
  • L’autodérision de Laylee
  • Explorer ou développer les mondes
  • Des compétences intéressantes
  • La combinaison exploration/réflexion

Points négatifs

  • Quelques petits défauts techniques
  • Déconcertant au début
  • Pas de réel coop
7

Bon

« Je suis le destructeur, le démolisseur, l’incendiaire du monde, et quand le monde sera réduit en cendres, je me promènerai, affamé, parmi les décombres, joyeux de pouvoir dire : c’est moi qui ai fait cela, moi ; c’est moi qui ai écrit la dernière page de l’histoire du monde, vraiment la dernière. »
August Strindberg

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